DIAGNOSTIC
Diagnostic différentiel de la leucoplasie avec :
1° La glossite épithéliale desquamative. Date La glossite épithéliale desquamative est une affection débutant soit vers la pointe soit vers les bords de la langue. |
Elle est caractérisée : tantôt par de petites taches blanchâtres arrondies dont le centre offre une sorte de dépression, tandis que le reste de l'étendue de la tache fait une très légère saillie ; tantôt par un arc de cercle minuscule constitué par un petit bourrelet blanchâtre dans la concavité duquel il semble que les papilles aient subi un processus desquamatif.
Un des caractères les plus importants de cette maladie et que nous ne retrouvons pas dans la leucoplasie buccale : c’est sa mobilité.
Les plaques sont en évolution constante ; leur aspect varie complètement en quelques jours; quand on en suit la marche avec des tracés graphiques ; ilest souvent facile de noter chez elles des déformations et des déplacements journaliers. De plus, cette affection, essentiellement bénigne ne se complique jamais d’épithélioma.
2° Avec les lésions buccales du lichen plan.
Le lichen plan se développe parfois sur la muqueuse
Re der
buccale. Il peut être alors fort difficile à diagnostiquer surtout si l’éruption buccale précède l’éruption cutanée. Cependant on le reconnaîtra aux caractères suivants : | CRD
Les plaques sont arrondies ou ovales à contour très net, elles siègent sur la face supérieure et la face inférieure de la langue sur les joues; leur saillie est nulle sur la langue, très accentuée sur les joues. Elles sont composées de papules très dures, coniques, de la grosseur d’un grain de mil, déprimées à leur sommet, elles de développent plus rapidement que les plaques leucoplasiques ; nous avons également remarqué que ces plaques de lichen sont le siège d’anesthésie, alors que les plaques leucoplasique sont au contraire le siège d’hyperesthésie. De plus, l’éruption cutanée précéde ou suit l’éruption buccale.
30 L'eczéma bucco-lingual.
L'’eczéma bucco-lingual ne ressemble en rien à la leucoplasie : La muqueuse est rouge, irritée, doulou- reuse, attaquée sur une vaste étendue, soumise à des poussées aiguës ou subaiguës et ne présente pas de plaques blanches fixes analogues à celles de la leucoplasie. "
4° Les glossites tuberculeuses.
Les ulcérations se montrent en général chez des individus atteints de tuberculose pulmonaire souvent même de tuberculose laryngée; mais cette règle n’est pas absolue. Ce qui est absolu c’est que les malades sont des tuberculeux, de telle sorte que la recherche attentive de la tuberculose en un point quelconque de
‘économie doit être un des premiers actes de l'enquête médicale.
Les ulcérations sont superficielles, léur fond est gris rosé ou gris-jaunâtre, souvent recouvert d’un enduit muqueux très adhérent et limité par des bords vifs, rouges. La forme des ulcérations est variable : arrondie au début, très irrégulière par la suite. L'ulcère repose parfois, surtout à la langue, sur une base plus ou moins volumineuse, saillante et indurée simulant une véritable tumeur, mais cette condition peut manquer soit au début, soit quand l’ulcère est très petit. Une particularité réellement distinctive signalée par Trélat consiste dans la présence autour de l’ulcération de pelites granulations gris-jaunâtre d'aspect purulent et de volume comparable à un grain de mil. Ces granulations sont destinées à dégénérer plus tard en ulcérations.
D° La glossite des diabétiques.
Le diabète présente aussi parfois des manifestations linguales assez prononcées telles que : sécheresse, aspect fuligineux, rougeur violacée et parfois même un certain degré de fissuration. Les autres symptômes du diabète accusés par le malade ; l'analyse des urines mettront sur la voie du diagnostic.
6° La glossite des cachectiques et convalescents.
La glossite des cachectiques et convalescents ne prête guère à confusion. Outre les circonstances spéciales dans lesquelles elle se développe, on reconnaît facilement ses plaques desquamées d'un rose vif, unies, lisses comme dépapillées, séparées les unes
des autres par des portions non desquamées affectant souvent une disposition aréolaire.
