APELLE DES MALADES
du lépreux qui l'habitait. La lèpre continuait à sévir avec intensité, et ne paraissait pas être près de son déclin ; partout où ce fut possible, surtout aux abords des bourgs et des villes, où les ressources étaient plus grandes, on édifia des maisons destinées à loger les lépreux, que la population saine ne voulait plus conserver en son sein. Ces maladreries färent nombreuses en Limousin. L'abbé NapaubD, dans son Grand Pouillé historique, qui remonte au milieu du xvie siècle, mentionne pas moins de quarante et un de ces établissements dans l'étendue de l'ancien diocèse de Limoges. M. GUIBERT ajoute à cette liste 7 maladreries qui n'y sont pas citées, et il écrit : « Peut être même conviendrait-il d'ajouter à cette liste les nombreux prieurés qui relevaient de la Maison Dieu de Montmorillon, une des léprésories les plus richement dotées du royaume, — la Maison Dieu de Saint-Priest-Taurion, — un des hôpitaux de Felletin, — et plusieurs commanderies de l'ordre de Saint-Antoine de Viennois, de l'ordre du Temple et de Saint-Jean de Jérusalem, qui ont reçu, du moins à certaines époques, des personnes atteintes de lèpre. Le diocèse de Limoges aurait compté, plus de 150 maisons de secours : léproseries, malaties, infirmeries, aumôneries., hôpitaux de tous genres.
M. J.-B. CnauPpevaL a relevé, en Bas-Limousin (1) près de cent léproseries ou asiles à maux présumés contagieux, désignés : malaudies, malaptia seu infirmaria, malelies.
Nous ne saurions donner la liste complète des anciennes maladreries du Bas-Limousin Nous ne connaissons aucun ouvrage donnant actuellement la liste complète; et nous savons que beaucoup de ces établissements disparurent au cours de la Guerre de Cent Ans, ou furent transformés en hôpitaux au cours du xvir® siècle; de plus, les incendies et les pillages survenus dans nos monastères pendant la
(:) Le diocèse de Limoges comprenait, au xui° siècle, la Marche et le Bas Limousin. Tulle devint le siège d’un évêché en 1317 constitué par une partie (33 paroisses du Bas-Limousin. qu'il engloba en enter en 1829 ; il correspond ainsi au territoire du département actuel de la Corrèze.
OS
periode révolutionnaire, ont entrainé, au xviri siècle, la disparition de documents précieux.
D'après le Pouillé général contenant les bénéfices de l'Archevesche de Bourges(1643), la liasse n° 4847 de la Série S aux Archives Nationales et le Pouillé rayé de l'Abbé NapauD (1750) cités par M. GuiBErT (1905). — d’après les travaux de M. PouiBrière (1910) et de M.3J.-B. CHAMPEvVAL (1914), nous relevons eu Bas-Limousin, au cours du Moyen-Age, l'existence de léproseries dans les localités suivantes :
Aix ; Albussac ; Argentat ; Beaumont ; Bonnefont ; Brive; Brivezac; Bugeat; Chanteix; Chamberet; Combressol; Concèzes ; Cornil ; Corrëze ; Curemonte ; Donzenac ; Egletons ; Estivaux ; Eyburie; Eygurande; Hautefage; Gimel; Grandsaigne ; Gros-Chastang ; Jugeals ; Juillac; Ladignac; Lachapeile-aux Brocs ; La Mongerie; Larche; Le Lonzac ; Lestanges ; Lestards ; Lioudre; Lissac; Malemort; Merlines ; Meymac; Meyssac; Millevaches: Monceaux, Montgibaud ; Nazareth ; Neuvic; Nonards; Orliac-de-Bar ; Perpezac-le-Blanc ; Pierrefitte; Le Port-Dieu ; Saint-Bazile de Meyssac ; Saint-Bonnet-Larivière ; St-Bonnet-l'Enfantier; Saint-Chamant ; Saint-Clément; Les Plats de Saint-Ciément ; Saint-Cyr-la-Roche ; Saint-Etienne-aux-Clos ; St-Germainla-Volps; Saint-Germain-les-Vergnes; Saint-Hippolyte ; Saint-Julien-d'Alboy ; Saint-Privat; Saint-Salvadour; Saint- Solve ; Saint-Sulpice-les-Bois; Saint-Ybard; Sérandon ; Sérilhac; Sexcies; Sornac; Soudeilles; Soursac; Tulle (3 maladreries)[MarvAuUD|; Ussac; Ussel; Uzerche ; Vigeois; Vignols ; Lavinadière.
