ESSAIS CLINIQUES DE BACTÉRIOPHAGIE NON SPÉCIFIQUE DANS LA CHANCRELLE
Parallèlement à cette étude des procédés de culture du bacille de Ducrey en vue de l’adaptation d’un principe lytique, nous avons entrepris des recherches sur la bactériophagie non spécifique de la chancrelle. Ces recherches ont été effectuées dans le service de M. le P' Gougerot d’une part, et pour l’autre, au Laboratoire de M. Peyre à la Faculté.
Nous tenons ici à remercier tout spécialement M. Pitres, dont la profonde expérience bactériologique et les conseils bienveillants nous ont été spécialement utiles.
Nous nous sommes adressé à des stocks bactériophages, préparés dans le Laboratoire de M. d'Hérelles ; nous nous sommes servi d’un mélange de souches nombreuses, lysant différentes races de streptocoques, de staphylocoques, de colibacilles, PEberth et les para-
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Eberth, le bacille de Shiga, le pneumobacille, le pyocyanique, le proteus, etc... en un mot de toutes les races du virus lytique, que l’on trouve actuellement couramment dans les laboratoires.
Nous avons traité, et cela en dehors de toute autre thérapeutique des bubons et des chancres. Le modus faciendi a été simple.
Pour les bubons, après désinfection de la peau à la teinture d’iode, on ponctionne à distance en dehors du point déclive, selon la technique couramment adoptée pour les suppurations froides, avec une grosse aiguille ou un petit trocart. On évacuait le pus, et l’on injectait une quantité équivalente de notre mélange de souches lytiques. Cependant, nous n’avons jamais dépassé la dose de 6 cin* par injection.
Pour les chancres, après détersion à la compresse et à l'eau bouillie, on se bornait à faire une application de bactériophage sur une compresse que lon laissait à demeure. Nous prions nos malades d’uriner le moins souvent possible ; il nous a été possible de les éduquer à n'uriner que trois fois par jour au moment des pansements. Nous remettions en effet à nos sujets des ampoules de notre mélange, en les priant de renouveler leur compresse trois fois par jour. Les malades, tous travailleurs manuels, continuaient leur travail, nous nous bornions à les voir environ tous les trois jours.
Quand nous avons commencé cette thérapeutique, nous ne l'avons pas fait dans le seul but d’agir sur les germes associés. Sans doute, même dans les bubons
fermés, est-il assez fréquent de voir d’autres germes à
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côté du bacille de Ducrey. Janselme, Jausion et Diot (31) ont ainsi {rouvé le staphylocoque doré, le pyocyanique, l’entérocoque. Durand, sur les 19 bubons fermés qu’il a examinés (16), a trouvé une fois le staphylocoque. Mais ces germes semblent, classiquement, avoir un rôlesecondaire, de même, il est classique d'admettre que la riche flore microbienne des chancres (en dehors du phagédénisme) ne joue aucun rôle morbide. S'il était encore bescin de démontrer ce dernier point, les remarquables expériences relatées par Hababou Sala dans sa thèse, auraient à notre sens tranché la difficulté. Nous étions frappé cependant des résultats assez favorables qu’auraient obtenus avec des filtrats vaccins non spécifiques Jeanselme, Jausion et Diot (31), dans les bubons, Jausion et Diot (30) dans les chancres mous.
Nous espérions surtout obtenir un début d'adaptation in vivo du bactériophage. C’est pour cela que nous nous adressions au plus grand nombre possible de souches de virus lylique. Nous pouvions espérer, car c’est là un fait banal que connaissent bien tous ceux qui se sont occupés de bactériophagie, que l’une de ces souches pourrait peut-être se montrer plus active que les autres et s’adapter, au moins partiellement, au streptobacille,
De là l'introduction dans notre mélange de certains virus qui paraissent du point de vue bactériologique les plus éloignés du bacille de Ducrey. En effet, c’est là un fait d'expérience banale que l’on ne peut pas préjuger des réactions d’un germe vis à-vis d’un virus
lytique, par sés autres caractères bactériologiques.Nous Basser 3
Voulons dire que la similitude des propriétés de culture, de coloration, d’agglutinabililé est un fait, la bactériophagie en estun autre. Si l’on en voulait une preuve, on la trouverait dans ces microbes, dits hétérogènes par d’Hérelles, dontla même souche se montre sensible à tel bactériophage et ne se laisse pas lyser par un autre. On la trouvera surtout dans ce fait que les multivalences d’une souche pure de bactériophagene se font pas toujours dans des séries botaniques voisines. N'ayant rien pour nous guider, nous nous sommes borné à
-chercher à mettre toutes les chances de notre côté en
collectionnant le plus grand nombre possible de virus lyliques quelqu'’illogiques que puissent sembler certains choix.
De fait, à notre grande surprise, nous avons eu l’impression clinique que les races adaplées aux germes intestinaux semblaient se montrer plus actives que les bactériophages, anti-streplocoques et antistaphylocoques.
Quand nous avons commencé nos recherches, nous
avions l’intention de reprendre par ponction le pus,
après inoculation de bactériophage ; nous aurions alors, avec celle souche, ayant subi au moins un début d'adaptation, tenté de compléter in vitro celte adaptation au streptobacille, Nous avons dit déjà pour quelle raison nous Pavons pu faire celte partie de notre travail jusqu’à présent. Par la suite, nos premiers résultats cli. niques nous ont encouragé à persévérer dans la voie que nous ouvrions. |
Nous ferons remarquer qu’à notre sens, c’est la seule
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manière de .se procurer ainsi une souche de bactériophage valable pour le bacille de Ducrey. Jusqu'à présent,la plupart des agents lytiques dont nous disposons ont été trouvés chez des convalescents, dans l'intestin ou les urines. Tout ce que nous savons de la biologie de la chancrelle tend à nous faire croire qu’il ést vain d'espérer des résultats dans cette voie.
D'autre part, même si l’on pense que dans la guérison de la chancrelle il intervient un bactériophage (et nous n’avons aucun argument ni pour ni contre cette hypothèse), ce virus lytique doit disparaître très rapidement des téguments.
Le fait que la chancrelleest indéfiniment réinoculable, plaide en ce sens. On ne conçoit pas en effet que s’il restait dans les téguments un bactériophage capable de lyser le bacille de Ducrey, la lésion puisse récidiver. Cet argument du reste n'implique pas que le bactériophage ne joue aucun rôle dans la guérison. Par exemple, Hauduroy a bien montré la rapidité de la disparilion du bactériophage anti-Eberth à la guérison.
Il en a donné la raison, montrant que ce virus est hautement spécifique, ne s'adapte pas, ou mal, au colibacille, Il disparaît donc en même temps que ce qui constilue son unique milieu de culture.
Admettant donc la difficulté de mettre en évidence un bactériophage chez un convalescent, connaissant la difficulté que l’on éprouve in vitro à donner une valence nouvelle au bactériophage, nous pensons que . nous nous sommes servi du seul moyen logique. Dans ces recherches, entièrement nouvelles dans le cas qui
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nous occupe, et qui sont basées seulement sur des hÿpothèses, notre expérience servira au moins à quelque chose ; le moins que l’on puisse dire de l'introduction du bactériophage dans les bubons,que nous avons tenté avec tant de timidité, c’est qu’elle n’est pas dangereuse. En conscience, des tentatives nouvelles peuvent être faites dans ce sens. Bien mieux, et presque à notre grande surprise, nous avons obtenu de vérilables suc-
cès thérapeutiques.
Voici d’ailleurs le résumé de nos observalions :