LE CŒUR DOULOUREUX DE LA GRIPPE
Les différents auteurs qui se sont préoccupés de la grippe cardiaque ont tous décrit les syndromes douloureux. Eichhorst et, après lui, Legrand, énumèrent les différents symptômes douloureux de la grippe cardiaque, qu'ils groupent sous le nom de cœur névralgique. Ces phénomènes douloureux semblent avoir été fréquents au cours de certaines épidémies. Quant à nous, si nous avons observé à plusieurs reprises le réveil de syndromes angineux au cours de la grippe, nous n'avons jamais observé d’angor pectoris grippale isolée et primitive. |
Les auteurs anglo-américains se sont surtout intéressés à la question. Et nous décrirons avec WEST deux sortes de phénomènes douloureux au cours de l’influenza.
Le premier symptôme douloureux, que nous avons souvent observé, toujours lié à d’autres symptômes de grippe cardiaque, est la névralgie précordiale, depuis le simple pincement, jusqu’à la douleur légèrement angoissante, qui ne s’accompagne d'aucune modification du pouls ni de la tension artérielle, et qui ne présente aucune irradiation. C’est là un symptôme banal, qui survient surtout chez des sujets neurotoniques, extrasystoliques, et dont la signification clinique et pronostique est des plus minimes.
Cette forme névralgique (West) est limitée à l’aire précor-
AR
diale et à son voisinage immédiat. Elle n’irradie pas à d'autres parties du corps comme l’angor. Elle peut survenir cependant, én paroxysmes intenses, « assez sévères pour forcer un homme résistant à crier » (S. West). « Certains malades comparent la douleur à la sensation d’une griffe de tigre labourant la poitrine. Dans leur caractère paroxystique de douleur excruciante, les douleurs grippales peuvent être comparées aux douleurs en éclair du Tabès. En dehors de l'angoisse qu'elles causent, elles ne sont pas d’une importance plus grave que les névralgies semblables qui atteignent d’autres points de l'organisme. » (S. West.) A vrai dire, nous n’avons Jamais observé de formes aussi intenses, qui sont bien difficiles, dans ce cas, à différencier de l’angor pectoris plus ou moins fruste.
La seconde forme est la forme angineuse. Elle serait, d'après West, plus grave. Elle ressemblerait en tous points à l’angine vraie et présenterait les mêmes irradiations et la même association avec la syncope cardiaque. Les accès auraient souvent une terminaison fatale. Pour Powell ils seraient dus à un trouble rénal par le mécanisme de l'hypertension. Nous pensons bien plutôt avec Huchard, qu’il s'agit presque toujours d’angines de poitrine anciennes réveillées par l’influenza, comme nous en rapportons plusieurs observations.
Nous avons observé une forme particulièrement dramatique dont l’évolution en trois temps et la terminaison font penser à un infarctus du myocarde :
Observation XVI. — Mme Ba..., 55 ans. —— Cette femme fait en décembre 1930 une grippe avec température à 39° et un petit foyer congestif de la base droite. Elle présentait depuis plusieurs années une tension artérielle un peu élevée
DHIPGETANS
(18.11) et à l’auscultation quelques extrasystoles sporadiques, dont, grande neurotonique, elle exagérait beaucoup les symptômes subjectifs. La deuxième nuit de son influenza, son médecin est mandé d'urgence. Il trouve cette femme agitée, se plaignant dans la région précordiale d’une douleur excruciante qui irradie au cou et aux deux bras. La malade raconte elle-même qu’elle souffre d’angine de poitrine dont elle aurait déjà, dit-elle, présenté une crise quinze ans auparavant. Les bruits du cœur sont légèrement assourdis. La tension est à 14.9 1/2. La douleur s'atténue après quelques paroxysmes qui surviennent pendant quatre à cinq heures. Elle a complètement disparu le lendemain. Mais la tension ne remonte pas, le pouls s'accélère, le cœur dilaté a des bruits mous. La nuit suivante, malgré une thérapeutique tonicardiaque intensive, la malade meurt brusquement.
Marchal rapporte le cas suivant d’une angine de poitrine réveillée par une grippe qui entraîne une insuffisance grave et
durable:
Observation X/11:— M. Che..., 67. ans. D Marchal. ___ Ce malade a fait une unique crise angineuse en Janvier 1929. En avril de la même année, il contracte une grippe qui se complique de congéstion pulmonaire de la base gauche. C'est à la suite de cette grippe que le malade présente une seconde crise d’angor, qui se répète ensuite très fréquemment et s'accompagne de dyspnée d'effort. Il existe à la base un double souffle aortique: et un petit souffle doux holosystolique d'insuffisance mitrale fonctionnelle fait son apparition à la pointe. Ce malade ne présentait aucun stigmate de syphilis ni à l'examen, ni dans les antécédents avoués.
L'ACTION DE LA GRIPPE SUR LES CŒURS TARES ET SUR LES MALADIES À AFFINITE CARDIAQUE
L'action souvent désastreuse de la grippe sur les cardiopathies a été notée ou discutée par la plupart des auteurs et elles n'avait pas échappée aux classiques. Cependant on retrouve, là encore, cette diversité d'opinions qui caractérise tout ce qui a été écrit sur la grippe cardiaque, et de grands cliniciens, comme Mackenzie, ont pu dénier à la grippe toute influence néfaste sur les cœurs tarés:
« Durant les épidémies d’influenza, écrit MACKENZIE, J'eus toujours en observation, un nombre considérable de cardiaques chroniques. Je n’ai jamais trouvé que la grippe ag- gravât leur cardiopathie en aucune manière. Tous, même ceux qui présentaient une déchéance marquée de l'organe, faisaient les frais de l'attaque la plus sévère. J'ai l'expérience qu'il en est de même dans la fièvre typhoïde. Pour ces raisons, je . pense que, comme le bacille d'Eberth, le bacille de la grippe ne fabrique pas en règle un poison destructeur du cœur. Ceci apporte un argument à l'hypothèse que d’autres facteurs entrent en jeu, lorsque le cœur est sérieusement touché par la grippe >» (MACKENZIE).
Pourtant la plupart des auteurs professent une opinion opposée. HUCHARD, le premier, signale la grippe comme un