PAROI PS
disant que les résultats variaient beaucoup: Ils dépendent soit de la forme, de la gravité de la maladie, soit du stade d'évolution dans lequel on a employé le médicament. Alors qu’en effet nous avons nous-mème trouvé que le maximum d’action de lactophénine se produisait 2 h. 112 environ après l’ingestion ; Strauss trouve qu’elle n’agit que 4 ou 5 h. après.
Il ne faudrait pas croire que la lactophénine est bien inférieure à ce point de vue aux autres antithermiques. Nous trouvons dans la thèse de M. Specker (th. de Nancy, 1889), qu'avec 0 gr. 29 de phénacétine, on a un abaissement variant de 0°,6 à 2°,6 ; qu'avec 0 gr. 50, la chute thermique va de 0°,8 à 4 ; qu'avec 1 gr. elle est de 2° à 40,2. D'autre part, nous avons sous les yeux, en écrivant ces lignes,3 tracés thermométriques de fièvre typhoïde. Sur l’un, (forme grave de la maladie), une dose de 1 gr. d’antipyrine donnée le 8° jour en deux fois, n’a pas d'action antithermique nette et persistante. La température est de 40°,6, alors que les autres jours, elle était de 40v,7 ou 40,8; la même dose donnée au 28° jour de la maladie permet de constater les températures suivantes : Temp. 28° jour, matin 39°,6, soir 3%,6: température, le 29° jour : matin 36°,6, soir 40,6. Ce sont là des exemples qu'il est très fréquent de rencontrer en clinique ; nous en avons vu souvent de semblables après, l'emploi de la phénacétine.
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Quoi qu’il en soit, après l’ingestion de lactophénine, nous avons toujours, chez le fébricitant, trouvé une baisse de température, si faible que ce soit, c’est là un point très important, mais cette baisse a été très inégale et s’est fait attendre plus ou moins longtemps suivant les cas.
Ce qu’on peut demander en clinique d’un bon antithermique, c’est qu’il ait sur la température du fébricitant une action sûre, prolongée et exempte detoute manifestation accessoirefàcheuse, vénérale ou locale.
Nous venons de voir que lalactophénine a une action antithermique certaine dans tous les cas, mais variable comme intensité suivant les malades et suivani les doses, comme d’ailleurs la phénacétine ou l’antipyrine. Nous pouvons admettre, en comparant nos- résultats avec ceux de M.
Specker, que cette intensité est peut-être moins grande pour la lactophénine que pour la phénacétine, mais que l’action de la première se fait sentir à peu près aussi longtemps, peut-être un peu plus que celle de la seconde qui serait en moyenne d’une durée totale de 8 à 9 heures. Quels sont maintenant les phénomènes secondaires dûs au médicament que nous expérimentons ?
Du côté du tube digestif, nous n’avons observé qu’une seule fois des vomissements à la suite de l'ingestion de 1 gr. de lactophénine. Dans tous les autres elle a été très bien tolérée, nous n’avons eu ni nausées, ni diarrhée, ni douleurs épigastriques.
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Le pouls ne s’est pas modifié d’une façon fâcheuse sous l’action de notre antithermique; le nombre de ses battements est resté en rapport avec la température, et ses caractères n’ont pas sensiblement changé. Le cœur n’est pas touché, le sang ne subit pas chez nos malades de modifications appréciables ; nous n’avons pas, il est vrai, recherché ici la méthémoglobine, mais nos expériences chez l’animal avec des doses très fortes ne nous portent guère à croire que les doses thérapeutiques employées chez l’homme ont une action plus nuisible. Nous n’avons d’ailleurs Jamais observé aucun accident de cyanose, ni de collapsus : cyanose qui s’expliquerait facilement, si le médicament, agissant sur l’oxyhémoglobine, la transformant d’une facon passagère ou même permanente en méthémoglobine, suspendait, temporairement ou définitivement, l’action globulaire. Jamais nous n’avons vu se produire d’anémie.
Du côté du système nerveux, le médicament produit une action calmante très utile dans bien des cas. Jamais nous n’avons vu d’ataxie, de tremblement, de convulsions ni même de frissons survenir après son administration. Les frissons ont cependant été signalés souvent après l’absorption de la phénacétine.
Jamais nous n’avons vu d’exanthèmes succéder à l’emploi de la lactophénine, quoique Strauss en signale deux cas : l’un chez un pneumonique, lPautre chez un typhique.
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Le phénomène le plus souventobservé après l’ingestion médicamenteuse, c’est la production de sueurs profuses qui sont survenues dans plusde moitié de nos observations. Elles débutent en g'énéral delh.1/2à2 1h. après un cachet deOgr.50et persistent jusqu’à ce que la température ait presque repris la normale, c’est-à-dire probablement jusqu'à ce que la plus grande partie du médicament ait été éliminée.
