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OBSERVATION IV

Diagnostic: Lèpre tuberculeuse

R.... Léonarde, veuve G..., née à Naves (Corrèze), le 2 octobre 1861; a vécu dans différents villages de l'Auvergne.

Entrée à l'hôpital le 14 septembre 1923, pour lupus facial ou lèpre tuberculeuse.

A. H. Père mort accidentellement à 46 ans.

Mère décédée à 64 ans, épuisée, d'après les dires de la malade, par un eczéma rebelle et des ulcères des membres inférieurs.

A P. 7 enfants, tous en bonne santé apparente.

Cette femme est cachectique, extrêmement anémiée ; elle

SO

ne peut remuer ses membres qui lui paraissent paralysés ; cet état remonterait à plusieurs années. Très déprimée, elle paraît inerte dans son lit; ne peut se lever, ni se tenir

debout sans aides.

A l'examen :

La face est souflie, ridée, glabre. Le front, les arcades sourcilières, les joues semblent recouvertes d'un masque brun-rouge. Les lèvres sont épaissies, violacées, éversées en dehors et permettent un écoulement continuel de salive. Le menton est élargi et bosselé, la bouche édentée. Des ulcérations progressives ont été suivies de destruction de la cloison ; il existe une rhinite chronique avec suintement abondant de mucus. Pas d'épistaxis.

Les oreilles hypertrophiées présentent des nodules de la grosseur d’un pois dans les lobules.

Les yeux sans sourcils sont saillants, les paupières en ectropion sont enflammées. Ces conjonctivés sont rouges el la cornée droite couvertes d’une taie large et blanche. La vision de la malade est presque nulle. Ces phénomènes oculaires avaient débuté peu de temps avant la guerre de 1914, et la malade dit avoir reçu des soins du D' Laporig.

La voix est rauque, éteinte, l'audition très diminuée.

Au tronc, macules rougeâtres insensibles et plaques brunes, plus foncées au centre qu'à la périphérie.

La face dorsale du poignet et de la main droites sont infiltrés, les doigts sont très gros, farcis de nodules ulcérés à fond grisätre, surmontés de croûtes épaisses et brunes. Une bande de peau sur le dos de la main est insensible. Le ganglion épitrochléen est hypertrophié, le nerf cubital droit épaissi par endroits. Les muscles interosseux des deux mains sont atrophiés et les 4° et 5° doigts en demi flexion.

Les jambes sont œdématiées et rouges ; de larges placards figurent une sorte de botte anesthésique qui remonte jusqu’à mi-jambe, plus haut à droite qu’à gauche. Les réflexes tendineux sont faibles. Les tendons et les phalanges des orteils sont nécrosés ; les cavités articulaires ouvertes. Le gros. orteil et 2 phalanges du pied droit sont tombés.

Analyse des urines : traces d'albumine, pas de sucre ; le

dosage de l'urée en décèle 10 à 12 gr.

La malade est décédée à l'hôpital de Tulle le 15 décembre

On pourra adresser à ces observations le reproche de ne pas être toutes accompagnées d'examens de laboratoire. Mais il semble que l'évolution chronique des lésions, leur aspect clinique, leur localisation en différents points d’élection de la lèpre, l'absence d'antécédents spécifiques, permettent, en procédant par voie d'élimination, d'écarter les diagnostics de lupus ou de syphilis tertiaire qu'on aurait pu porter.

Nous ajouterons que les sujets dont nous venons de signaler le passage à l'hôpital de Tulle ne sont venus que poussés par la misère dans laquelle ils se trouvaient sur leurs vieux jours, et qu'ils sont tous originaires de petits villages situés le long des gorges de la Dordogne, dans des sites sauvages jadis privés de toute voie de communication rapide, et d’un accès encore très diflicile.

Le D: Roucuy (de Pleaux) nous a appris au sujet de la malade de notre 2° obseavation, que «la lèpre aurait pu être importée par un oncle de V. G..., revenu malade de l'Ile Maurice où il avait séjourné ». On peut donc se demander s'il s'agit en ce cas d’un cas de lèpre autochtone. Le problème est difficile à résoudre. Cependant nous savons que les cas de contagion de lèpre sous nos climats sont très rares, et considérés comme exceptionnels par les léprologues. De plus, on ne saurait rattacher à ce cas particulier, les trois autres que nous avons mentionnés.

Ces sujets sont originaires d'une région qui se continue,

(1) Le D' LaBORIE a consacré sa thèse de doctorat à l'étude de la Lèpre oculaire (Paris, 1902).

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