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LA FONTAINE DE SAINT GEORGES À CHAUNAG

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abus qui ne cessaient de s’accroître, de prendre différentes mesures destinées à l'observation des anciens édits. D'autre part, l'ignorance, la présomption et la cupidité firent condamner, selon Périer, bien des fois des malheureux qui n'étaient pas atteints de lènre à être retranchés de la société et jetés dans quelque léproserie, où, au contact immonde de ses habitants, ils devenaient lépreux à leur tour. C'est pourquoi l'habitude de la contre-expertise se généralisa-telle.

En ce qui concerne « l'épreuve », et la cérémonie de la « séparation » préalable à l'admission dans une maladrerie, nous voyons À. PARÉ recommander aux juges et aux médecins, la douceur et la bonté envers les iépreux : « néantmoins, je conseille que lorsqu'on voudra séparer les ladres, on le fasse le plus doucement et aimablement qu'il sera possible, ayant en mémoire qu'ils sont semblables à nous. » RABELAIS, MONTAIGNE, et, plus tard, MONTESQIEU et BUuFFON devaient prendre la défense de ces malheureux.

Ces derniers ne cessèrent de s'émanciper ; les mariages entre ladres et femmes saines furent de plus en plus communs. « Beaucoup de maladreries devinrent au xv° siècle des repaires de vice, où les aubaines de la charité donnaient lieu à toutes sortes d'orgies, où les liaisons entre ladres formaient d’ignobles associations. La langue française en a conservé le souvenir; il n'est pas besoin de dire quelles maisons ont emprunté leur nom vulgaire aux petites bordes des lépreux. » (Girx). Cette affirmation est corroborée par les faits de simulation que l'on voyait se produire à cette époque ; l'admission dans une léproserie, même au prix d'une certaine restriction de la liberté constituait aux xvi° et xvii° siècles, un avantage et un privilège pour lés indigents ; c'étaient le pain et l'abri assûrés.

Ambroise Paré rapporte « l'imposture d’un certain maraut qui contrefaisait le ladre », et qui fut pour cela condamné à « avoir le fouët par 3 samedis divers ayant son baril pendu au

col devant sa poitrine et ses cliquettes derrière son dos, et banni à jamais hors du pays, sous peine de la hart. Quant ce

vint au dernier samedy, le peuple criait à haulte voix au

Pros

bourreau: « Boute, boute, monsieur l'officier, il ne sent rien,

c’est un ladre ! » dont à la voix du peuple monsieur l'oflicier.

s’acharna tellement à le fouëtter que peu après, il mourut »

L'existence d’anesthésie cutanée chez les lépreux était, à cette époque, on le voit, de notion courante parmi le peuple.

Devani ces excès, François I*" essaya de remédier à une situation qui allait en empirant. En 1543, il chargea le Grand Aumônier de France de prendre des mesures pour rétablir la régularité dans les léproseries, et arrêter la dilapidation des biens. Cette ordonnance ne paraît pas avoir été efficace. Les guerres de Religion qui amenèrent au xvit siècle tant de ruines en Bas-Limousin, devaient mettre le comble aux désordres qu'on avait voulu réprimer.

Un édit d'Henri IV, en 1606, prescrivit de procéder à la réformation des abus ct de reviser les comptes des maladreries. Le roi défendit de plus les mariages des ladres avec des femmes indemnes de la maladie. Il ordonna à ces sujets, lépreux avérés et cagots qui en étaient les descendants, dont les anciennes communautés s'étaient dissoutes, de cesser leur vie de mendiants et de vagabonds et de se retirer dans les maladreries les plus rapprochées de leur lieu d'origine. [Il imposa sur leurs habits, un signe connu : patte d'oie, main ou croix d'étoffe rouge ou jaune, à hauteur de l'épaule ou de la poitrine. En Limousin subsista jusqu'au xvii* siècle le port d'une rouelle dont la couleur a varié suivant les localités (1).

Nous devons mentionner à cette époque une forme nouvelle de l'organisation d'assistance aux malades pauvres, dûe au développement énorme de l'Ordre de Malte, en France. Cet ordre, dont on sait le but charitable du début, avait absorbé successivement les différents biens des hospitaliers du Temple, du Saiut-Sépulcre, et, dès 1311 et 1483

(1) Les juifs, au Moyen. Age. étaient astreints à la même obligation ; ils devaient porter une rouelle jaune. Cf, Guibert, op-citat p. 16.

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les quelques bénéfices des hospitaliers de Saint-Lazare dans les diocèses de Limoges et de Tulle. Au xvir: siècle, l'Ordre de Malte y possédait des établissements ou commanderies considérables, ni plus, ni moins nombreux en Limousin qu'ailleurs, auxquels étaient attachés, églises, châteaux, fermes, moulins, forêts, vignes, etc. Les commanderies limousines, à la fondation desquelles nous trouvons les noms de toutes les familles féodales du pays, relevaient de la langue d'Auvergne, dont le chef-lieu fut d'abord à Bourganeuf, puis à Lyon (VAyssiÈRE) (1). Nous ne citerons | qu'une partie de leurs dépendances, ayant uniquement en vue les établissements hospitaliers ou ceux qui se rattachent à l'histoire de la lèpre :

(1) Ordre de Malte. Fondé vers 1048 à Jérusalem et doté d’un hospice dèstiné à recevoir les pèlerins malades ou nécessiteux, il reçut des donations considérables. Les frères hospitaliers qui le formèrent se divisèrent bientôt en frères servants, soignant les malades, et en chevaliers servants constituant des troupes destinées à escorter les pèlerins et les protéger contre les bandes musulmanes.

