LA MADELEINE DU CHATENET
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population et à cause des charges qui pesaient sur les communes pour leur entretien (Périxr). Partout l'on vit des lépreux vagabonder ét mendier, jeter dans les puits des drogues infernales qui devaient donner la mort à tous les chrétiens. L'examen des paquets contenant les poisons incriminés révéla du sang et de l'urine, du pus et des croûtes, des pattes de crapauds, des tètes de serpents, des cheveux de femme, d'innombrables herbages fanés, arrosés de liquides colorés et infects (GUIBERT).
Sous la pression de l'opinion publique, Philippe V et Charles le Bel rendirent deux ordonnances, à treize mois d'intervalle, dirigées contre les lépreux ; par la première, datée du 21 juin 1321, Philippe V rappelait qu'il avait prescrit l'arrestation de nombreux lépreux sous l'inculpation d'un abominable complot, que plusieurs d’entre eux avaient fait des aveux et avaient déjà été livrés au supplice. Il ordonnait de jeter en prison tous les ladres du royaume, d'informer contre eux et de faire périr tous ceux qui confesseraient leurs forfaits, ou seraient convaincus de participation à la conspiration. Les biens des maladreries devaient être saisis par les officiers du roi et administrés provisoirement par eux.
Le 31 juillet 1322, Charles le Bel publia une nouvelle ordonnance aux termes de laquelle les iépreux devaient être « enfermés entre des murs » ; il leur fut défendu, sous les peines les plus sévères de sortir des maladreries.
Un passage de Registre de l'Hôtel de ville de Cahors rapporte que dans les diocèses de Toulouse, d'Albi, de Rodez, de Cahors, d'Agen, de Périgueux, et de Limoges, tous ces malheureux habitants des maladreries furent condamnés. Ils montèrent sur le bûcher. On ne laissa la vie qu'aux femmes et aux enfants dont l'âge criait l'innocence ; encore furent-ils retenus dans la plus étroite relégation (1). Ces barbares exécutions, devançant les ordonnances royales
(x) cf. Bulletin de la Société d'Etudes du Lot, tome II, p. 112- F19;
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eurent lieu aux mois de mai et de juin 1321, et s'étendirent à bien d’autres provinces de France.
Deux textes d’origine limousine mentionnent ces mesures atroces. Le premier est une petite chronique de l'abbaye de Saint-Martial, qui s'exprime avec une concision regrettable, en termes d’une terrible netteté : « L'an 1321, écrit, sans ajouter un commentaire si bref soit-il, le religieux auteur de ces notes, — les lépreux furent brûlés pour les crimes qu'on leur imputa (1). » Il ne paraît pas douteux que l'écrivain, dont le regard ne cherche pas à dépasser Îies limites d'un horizon assez étroit, a ici en vue les exécutions ordonnées dans le diocèse de Limoges, mais il ne nous apprend rien que nous ne sachions déjà par le registre municipal de Cahors. (GUIBERT).
Le second document est bien plus explicite. Une curieuse chronique de l’abbaye d'Uzerche (2}, publiée par M. be Mox- TEYER Contient une page vraiment terrifiante sur les évènements qui eurent lieu en cette ville en 1321. Notons en passant que les condamnations au feu qu'elle signale, sont antérieures à l'ordonnance de Philippe V ; des faits analogues se sont produits également dans le Centre et le Midi de la France. Le Limousin serait donc une des premières provinces où le complot ourdi par les lépreux aurait eté découvert et puni.
Le chroniqueur, cherchant à expliquer comment les lépreux s'étaient laissés entraîner à concevoir un forfait aussi abominable que l'empoisonnement dont on les accusait, nous apprend qu'en 1320 il avait été enjoint aux personnes atteintes de lèpre de porter un signe apparent qui permit au peuple de les distinguer et de reconnaître leur présence dans les lieux publics : elles devaient coudre à leurs vètements un morceau d'étoffe de lin. Cette prescription ancienne déjà dans certains diocèses, se retrouve mentionnée dans
(x) cf. Duplés-Agier, chroniques de l’Absaye de Saint Martial, p: 152.
(2) Mélanges Puul Fabre. Paris. A. Picard et fils, 1902, p. 403-119.