Il nous paraît à peu près certain que toutes ces maladreries n’ont pas existé dès les premiers ravages de l'épidémie, et qu'elles furent édifiées peu à peu du xrr° au xvie siècles. Elles ont pu, momentanément, abriter d'autres malades que des lépreux, mais, d’après les documents consultés, nous sommes en mesure d'affirmer que 45 d’entre elles au moins existaient déjà au xu1° et xiv” siècles, et servaient d’asiles à des lépreux.
NVIUQWY-ENIVS HI ATAAUGVIVN
En vie
Les maladreries du Bas-Limousin, si l'on en juge d'après celles de Nazareth, de Saint-Adrian (près Tulle) et de quelques autres, paraissent avoir été construites selon une conception identique. On les plaçait au milieu des bois, près d'une source ou d’un cours d'eau. dans un but de salubrité. et à une croisée de chemin, afin de recueillir l’aumône des passants. Leur construction n'avait rien de monumental. Une léproserie consistait en un groupe de maisonnettes contigües, quelquefois de huttes d'un aménagement sommaire, disposées autour d'une cour avec plusieurs constructions plus ou moins importantes pour les services communs et édifiées autour ou à proximité d'une chapelle.
Ces chapelles étaient à l'ordinaire mises sous le vocable de sainte Marie-Madeleine et de saint Jacques, Marie de Magdala fut au Moyen Age la patronne de nombreuses maladreries limousines. Saint Jacques fut aussitrès invoqué à partir du 1x:° siècle; ses reliques vénérées à Compostelle, en Galice, étaient le but de pèlerinages célèbres ; nombreuses furent, en Bas-Limousin, les chapelles qui lui furent dédiées.
Les principaux fondateurs des léproseries furent les évèques des diocèses limousins. Ils leur firent des dons importants, et ne cessèrent de contribuer à leur administration. Les archives attestent aussi les libéralités des chevaliers en faveur des asiles des lépreux. Les seigneurs, avec en tête le vicomte de Limoges qui, à tort ou à raison se déclarait le fondateur de la Maison-Dieu de sa cité, paraissent s'être montrés généreux vis-à-vis de ces établissements. Aucun témoignage ne nous permet pourtant d'affirmer qu'ils se soient occupés des maladreries limousines au point d’être «le pain et la provende de la maison » suivant l'éloge si éloquent mérité à Laon par le seigneur de Cossé (auiBerT). Réserve toutefois doit être faite pour Raimond de Turenne et sa mère Gerberge, les fondateurs
NES de la maladrerie de Nazareth, — pour les de Noailles qui créèrent l'hôpital Saint-Jean de Rocamadour, — pour
Adhémar des Echelles et les généreux donateurs de l’abbaye de Tulle. Citons encore les seigneurs de Saint-Chamant qui construisirent la léproserie de Saint-Amance au pied de leur château, et peut être aussi celle des Chabannes, près de Neuville, — les comtes de Comborn, qui bâtirent la maladrerie de la Vinadière (Vinharieyra) et Ermengarde de Courson, vicomtesse de Comborn, celle du. Châtenet, — et les chevaliers de Malemort, celle de Montchamp (dite aussi de Monchal). |
:Nombre de donateurs furent de simples lépreux, qui en mourant, laissèrent à la maladrerie leurs biens ou l'argent péniblement acquis par leur travail. De plus, de bonnes gens, petits bourgeois, commerçants et artisans, apportèrent eux aussi leur contribution.
L'existence qui menaient les lépreux était sensiblement analogue à celle de beaucoup de communautés religieuses ; ces malades furent pendant longtemps placés sous l'autorité des évêques, qni édictèrent des mesures propres à prévenir les actes d'insubordination ou d’immoralité. Ils étaient régis par des ordonnances épiscopales et par des coutumes dont on a retrouvé les traces. Ces statuts constituant une sorte de règle monastique, s'étendait à tout ce qui avait trait au régime intérieur de la maison, et à la conduite des lépreux au dehors. En Limousin, le lépreux n'est nullement frappé de mort civile, ni dépouillé de la propriété de son patrimoine ; il pouvait en disposer en son gré. Il agissait, traitait, contractait, achetait et vendait comme toute personne. (GUIBERT).
Les nobles atteints de lèpre gardèrent tous leurs droits
et privilèges ; les restrictions apportées à la liberté du {adre ne s’appliquaient pas à eux. Les lépreux ne pouvaient devenir prêtres ; mais les prêtres qui contractaient la maladie,
devaient sur le champ cesser la célébration du saint sacri-
Lt