OBSERVATION XXII
Observation de M. le Docteur GUILLEMIN : Bulletins et Mémoires de la Société de Chirurgie, séance du 20 novembre 1928.
T.., 38 ans, vigoureux et musclé, m'est adressé par un confrère dans la soirée pour hernie épigastrique étranglée. Cet homme, que sa profession obligeait à d'assez gros efforts. n'avait prêté aucune attention à une petite tumeur située dans la région épigastrique, à quatre centimètres au-dessus de lombilic. Il en était porteur depuis plusieurs années. Molle. non douloureuse, elle faisait une saillie du volume d’une cerise dans la station debout; la simple pression la réduisait facilement dès que le malade se couchaït.
Le malade présentait depuis longtemps — selon lui, et sans pouvoir préciser — des phénomènes d’hyperesthésie gastrique et d’hyperchlorhydrie ; depuis quelques jours, ces douleurs s’accentuaient.
Pendant son travail — assez pénible à ce moment: il sou-
levait de lourdes charges — la douleur augmente progressivement et rapidement. Il vomit. Son médecin appelé trouve une tuméfaction épigastrique paramédiane, grosse comme une noix, tendue, douloureuse à la pression, irrégulière, irréductible.
Le pouls est à 100; le facies angoissé, mais pas pincé. Le malade est plié en deux, et n’ose se redresser.
L'opération est faite immédiatement sous anesthésie générale au mélange de Schleich: incision verticale médiane. La hernie est abordée comme une hernie ombilicale. L’extrémité du ligament suspenseur du foie a pénétré dans le sac; lépiploon, engagé dans l’orifice, est adhérent, et ne peut être libéré. La partie engagée est reséquée avec le sac. Fermeture de la paroi en trois plans. Cicatrisation normale. Revu quinze mois plus tard, le malade a une paroi solide et, depuis l'opération, il n’a plus ressenti les violentes douleurs gastriques dont il se plaignait auparavant. La base du sac, débarrassé de l’épiploon, admettait l'extrémité du doigt.