‹ Contribution à l'Étude de la LèpreChapitre 31 sur 51 · CORNE · texte numérisé non relu

CORNE

On s'explique mal comment, après des traitements aussi barbares infligés aux lépreux, l'autorité se soit tout à coup relâchée de ces rigueurs. Le chroniqueur attribue ce revirement à la coutume du pays, aux usages qui reprirent Île dessus après la crise.

M. J.-B. CHampEvaL a publié un cas typique de lépreux empoisonneur de source, et le châtiment qui lui fut infligé. Le fait se passa aux confins du Bas-Limousin, à Archîgnac.

Un certain Jean, de cette léproserie, aurait reçu d’Elienne de Bergerac des poudres, « en un chiffon lié » pour les glisser äans les fontaines de la paroisse d’Archignac ; Jean jeta ces poudres dans diverses sources pendant les jours qui s’écoulèrent entre la Noël et le Carnaval, afin que «ceux qui boiraient de cette

eau devinssent ladres » L’intention criminelle était donc nettement établie.

Un autre lépreux Elie a remis certains ingrédients etsortilèges à un messager demeurant avec Maître Eymeric de Basselve qui mourut après avoir absorbé lesdits produits. Le messager avait reçu 12 deniers pour exécuter cette vengeance envers le seigneur de Basselve qui avait interdit aux ladres j’admission dans le cimetière d’Archignac.

Les dits lépreux Jean et Hélie avaient, en outre volé du grain, ici et là. Ils furent condamnés à être brûlés vifs dans leur léproserie, et exécutés le samedi avant saint Jean, en 1371.

Ces persécutions durèrent plusieurs années en certaines provinces. En Bas-Limousin, il semble bien que la répression du complot des ladres se soit limitée à l'année 1397. En Quercy, les exécutions avaient encore lieu en 1325 ; le chanoine ALBE a décrit celles qui eurent lieu à Cahors à cette époque.

Les faits que nous venons de rapporter traduisent bien l'emportement de foules éxaspérés, et nous les font voir sous un jour évidemment peu favorable. Mais aussi, selon M. CuamMPEvaL, « malgré la pitié que l'Eglise cherchait à inspirer aux populations à l'égard de ces malheureux (les lépreux), il fallut que ces parias, pour se venger de l'invincible répulsion, fussent souvent de dangereux vagabonds, criminels, tant par désir de vengeance antisociale que par tentation de vol ou prurit sadique, pour laisser comprendre qu'en bien des cas se trouvaient justifiées selon les mœurs

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du temps, les terribles représailles exercées contre eux. » L'état d'esprit des lépreux se comprend d'autant mieux qu'ils étaient soumis à des ordonnances municipales, à des règlements de police de plus en plus rigoureux, accompagnés de peines corporelles sévères ; on leur interdisait parfois l'accès des villes ; beaucoup étaient réduits à mendier ; aigris par le malheur et la misère, il n’est pas étonnant qu'ils aient conçu une haine violente contre la société qui les avait chassés, et qui, au moindre méfait, les pendait, les arquebusait, ou les brûlait (A. Gin).

Les évènements qui se déroulèrent en France dans le premier quart du xive siècle amenèrent la décadence des maladreries. En Limousin, beaucoup n'ont pas survécu, aux affaires de 1321. Les officiers royaux qui avaient reçu l'ordre de s'emparer des biens des léproseries ne surent pas les administrer ; Philippe V, le 16 août 13271, consentit main levée des saisies qu'il avait ordonnées. « Heureusement pour eux, écrit M. Guiserr (1), les hôtes des maladreries quoique beaucoup de leurs maisons fussent richement dotées, ne possédaient pas les richesses des chevaliers du Temple (2), et leurs revenus pouvaient être revendiqués par des communautés ou des autorités locales. Aussi la persécution contre eux fut-elle de courte durée. »

Les évèques, les seigneurs, les municipalités protestèrent auprès du roi, et réussirent à reprendre en main les biens

(1) Guibert opus. «itat. page 19.

(2) Peu de léproseries limousines ont dépendu de l'ordre de Saint-Lazare. Les chevaliers de cet ordre, recrutés au xvif siècle dans la noblesse. jouissant des revenus des maladreries, n'ayant aucune atteinte de lèpre, furent en butte à la cupidité des princes, et de leurs débiteurs, à la haine du peuple qui les accusait d'être les complices des ladres. Leurs biens furent saisis par Philippe V, et leur supplice faillit suivre celui des Templiers. cf. Pétiet : affaires des Temrlier: et des Lépreux, Hist. de l'O de Saint-Lazare. p. 159 et sq.

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des lépreux. A la faveur des tiraillements qui se produisirent et du désarroi inévitable qui s'ensuivit les bâtiments ne furent plus entretenus et les propriétés rurales abandonnées, La guerre de Cent Ans vient aggraver cet abandon ; des pillages, des incendies achevèrent de ruiner les communaulés de lépreux.

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