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Rocamadour (à Lubersac, Vigeois, Allassac, Noailles). Les émaux, les manuscrits de Saint-Martial se ressentent de la même influence, et montrent bien que Limoges, étape du pèlerinage de Saint-Jacques était en relations constantes avec l'Espagne.
Or, sur ces routes, après les marchands, les moines, les pèlerins se rendant en Castille, les équipages de seigneurs, que voyait-on, en ce x1° siècle si troublé ? Le travail industriel et agricole insuffisant, une terre ingrate, propriété du clergé et de la noblesse, non mise en valeur par une population clairsemée, ne fixuient pas les habitants au sol; beaucoup se faisaient nomades, colporteurs, rouliers, petits marchands, compagnons de métiers, allaient de ville en ville, de château en château oflrir leurs bras et leurs services. Parmi eux des mendiants de profession, besogneux ou non, infirmes ou non, vivaient d’aumônes, bientôt considérées comme une dette desriches Et à leur suite, ou contondus avec eux, nous dit M. Leroux, on voyait arriver chaque jour « d’autres mendiants non moins misérables, non moins dignes de piété que les premiers : des lépreux errant de lieu en lieu, sans famille, sans gîte, des pèlerins à la besace vide et aux pieds sanglants, des soldats mutilés et impotents, des criminels fugitifs pourchassés, tous les déshérités du monde, tous les opprimés de la société de ce temps, toutes les victimes des violences féodales. »
Nous sommes donc tentés de croire que l'épidémie dela lèpre qui frappa si durement le Limousin a vu son éclosion à la suite des rapports étroits de cette province avec l'Espagne sarrazine, pays lépreux. La cruelle affection, maladie de misère, a, selon toute vraisemblance été propagée par le grand nombre de lépreux, mendiants ou non, avérés ou non, qui circulaient sur les routes de Saint-Jacques. Le manque de documents traduisant l'existence de l'affection, en Bas-Limousin avant le xr° siècle, et surtout l’absence de contacts aussi suivis avec les provinces méditerranéenes ou avec le massif armoricain, déjà entâchés de lèpre aux vit et vu® siècle, semble confirmer cette hypothèse.
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LA LEPRE AU XII: ET XIil° SIECLES EN BAS-LIMOUSIN
Extension de la maladie. — Les Léproseries
Le xu siècle fut le siècle de la lèpre. Ainsi que l'écrit M. Marcnoux, (1) « si la lèpre, au temps des croisades a pris le formidable développement que l'on sait, cela tient à ce qu'on laissa croître le mal pendant plus de cent ans. sans le combattre. Le jour où l'on s'y décida, il avait pris une telle extension qu'il fallut des siècles pour en venir à bout ». Auparavant les lépreux étaient déjà l'objet de mesures. spéciales : à l'église, en certains endroits, ils devaient se tenir près de la porte, ils étaient considérés comme morts civilement, mais en Limousin tout au moins, iis ne furent soumis à la rélégation qu'au xu° siècle. Jusqu'alors, il y avait peu de fondations hospitalières ; la charité s'exerçait envers eux, de rnème que vis-à-vis des autres malades, par des distributions manuelles de pain, de vêtements, d'argent, faites par le clergé sur ses revenus.
Au moment des croisades, les cas de contagion contractés dans les expéditions faites vers les Lieux Saints, et importées dans notre pays par la foule des croisés se décuplèrent. Comme dans toutes les armées en campagne, les fatigues, les privations, l'épuisement, les mauvaises conditions d'hygiène augmentaient les conditions de réceptivité. Le mal voyait sa marche aggravée en Limousin par la misère dans laquelle, au Moyen Age, étaient plongés les habitants. M. Leroux (2) en a énuméré les causes : servage, — indigence des couches inférieures de la population, — famines (on en compta 30 du xn° au xvir® siècles), — chômage, — élat sanitaire très mauvais (la peste des Ardents, à la fin du x° siècle aurait tué en Limousin {40.000 habitants, selon
(1) Monde médical, 14 janvier 1924.
(2) Leroux: Archives hospitalières dela Haute-Vienne : 1884-7.