Du côté des urines, nous n’avons pas trouvé d'augmentation ou de diminution notable dans la quantité ou la densité. Nos recherches assez peu nombreuses, ilest vrai, à ce sujet, nous ont donné des résultats contradictoires. M. Specker a trouvé pour la phénacétine une diminution de l’urée coincidant avec la baisse de la fièvre; il en est sans doute de même de la lactophénine, qui agit dans l’organisme comme son analogue chhuique, et comme tous les antipyrétiques du même groupe.
Laissant de côté la question de l'utilité ou de l'inutilité, de la nocivité même des agents antithermiques dans les maladies fébriles, qui est loin d’être résolue, puisque l’on ne connait pas d’une . manière certaine, par quel mécanisme s'allume la fièvre et par quel mode d’action on la calme, question qui ne peut d’ailleurs rentrer dans le cadre de notre travail, nous allons nous occuper de l’action de la lactophénine dans la fièvre continue d’abord, puis dans les quelques pyrexies, et enfin dans la tuberculose.
Fièvre lyphoïide, — Admettant qu’on peut, sinon qu'on doit employer les antithermiques dans cette maladie, nous nous trouvons, ici encore, en présence de deux camps hostiles, l’un dont les membres ne veulent pas que l’on abaisse la température autrement que par la méthode de Brand et de Glénard, l’autre préconisant les antipyrétiques chimiques soit exclusivement, soit concurremment avec d’autres procédés : les ablutions et les lotions froides par exemple. Nous nenous croyons pas suffisamment autorisés pour faire ici le procès de telle ou telle de ces méthodes: ce n’est pas là le but que nous poursuivons. Avant que tous les médecins admettent sans partage et puissent appliquer la méthode de Glénard comme traitement de tous les typhiques confiés à leurs soins, on emploiera longtemps encore les antithermiques chimiques et nous essayons d’établir que la lactophénine est jusqu’aujourd’hui l’un des meilleurs que l’on puisse employer.
Rejetant d’abord tous les antipyrétiques qui ont sur le sang, in vitro ou in anima vili, à forte dose, une action nocive marquée, il ne nous reste guère à employer que la quinine, l’antipyrine, le salicylate de soude, la phénacétine, enfin la lactophénine. Or, la quinine, le salicylate et l’antipyrine produisent souvent des accidents soit gastriques, soit cérébraux qui sont, c’est possible, moins marqués en général que chez l'individu sain ; mais, si l’antipyrine a un pouvoir antithermique
assez net chez le typhique, la quinine possède ce pouvoir surtout chez le paludéen et le salicylate, chez le rhumatisant fébrile. D’autre part, la phénacétineet la lactophénine présentent sur l’antipyrine le désavantage de leur insolubilité relative, qui en rend l'absorption plus incertaine et plus lente, mais elles présentent sur elle cet immense avantage, que dans la plupart des cas, elles agissent aussi comme sédatifs du système nerveux. Nous reconnaissons encore que l’antipyrine, la phénacétine même produisent souvent, à dose égale, une action antipyrétique plus forte que la lactophénine, mais en faveur de celle-ci, nous citerons peut-être une action calmante que V.Jaksh qualifie d’action wnique, quoique nous ne l’ayions jamais remarquée telle, sûrement une inocuité plus grande. Avec la phénacétine, on remarque parfois en effet des accidents de cyanose, de collapsus, des frissons pénibles.
C’est donc à la lactophénine que nous accorderons la préférence comme antithermique dans la plupart des cas de typhoïde; nous la donnerons deux heures environ avant le moment où nous voulons obtenir son maximum d'effet, et à dose de 0 gr. 50 d’abord par cachet ; si nous trouvons que cette dose n’agit pas assez, nous pourrons l’élever, donner 0 gr. 70, 1 gr. chaque fois et cela deux, trois fois en 24 heures, si c’est nécessaire.
Il faudra se souvenir que dans la période d'état, une même dose est souvent moins active qu’au
moment de la défervescence. Enfin, si nous voyons que pour obtenir un effet antipyrétique, il est nécessaire d'employer des doses trop fortes, parce que l’état de l'estomac ne permet pas une absorption totale et rapide, il vaut mieux avoir recours à un antipyrétique soluble, l’antipyrine par exemple.
Quant à admettre que l'emploi journalier de la lactophénine dans tout le cours d’une fièvre continue, abrège la durée de la maladie etempêche les complications, nous ne pouvons le faire, du moins d’après nos observations personnelles qui sont au nombre de trois, cela concorderait d’ailleurs assez peu avec ce qu’on observe avec les antithermiques analogues, même peut-être avec la méthode de Brand.
