‹ Contribution à l'Étude de la LèpreChapitre 26 sur 51 · NOR · texte numérisé non relu

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fice, et en référer à leur évèque. Les ecclésiastiques lépreux étaient séquestrés, et il est permis de croire qu'on les plaçait comme chapelains dans les maladreries ; dans les monastères on ne chassait pas les moines chez qui la lèpre se manifestait, on se bornait à leur donner une cellule isolée

dans les dépendances du cloitre (r).

Dans les communautés, à l'exemple de l'ordonnance de Guy de Noyers, évèque de Sens, il était prescrit aux ladres d'observer le silence à table et au dortoir et défendu, pour éviter la contagion, de parcourir les ruës et d'entrer dans les lieux publics.

Toutefois, les léproseries limousines jouissant pour la plupart de maigres revenus, la majorité des lépreux, dénommés aussi ladres, malades, rougnoux, blanquets, pour pouvoir à leur subsistance, vagabondaiïent et mendiaient par les chemins ; ils pouvaient se marier, et de tout temps, dans les maladreries, il y eut des cellules et des maisonnettes réservées à ces ménages (Guigerr). Ils devaient simplement se conformer à certaines précautions d'hygiène ; s'ils contrevenaient aux règlements de la maison, ils pouvaient être punis, soit du jeûne au pain et à l’eau, soit de divers châtiments corporels (peine du fouct administrée publiquement).

Ceux qui n avaient pas éprouvé de trop graves mutilations exerçaient souvent une profession manuelle, comme celles de tisserand, vannier, cordonnier. fossoyeurs, dépeceur de bêtes mortes, parfois tailleurs d'habits, métiers considérés alors comme infâmants.

Trop souvent, certains autres lépreux arrivés à une phase avancée de la maladie, véritables loques humaines, étaient tenus en horreur par les populations et impitoyablement séquestrés dans l’enclos des maladreries. Leur séquestration était un véritable emprisonnement, et c’est bien à

(1) cf. Guibert, op. citat. p. 10, 28 et 64.

Leroux, Molinier, Thomas. Documents, t. 1, pages 315-160.

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eux que s’appliquait le mot du pieux Joinville, « redoutant leur existence dix fois plus que le péché mortel. »

Avant d'entrer dans une borde ou une maladrerie, les lépreux devaient subir l’«épreuve », constatation des signes principaux et caractéristiques de la maladie sur le corps de l'intéressé. L'épreuve terminée et concluante, le juge ecclésiastique, l'official, rendait une sentence par laquelle il déclarait que la personne suspecte ayant été reconnue atteinte de lèpre serait séquestrée de la société des autres hommes.

On célébrait alors, d’une façon générale, une cérémonie religieuse, parfois même l'office des morts. Le lugubre cérémonial de cet office variait suivant les régions. Fut-il appliqué en Bas-Limousin ?

Dans son voisinage, le Manuel des curés des diocèses de Clermont et de Saint-Flour, de 1490, donne le détail de cette cérémonie.

Le clergé de la paroisse intéressée était avisé et chargé de présider à la séparation et de pourvoir à ses conséquences matérielles et financières. Il était assisté par les syndics et fabriciens de la paroisse. Au jour fixé, les prêtres allaient en procession, précédés de la croix, chercher le lépreux à son domicile, faire en quelque sorte la levée de corps. L'infortuné était conduit à l'église au son des cloches tonnant le glas, escorté de ses parents et de ses amis qui, une dernière fois, lui faisaient cortège. Devant l’autel, un drap mortuaire était tendu sur deux tréteaux. Le malade s’agenouillait le prêtre célébrait l'office des morts. Puis, le clergé accompagnait le lépreux à la maladrerie, la croix les précédant. Prenant un peu de terre dans son manteau, le prêtre en jetait sur les pieds du malade, bénissait la maison où ce dernier devait finir ses jours ; souvent dans une courte allocution résumée par les mots fameux : « bene dic Deo et morere ! » Le prêtre exhortait le paria à Ia patience et à la résignation.

En fûtil de mème en Bas-Limousin ? Le fait est à peu près certain. Il a existé un cérémonial spécial signalé par

R. Périer, dans le Æiluel de Tulle (1), mais les éditions de cet ouvrage que nous avons euentreles mains, trop récentes, ne le mentionnent pas.

