‹ Contribution à l'étude de la grippe cardiaqueChapitre 34 sur 40 · ME AN · texte numérisé non relu

ME AN

facteur d’aggravation des lésions cardiaques préexistantes : « Les cardiopathies préexistantes s’aggravent ainsi pour deux raisons principales :

« 1° Parce que la tension artérielle subit une grande diminution du fait de la grippe ;

« 2° Parce que les microbes pathogènes de la grippe peuvent se fixer sur un endocarde déjà malade et augmenter ainsi les accidents en ajoutant un caractère infectieux au processus endocarditique. »

Telle est l’opinion du grand clinicien et nous devons la retenir, bien que nous ne concevions pas de la même façon les raisons de l'effet de la grippe sur le cœur malade.

LEYDEN note l'influence souvent désastreuse de la grippe sur les cœurs déjà tarés. SCHOTT insiste en 1900 sur la gravité du pronostic chez les valvulaires et les scléreux. Cette gravité serait pour lui proportionnelle à l’état antérieur du cœur et la grippe serait particulièrement grave dans les cardiopathies congénitales, l’artério-sclérose et la myocardite. En 1919 il insiste à nouveau sur les réveils d’angine de poitrine au cours de la grippe. MENTL de son côté affirme qu'au cas de lésions valvulaires antérieures la grippe amène une perte de compensation durable. MINET et LEGRAND pensent que l’action de la grippe est toujours marquée chez les cardiaques.

C'est également l'opinion de VAQUEZ : « Nous avons vu dans les grandes épidémies de 1890 et de 1918 des sujets, porteurs de lésions valvulaires, et en état d'adaptation jusque là parfaite, succomber en quelques jours, à la suite d'une insuffisance aiguë du cœur » (VAQUEZ).

Nous répéterons qu'il faut encore expliquer la diversité

des jugements, par le polymorphisme même de l’influenza, suivant les époques ét suivants les pays. Et nous pensons que, si certains cardiaques peuvent impunément faire les frais d’une grippe, chez d’autres, au contraire, ou voit apparaître les signes d'une sinsuffisance du cœur, plus ou moins sérieuse, plus ou moins dramatique, plus ou moins évolutive. Certaines statistiques sont particulièrement instructives à ce sujet et nous noterons par exemple les chiffres suivants extraits du Bulletin Municipal officiel, enregistrant les décès du 11 au 20 janvier 1931, en pleine période de grippe : Les maladies du cœur ont causé 197 décès au lieu de 140 (moyenne de la décade correspondante des cinq dernières années). Ces chiffres qui traduisent une augmentation de 28 %, des morts par cardiopathies, sont d’une éloquence brutale. Cette augmentation porte surtout en effet sur les cardiaques avérés atteints de grippe.

Mais s’il faut systématiquement craindre une défaillance brusque chez un cardiaque grippé, cette défaillance est loin d'être la règle. Les cœurs les plus fatigués, ou les plus lésés peuvent impunément faire les frais d’une grippe sévère, même compliquée, alors qu'une grippe ambulatoire peut avoir les rententissements les plus fâcheux et décompenser un cœur dont la valeur fonctionnelle était jusque-là demeurée satisfaisante. Rien dans l'aspect clinique de l’influenza, comme rien dans le mode évolutif antérieur de la cardiopathie ne peut faire préjuger du pfonostic, avant l’éclosion des troubles cardiaques ou leur recrudescence.

Au poin tde vue clinique, tantôt l’on se trouve devant un cardiaque avéré, tantôt au contraire devant‘un sujet apparemment sain et chez lequel la grippe va extérioriser une cardiopathie.

op

Quelle que soit la pathogénie invoquée, on connaît bien l'influence néfaste des épidémies d’influenza sur les affections valvulaires jusque là bien compensées. La notion de l’infection comme facteur d’asystolie est loin d’être nouvelle.

Il est fréquent dans les services des Hôpitaux de voir l’asystolie s'installer et progresser à la suite d’une infection grippale.

Le signalement clinique de l’influenza est en général trop vague pour permettre d'affirmer le diagnostic de grippe. En général il s’agit des premières manifestations fébriles d’une infection qui entre en scène et qu’on étiquette grippe jusqu à sa preuve bactériologique ou évolutive.

Sans aller jusqu’à entraîner d'emblée l'insuffisance cardiaque définitive, l’influenza est souvent à l’origine de la réapparition ou de la recrudescence de certains syndromes, jugulés jusque là par une diététique et une thérapeutique effcaces. Nous avons ainsi noté la recrudescence fréquente des syndromes angineux au cours de la grippe elle-même ou de sa convalescence.

Observation XV/111. — Monsieur Mo.…., âgé de 50 ans (D' Marchal). —— Ce malade se plaignait de dyspnée progressive aux efforts depuis deux ans et de temps à autre il souffrait d’une crise très courte d’angine de poitrine également liée à l'effort. A la fin de février 1929 il est pris brusquement d'une grippe avec catarrhe rhino-pharyngé, température à 39° et myalgies. Trois jours plus tard il est réveillé par une crise angineuse prolongée et coupée de lipothymies. Les bruits du cœur s’assourdissent et les chiffres de la tension artérielle se resserrent, passant de 17/8 à 13/8. Le pouls, régulier, est à 35 par minute.

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