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tels, malgré une atténuation de leurs stigmates spécifiques si complète qu’au XVII siècle on perdit la notion précise de leur origine (1), se voyaient toujours tenus, dans la même suspicion par le préjugé des masses, et soumis à la rélégation. Mais les lésions qu'ils présentaient ayant une évolution essentiellement chronique, et parfois extrêmement lente, on admit un peu partout avec A. PARÉ, la possibilité de leur guérison. Cette opinion fut admise par GUY PATIN, qui signa un certificat de guérison de ièpre. Une attestation analogue a été publiée par M. J.-B. CHAMPEVAL :
Elle a été fournie par le lieutenant particulier à l'ex-ladre Peyre-Boulègue et à sa femme, tous 2 de la léproserie, sise, d’après des cartes de 1740 près de Brive, «entre la Borie, le Teilhol et la Font des Ladres ».
Ces cagots sollicitaient cette mesure «à cause de ce qu'il n'est son maître et lui est défendu de se mesler parmi les personnes du commun et ne peut travailler que au bien qui despand de ladite maladrerye, et à cause du grand nombre de personnes qu'ii Ya, n'y peuvent vivre ».
M. GUIBERT a rapporté, nous l'avons vu, un cas analogue. |
(1) Les ca zo's ot été coasilérés conne issus en partie d'étrangers (Goths, Juifs, Sarrazins), tenus comme mécréants, et, de mème que les Jépreux, en butte à l’aversion populaire.
Delaunay. Les cagots du Sud-Ouest. France Médicale 10 Mai 1910.
Sansot Les Lépreux etles Chrestias — Bull de la Soc. Se. Lettres et Arts de Pau, — 2" série, tome 36. 1908. p. 213.
(2) J.-B Champeval. Bulletin de Brive, tome 33, p. 66.
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Parmi les signes formulés par GUY DE CHAULIAC, pour reconnaître les lépreux, il en est un, le douzième, qui a trait à leur mentalité : «ils sont fins et trompeurs, furieux, et se veulent trop ingérer sur le peuple. » Ce caractère prèté aux ladres, n’est sans doute pas inhérent à leur maladie, car nous savons que les sujets atteints de cette affection témoignent d'une gaîté qui étonne de nos jours ceux qui les visitent ; la lèpre anesthésie les malheureux qu'elle dévore, et ses victimes supportent stoïquement un mal qu'elles ne sentent point (F. Ré- GNAULT). Aussi nous paraît-il logique, en nous plaçant dans les conditions d'existence du Moyen Age, de voir là un symptôme secondaire, « l'expression d’un état mental lié à la condition sociale qu'on imposait aux ladres. Tout le monde regardait le lépreux comme dangereux, on le fuyait, on l’accablait de traitements durs et cruels. » (FAY).
Ce fait montre une fois de plus que Ia contagiosité de la lèpre a été considérée comme extrème. La diffusion de ce mal, qui eut pour conséquence le grand nombre de léproseries édifiées en Bas- Limousin comme dans l'Europe toute entière, a reconnu, deux causes principales : le manque d'hygiène, et la virulence de la lèpre aux temps passés.
La première de ces causes paraît hors de doute ; son rôle dans l'étiologie de l'affection a été beaucoup invoqué par ZAMBACO. Ses modalités ont été énumérées par RONDELET : insalubrité des habitations, agglomérations nombreuses dans des cités encombrées, malpropreté des vêtements, relâchement des mœurs, hygiène personnelle et alimentaire défectueuses, mesures de police ou règlements sévères sans doute, mais n’aboutissant pas à la
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suppression des contacts entre ladres et personnes saines, enfin méconnaissance de cas de lèpre larvée, à la faveur desquels se faisait la dissémination facile de la maladie. Nous les avons retrouvées en Limousin ; l’état social de cette province ne faisait pas exception à celui des autres régions de la France du Moyen Âge.
Il ne paraît pas, non plus, douteux que, de même que la plupart des maladies infectieuses, Ia lèpre avait alors, sous nos climat européens, une gravité et une transmissibilité plus grandes qu'aujourd'hui. On peut en dire ce que LENORMANT (1) a écrit de la syphilis ; «dont les manifestations et la gravité ne sont pas les mêmes dans tous les temps et dans tous les lieux. Ce que nous savons sur la grande invasion quelle fit en France au XVIe siècle, la
montre alors d’une malignité extrême, brûlant les
étapes et évoluant presque comme une maladie aigüe... » D'autre part, « il se peut qu’une affection soit ici bénigne et là très virulente ; comme elle peut de sporadique devenir épidémique sous l'influence du climat et de conditions générales topographiques et météorologiques qui nous échappent, ainsi de la réceptivité variant selon les races ; leur graine provient nécessairement d’une souche identique tout en éprouvant l'influence du milieu, de l'ambiance, en égard à sa germination. Il en est ainsidela syphilis, de la lèpre et de toutes les autres maladies bacillaires infectieuses (SACQUEPÉE) (2) >.
Ces différentes raisons nous expliquent la dispa-
(1) Lenormant. Annales de dematologie et de syphiligraphie, janvier 1924 : 3 ex. de lésions hist. de la vécole.
(2) Sacquépée. Revue d'hygiène et de police sanitaires. Paris, 11 juin 1912.
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