Les avis formulés aux lépreux limousins sont les mêmes que donnait le Rituel de Verdun résumé par Micuerer (2), et admis à peu près partout en France :

. Mon ami, je te défends que jamais tu n’entres en église ou moutier, en foyres, en molins, en marché, en compagnie de gens.

Je te défends que ne voises point hors de ta maison, sans ton habit de ladre (3), afin qu'on te connaisse et que tu ne voises point deschaux.

Je te défends que jamais tu ne laves tes mains ni autre chose d'entour de toi en rivage ni en fontaine ni que tu boives ; et si tu veux de l’eau pour boire, puise en ton baril, en ton escuelle.

» Jete défends que tu n’entres point en taverne si tu veux du vin, soit que tu l’achètes ou qu'on te le donne, fait le entonner en ton baril.

Je te défends que tu ne habites à autre femme que la tienne.

Je te défends que si tu vas par les chemins et que tu encontres aucune personne qui parle à toi et l’arraisonne, que tu te mettes au-dessous du vent. »

Et le vieux rituel ajoute ces tristes paroles :

(1) R. Périer, Histoire de l'O. de Saint-Lazare de Jérusalem, p. 193.

(2) Cf. MrcueLer, Histoire de France, tome IV.

(3) Souvent il était dit au lépreux : « Recevez cet habit et le vestez en signe d’humilité.… Prenez ces gants... Recevez cette cliquette en signe qu'il vous est défendu de parler aux personnes.. Vous ne vous facherez point pour être ainsi séparé des autres... Et quand à vos petites nécessités, les gens de bien y pourvoiront, et Dieu ne vous délaissera pas... ».

Le costume des ladres se composait d’une robe grise, de sandales, de gants, de cliquette, barillets, écuelle de bois et d’une panetière. Dans beaucoup d’endroits ils devaient porter un signe distinctif (patte d’oie en drap rouge sur l'épaule gauche et, plus particulièrement en Limo:tsin, une rouelle). Les lépreux devant agiter leur cliquette pour signaler leur présence aux passants, sortant en petites troupes, faisant bandes à part, on les désigna en Limousia sous le nom de cliques.

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» Quand il adviendra que le mezel sera trépassé de ce monde, il doit être enterré à la maisonnette et non pas au cimetière ».

Les lépreux furent peu à peu concentrés dans les léproseries. Misérables pour la plupart, — ce qui fut particulièrement le cas de ceux qui étaient établis dans les bordes perdues dans les campagnes, ils n'acceptèrent qu'à contre cœur cet isolement. Mais certains ont dû, pour leur admission dans une maladrerie justifier, d'un certain avoir, ou débourser une certaine somme d'argent; ces derniers ont eu sans doute des égards et des soins particuliers, une situation supérieure à celle du commun, réduit à la mendicité ; le fait, signalé en un grand nombre de contrées de la France paraît avoir été assez fréquent en Limousin, ou le lépreux a conservé presque toujours et partout la libre disposition de ses biens et la jouissance de ses droits civils.

Les communautés lépreuses, tantôt séparées, le plus souvent mixtes, admirent des sujets des deux sexes. Les femmes devaient faire vœu de chasteté, d’obéissance et de pauvreté à l'instar des ordres monastiques. mais nous avons vu qu un peu partout, les mariages furent tolérés.

Les lépreux et ceux qui les soignaient étaient étroitement unis. Le personnel se composait tout d'abord d’un directeur, tantôt dénommé prieur, tantôt recteur, auquel tous étaient soumis dans la clôture du reclusage; c'était le chef de la communauté, le gérant de ses affaires, le directeur de l'hôpital, et non, jusqu'au second quart du xive siècle, le titulaire d'un bénéfice. Sur certains textes il est parfois nommé baile (du latin bajulus — régisseur); dans ce cas, il appartenait généralement à une confrérie.

À côté des prieurs se trouvaient des ecclésiastiques dévoués au service des malades, frères, sœurs, remplissant les rôles d'infirmiers et d'infirmières, — des servantes gagées, — des serviteurs bénévoles, comme les oblats et les donats. Sous ce dernier vocable, nous devons entendre des personnes qui s'étaient spontanément attachées aux établis-

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