Cet ordre, essentiellement aristocratique, où n'étaient admis que les nobles & vivant de leurs revenus sans trafic vil et méchanique » comprenait 3 classes: chevaliers, chapelains et servants d'armes. A sa tête était un grand maître, résidant à Malte, et divers dignitaires. ou membres, commandant les possessions groupées en 8 langues, subdivisées en grand prieurés, balliages et commanderies. Ces dernières étaient attribuées à des frères qui ne pouvaient prendre part à la vie militaire en raison de leur grand âge ou de leurs infirmités : elles comprenaient des cours : de justice, — de grâce, — magistrales.

L'Ordre de Malte, appelé « de Saint-Jean de Jérusalem », puis de «Rhodes », fut le plus puissant et le plus riche des ordres religieux et militaires produits par les Croisades. A partir du xv° siècle, il posséda en Europe un nombre considérable de biens, sur lesquels il prélevait des dimes, cens et rentes de toutes natures. Aux xvi*, xvu' et xvin® siècles, les chevaliers placés à la tête des commanderies vivaient tranquillement deleurs riches revenus. Quant aux autres, ils continuaient à batailler sur mer avec les Turcs.

La Révolution, devait au xvur' siècle, supprimer les comman-

deries.

Commanderie du Temple d'A y'en :

— Hôpital Saint-Viance (léproserie connue au x1v* siècle) dépendant du membre du temple du Mons.

— Asile de la Gratade.

— «Les vieilles mazures du membre de Prunie, démontrant y avoir autrefois des maisons du temps des Templiers. »

— Le Petit hôpital d'Allassac (1632).

— Membre de Langlade, dependant de la paroisse de Saint-Sernin de Brive, à côté de laquelle se trouvaient en 1616 des ruines importantes de bâtiments habités depuis un temps immémorial, et dont la destruction remontait aux Templiers.

— Belveyre, ancienne maison de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem au xr1° siècle.

— L'Hôpital d'Eyzac.

— La petite chapelle de Saint-Georges-de-Salons, ruinée en 1616.

— L'Hôpital-Fondège.

Commanderie de la Vinadière (Léproserie en 1285). — En 1299 les Comborn avaient fondé un prieuré. Ces établissements, appartenant à l'O. du Saint-Sépulcre, passèrent aux mains de l'O. de Malte en 1483.

En dépendaient :

Chapelles des Combes et de la Louverie (de lo louborio) de Seilhac en mauvais état en 1708, où se célébrait le culte de saint Loup, si caractéristique des lépreux.

Chapelle de Orlue « plus que suffisante pour les habitants des quatre cabanes formant paroisse ».

Commanderie de Bourganeuf. — En dépendaient :

— Malgré l'éloignement, qui causa son abandon presque complet en 1617, l'hôpital de Donzenac, maladrerie au quinzième siècle.

Commanderie de Charrières, où l’on retrouve à :

— Chaumont, une chapelle (1281) et un cimetière de lépreux « deous rougnoux » aujourd’hui disparu.

Commanderie de Carlat (Cantal) dont relevaient en Bas Limousin :

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— Le Couderc de Clergoux. avec un cimetière où l'on croit reconnaître d'après les textes l'inhumation de ladres (1128 et 1398).

— L'Hôpital-Corrèze, l'hôpital de Meyrignac-l’Eglise.

Commanderie de Fenicr :

— Camps, près de Peyrelevade, avait une chapelle dédiée à saint Loup. Près de ce hameau, se trouvent les lieux dits : Cabannes de Louvage.

Commanderie de Bellechassagne : possédait dans le membre de Saint-Merd-les-Oussines, divers établissements, tombés en ruine au xvur siècle. On lui avait rattaché la maladrerie de Bonnefond connue en 1406.

— Bugeat, possédant une léproserie au village de l’Aurmônerie.

— Saint-Bazile-de-Meyssac : asiles de Bellefage et de Meyssac.

— Hôpital de Soudeilles, léproserie fondée par les Comborn.

Commanderie de Puy-de-Noix. — Avait diverses maisons de secours à : »

— Champeaux (vieilles mazures).

— Temple de Monceaux (léproserie en 1356).

Le Pouillé Général contenant les bénéfices de l’archeveché de Bourges (de 1648) indique comme dépendant du Grand Maitre de Malle. la Commanderie de Saint-Jean-de-Jérusalem près Tulle, — comme dépendant du Roy et du Grand Aumônier, les maladeries de Brives, de la Porcherie, de Saint-Paul, de Lubersac, d’Alonzac, de Brivazat et donne sous les ordres de l'Evêque de Tulle les maladeries : Ghors la ville de Tulle », des Angles, de Gorses, de Reï‘hac (Xaintrie), de Favars et de Montchamps.

Cette longue liste, d’ailleurs incomplète, donne une idée du rôle d'assistance joué par l'Ordre de Malte au xvre siècle. Ce rôle n’était certainement pas très efficace, car un peu partout les édifices hospitaliers tombaient en ruines, et les vestiges des anciens établissements (maladreries, chapelles) ne faisaient que servir: de témoins d'une épidémie presque complètement éteinte. Les ladres étaient, en effet, de moins en moins nombreux. Les médecins contem-

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