Mais quand faut-ilemployer un antithermique ? Il yaici une question d'appréciation personnelle, de tact de la part du clinicien. Ce sera, dirons-nous avec M. Schmitt, quand «dépassant la moyenne, « comme intensité et comme durée, elle déter- « mine vers 40°, 41°, un état appréciable de rigi- « dité musculaire et agit directement sur les « centres nerveux ; la céphalalgie, le délire, les « convulsions, les courbatures, d’autres malaises « subjectifs peuvent dépendre de l'élévation ther- « mique excessive en dehors de l'infection ou « de l’intoxication; l’hyperthermie, surtout quand « elle se prolonge, doit être combattue ».
Nous avons dit plus haut, que nous ne voyons
pas grand avantage en pratique, à donner la lac-
tophénine en solution, pour obtenir une action rapide. Dans les cas, en effet, où une action antithermique devrait être obtenue dans le délai le plus court possible, nous croyons qu’il serait préférable de rejeter les antithermiques chimiques, quels qu’ils soient, de faire une lotion froide ou de faire prendre au malade un bain froid. On soutiendrait l’effet de cette médication externe en faisant prendre en même temps, si c'était nécessaire une certaine dose d’antithermique chimique.
Pyrexies. — Jacquet et Strauss quiont expérimenté la lactophénine dans quelques rares cas de pneumonie, d’érysipèle, de bronchite ou de scar-latine, même de diphtérie, la conseillent plutôt comme sédatif du système nerveux, que comme antipyrétique. Nous n’avons pas eu l’occasion de donner ce médicament dans des cas ce genre, mais nous ne croyons pas trop nous avancer en admettant que l’on aura rarement occcasion de l’'employer avec fruit, sauf peut-être dans des affections fébriles peu graves: une grippe, une bronchite simple, une angine herpétique par exemple ; et encore, elle agira mieux dans ces cas sur le système nerveux que sur la fièvre ; on pourra grâce à elle, calmer le mal de tête, le délire, la sécheresse de la peau qui fatiguent le malade : et c’est pour ce dernier, comme d’ailleurs pour le médecin, un avantage plus grand que celui d’un simple abaissement de température de quelques dizièmes de degré, ou même de quelques degrés.
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Tuberculose. — Ici encore la lactophénine pas plus que dans la typhoïde ou la pneumonie ne peut s'adresser à la cause de la fièvre, au bacille de Koch ou à sa toxine, et produire un arrêt de la maladie. Elle peut la faire évoluer sans fièvre ou avec une température moins élevée, mais c’est tout. Elle a de plus l'inconvénient de produire souvent des sueurs. Elle présente sur la phénacétine, ici comme dans la typhoïde, l’avantage de produire moins de phénomènes secondaires graves et nous la recommanderons comme telle à ceux qui sont partisans des antithermiques chimiques dans cette maladie. On peut éviter la production des sueurs en faisant prendre au malade en mème temps que l’antithermique un peu d’atropine ou d’agaricine.
Nous ne l’avons jamais vu calmer totalement la toux, ni réveiller l’appétit, sauf peut-être dans un cas (voir l’observation 12). Toutefois en abaissant la fièvre elle peut améliorer l'état général du malade et favoriser son rétablissement.
En résumé, la lactophénine a une action antithermique constante mais variable, un peu moins marquée que celle de la phénacétine, mais d’une durée égale à la sienne. Elle ne produit pas de phénomènes secondaires graves, ce qui nous la fera recommander particulièrement à ceux qui, partisans des antithermiques chimiques dans quelque maladie que ce soit, recherchent à la fois une action certaine, lente, durable et inoffensive.
ACTION ANALGÉSIQUE DE LA LACTOPHÉNINE
L'action analgésique de la lactophénine a été signalée d’abord par Landowsky (1894) et Dujardin-Beaumetz, qui l’administrèrent à des doses variant de Ogr. 60 à 2er. par jour dans des névralgies. Ils en rapprochaient les effets de ceux de l’antipyrine. A. Jacquet l’employa aussiavec succès comme calmant, mais à doses un peu plus fortes (0 gr. 80 à 1 gr. A dose de 0 gr. 50, elle n’avait, selon lui, que des effets peu certains. L'année suivante, H. Strauss lui reconnut le même pouvoir, mais à doses de 1 à 2 gr. Elle agit assez vite dans le rhumatisme sous toutes ses formes (aigu, subaigu, chronique) et dans les névralgies. Elle eut aussi du succès dans un cas de sciatique. Il avouait toutefois qu’elle donne des échecs nombreux.
Strauss employa aussi ce médicament dans un cas de myélite lombaire, un cas de myélite cervicale et un cas de délire alcoolique.
Dans le premier de ces cas, il y eut accoutumance dès le second jour de traitement, comme
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d’ailleurs avec les autres médicaments employés. Dans le second, il y eut du mieux,un soulagement considérable et du sommeil, mais avec des hallucinations et des sueurs profuses. Le 3° cas ne fut pas suivi d’un résultat aussi heureux : l’échec fut complet.
Les observations qui vont suivre montreront les résultats que nous avons nous-même obtenus, en employant la lactophénine comme analgésique.