7° Les aphtes.
Les aphtes sont constitués par de petites vésicules arrondies, transparentes siégeant de préférence sur le frein ou jee bords de la langue, parfois sur la face interne des lèvres, surtout de la lèvre inférieure, plus rarement sur la nee interne des joues et des gencives. Ces vésicules sont toujours peu nombreuses. Au bout d’un à deux jours la vésicule devient opaque puis blanchâtre, dure à sa base ; elle ‘s’affaisse ensuite, crève et laisse persister une ulcération petite, régulièrement arrondie, àfond grisàtre recouvert d’un enduit pultacé; la périphérie de cette ulcération est entourée d’un cercle rougeâtre. En même temps, il y a des troubles fonctionnels : difficulté de la mastication et de la déglutition, mais au bout de quatre jours tout a disparu.
8° Avec les diverses manifestations buccales de la syphilis.
a. Chancre induré. |
Le chancre induré siège le plus souvent à la pointe de la langue : c'est son lieu d'élection. Il est le plus souvent petit, en général solitaire, à forme arrondie, à fond grisâtre ; quand on le saisit entre les doigts; il donne la sensation d’un tissu cartilagineux. Les ganglions voisins sont indurés et indolents. Après une période destructive variant de 2 à 3 semaines le chancre lingaux se cicatrise peu à peu.
b. Plaques muqueuses.
Les ‘plaques spécifiques sont plus molles ; leur
opus
forme est plus arrondie : forme pastillaire où en seqment du professeur Fournier. Le produit de sécrétion se détache en partie sous l’ongle ; en un mot il s’agit d’'érosions plus ou mois marquées recouvertes d’un enduit et non d'une infiltration superficielle comme dans la leucoplasie. Elles sont plus fréquentes sur les bords etle filet de la langue que sur lé dos de l'organe ou du moins elles s'y montrent avec un caractère plus accentué. k
c. Glossites scléreuses.
De nombreuses analogies d'ordre anatomique ou clinique rapprochent la leuéoplasie des glossites scléreuses. AE
1° Comme la glossite seléreuse, la leucoplasie est une sclérose linguale, sclérose superficielle, dermique, consistant en une transformation fibroïde de la muqueuse. C’estune cirrhose linguale a dit M. Debove.
2° Comme la glossite scléreuse, la leucoplasie siège à la face dorsale de la langue et respecte sa face inférieure. |
3° Comme la glossite scléreuse, c’est une affection essentiellement chronique donnant lieu à des troubles fonctionnels peu différents de ceux que l’on observe chez les syphilitiques atteints de glossite scléreuse, présentant enfin, à une époque avancée, les mêmes phénomènes d’érosions ou d’ulcérations en fissures ou rhagades. |
« Ces analogies constatées, des différences non moins importantes surgissent aussitôt entre les deux lésions. Une des plus caractéristiques, et qui, pour
LRO
ainsi dire, saute aux yeux, c’est tout d’abord l'aspect blanc nacré, argenté de la muqueuse linguale au niveau des plaques. On trouve parfois, dans la glossite scléreuse quelques ilots de teinte blanchâtre, opalescente, exsangue ou légèrement bleuâtre, mais, il y a une différence telle entre ce dernier aspect et celui du placard leucoplasique que l'œil ne saurait s’y ‘tromper. Jamais en effet la glossite scléreuse ne présente avec une égale intensité de ton l'apparence blanche et nacrée de la leucoplasie. De plus, tandis que la leucoplasie forme habituellement une nappe continue, recouvrant la langue sur de larges surfaces ; la sclérose linguale n'offre guère que des ilots blanchâtres, circonserits par des sillons profonds donnant aux parties atteintes un aspect lobulé et mamelonné (1). » PRES
d. — Cicatrices consécutives aux ulcérations gommeuses. |
Ici, la langue est parcourue par des sillons profonds rayonnant autour d’un point central qui est la cicatrice de l’ulcération gommeuse. Cet aspect ne ressemble en rien à celui de la leucoplasie.
(1) FOURNIER, glôssit. tertiaires, 1877.