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LA LÈPRE EN BAS-LIMOUSIN

Origine — Voies de Propagation

L'existence de la lèpre en France est attestée, dès le Haut Moyen Age, par d'assez nombreux témoignages. Certains auteurs ont prétendu que l'Europe Centrale n'avait pas connu la lèpre avant les grandes croisades, tentées, dès 1096 pour la délivrance des Lieux Saints. En réalité, cette affection sévissait dans notre pays depuis longtemps déjà ; il n'en faut pour preuves que les diverses ordonnances promulguées à une époque antérieure pour séparer les lépreux du reste de la société : concile d'Ancyre, en 314, — concile d'Orléans, en 549, — concile de Lyon, en 583, — mesures édictées par le roi Rotharis en Lombardie, — mémoires sur les maladeries de Verdun, objet des libéralités de Dagobert, capitulaires de Pépin le Bref (750), — ordonnances de Charlemagne(582), coutumes diverses (Normandie, ville de Calais) du 1x° siècle.

M. Guigerr (1), dans un ouvrage très documenté sur les lépreux du Limousin, déclare ne pas connaître de texte remontant au Haut Moyen Age où il soit fait mention de l'existence de lépreux dans cette province. Mais il cite un document du commencement du xi° siècle, énumérant les

(1)L. Guibert. Les lépreux et les léproseries de Limoges. p- 19 et suivantes.

coutumes et les charges de l'aumônerie du Monastère de Saint-Martial de Limoges, où il est parlé d'un prélèvement hebdomadaire de deux deniers en faveur des lépreux, sur le produit des offrandes recueillies au sépulere de l'Apôtre de l'Aquitaine. Le même historien mentionne en outre un texte curieux du cartulaire du Prieuré d'Aureil, rapportant qu'en 1092, trois ans avant la prédication de la première croisade, Bernard de la Brugère, atteint de lèpre, dédia ‘un oratoire à la Vierge et le concéda aux moines d'Aureil.

Un mémoire manuscrit de NapauD fait mention en 1180 d'une maison de malades située dans le jardin du bourg de Montjauvy, à Limoges, catégoriquement désignée sous le nom de léproserie.

Nous ne connaissons done que très peu de documents relatifs à l'histoire des Lépreux dans le Limousin, avant le xni° siècle Il semble établi, cependant, qu'avant le départ des premiers croisés, Raimond vicomte de Turenne ait établi une maladrerie à Nazareth, à sept kilomètres de Brive.

Il est intéressant de rechercher par quelles voies la lèpre fut importée en Limousin. Différents auteurs, étudiant la même question dans diverses régions du Midi de la France, ont accusé les Sarrazins d'avoir été les propagateurs de la maladie. Or, nous savons que le Limousin fut occupé par les Arabes à la suite de la bataille de Poitiers (332) où leur élan vers l'Aquitaine fut brisé ; ils assiégèrent Uzerche pendant sept ans ; ils en furent chassés, mais, par la suite cette province resta en relations directes avecle Languedoc, le Béarn, les régions pyrénéennes soumises à l'occupation arabe, installée depuis longtemps déjà en Espagne. Ainsi que l’a écrit M. E. Me, Clermont était à la bifurcation des trois routes antiques qui allaient rejoindre les grands chemins de Saint-Jacques de Compostelle. La première était la voie romaine allant à Limoges par Ahun et la Creuse ; — la deuxième traversait Ussel et Brive, et aboutissait à Périgueux ; — la troisième remontait l’Allier jusqu'à la vieille Brioude et atteignait le Puy.

LE PAT es

Les deux premières routes, parcourant le Limousin dans sa largeur, étaient suivies, dès le 1x° siècle par une foule de pèlerins du Centre et de l'Est rejoignant les grandes voies menant à Saint-Jacques de Compostelle ; cette masse de voyageurs, allant ou revenant d'Espagne, après avoir traversé Clermont, véritable lieu de passage où celle se formait, et se disloquait au retour, s'engageait ainsi, sur de nouvelles routes, dont certaines, — les2 dernières, traversaient le Limousin ou étaient en relations de voisinage avec lui. En voici les itinéraires :

— Arles à Toulouse, franchissant les Pyrénées au col du Somport.

— Orléans à Bordeaux par Tours, Poitiers et Saintes.

- — Le Puy à Moissac.

— Le Vézelay à Limoges et à Périgueux.

Une autre route conduisait de Limoges, de Cahors ‘et de Moissac les pèlerins de Saint-Jacques qui voulaient s'arrêter à Roc-Amadour, lieu de pèlerinage bien connu du Quercy.

L'importance sociale de ces routes du Moyen Age n'est pas à démontrer. Elles représentaient les voies d'échanges, non seulement commerciaux, mais d'idées politiques ou religieuses, et mettaient au contact deux civilisations, qui devaient forcément déteindre l’une sur l’autre. M. MALE a été frappé par les influences ressenties par les architectes français au retour de leurs voyages en Espagne, et il éerit : « C'est avec l'architecture romane de la Saintonge, du Limousin, du Berry, de l'Auvergne et du Velay que l’art de l'Islam s’est uni le plus harmonieusement (1). » Il en voit pour preuves les édifices religieux de Limoges et de Saint- Front de Périgueux, les portails, chapiteaux, arcatures polylobées des églises jalonnent les voies romaines tracées de Clermont à Périgueux (à Meymac, Palisse, Rosiers-d'Egle-

tons, Tulle, Saint-Martin-de-Brive), — et de Limoges à (1) Emile Mâle. — Les influences arabes dans l'art Roman,

in Revue des 2 mondes — 1923.

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