‹ Contribution À L'Étude De La Lithiasé PulmonaireChapitre 6 sur 22 · OBSERVATION DE CHEVILLOT · texte numérisé non relu

OBSERVATION DE CHEVILLOT

Une première observation a été publiée dans l’ Année Médicale de Caen de 1898 p. 73 comme : calcul pulmonaire au cours de dilatation des bronches avec bronchorrhée. Une deuxième observation du même malade a été publiée dans le journal des praticiens, l’examen bactériologique des calculs avait révélé la présence de bacilles de Koch. — Jour-

nal des praticiens 1898 p. 429. -— Calcul pulmonaire.

M. X.., âgé de 59 ans, s'était toujours ressenti d’une pleurésie droite dont il avait été atteint à l’âge de 21 ans et qui avait vraisemblablement laissé des adhérences pleurales, il toussait chaque hiver. En 1879, il avait eu un nouvel épanchement à droite et l’on aurait craint une pleurésie purulente. En 1885, congestion à gauche. Enfin en 1890, au cours d’une bronchite aigüe, hémoptysies fréquentes qui se renouvellent pendant une année entière. Le malade en a eu, un jour, trois particulièrement abondantes et il observe des recrudescences à la moindre variation de température. En 1892, l’expectration devient muqueuse, quelquefois purulente, mais toujours d’une très grande abondance. À cette époque, les signes stéthoscopiques étaient ceux d’une bronchite tuberculeuse avancée avec infiltration généralisée aux deux sommets en avant et en arrière et nombreuses cavernes. C'est en 1893, qu’il commença à expectorer des concrétions calcaïres et lorsqu’en 1894, je fus appelé pour la prem'ère fois à lui donner mes soins, il venait de cracher la plus grosse des pierres que J'ai présentée à la société de Caen. A cette époque, je trouvais un homme très maigre, toussant beaucoup, crachant abondament et presque toujours avec facilité. Le système nerveux était très surexcité; les mains

A" et le front présentaient de larges plaques d’eczéma. Bronchite généralisée aux deux poumons, avec prédominance à droite et en avant, grosses cavernes dans les fosses sus et sous-épineuses, sus et sous-claviculaires des deux côtés, tympanisme, souffle amphorique, trois examens de crachats, à

des époques différentes, ne me permirent pas de reconnaître

la présence de bacilles de Koch et je portais le diagnostic de dilatation des bronches avec bronchorrhée.

Depuis lors, le malade a craché une trentaine de calculs, quelques-uns plus volumineux que ceux que j'ai pu me procurer. L’expulsion provoquait souvent dès accès d'étouffement et il se-trouvait bien de se placer la tête en bas. Au cours de cette longue série d'accidents, il fut soumis à un assez grand nombre de traitements. Les révulsifs furent toujours mal accueillis par le malade nerveux, surtout les pointes de feu qu’on ne put lui appliquer que trois fois. En 1895, lors d’un voyage à Paris, un confrère parisien qui porta le diagnostic de « bronchorrhée », lui conseilla un traitement hydrothérapique dont il ne put supporter que la moitié de la première séance. Depuis plus de six ans, il prend assez régulièrement du phosphate de chaux.

Etat actuel. — A la percussion, tympanismè aux deux sommets. Submatité dans les deux fosses sous-claviculaires, plus légère aux bases. A l’auscultation, souffle amphorique aux deux sommets, râles sous-crépitants plus légers à mesure que l’on descend vers les bases; quelques sibilances et ronchus disséminés. L'’expectoration est très abondante. Les crachats sont presque toujours clairs, fluides, aérés et contiennent rarement des îlots purulents. Les deux sommets, surtout dans les fosses sous-claviculaire et sous-épineuse droites, sont le siège de nombreuses cavernes dont quelques-unes paraissent avoir le volume d’un œuf de pigeon. Le cœur est normal. Eczéma aux mains, au front et à l’anus; système nerveux toujours surexcité. Tous les calculs, expectorés par le malade, sont multilobés, à angle arrondis et

PRIT ue

conservent la forme des alvéoles pulmonaires. Ils sont peu denses, très durs et de couleur blanc jaunâtre. Le dernier date du 22 mars 1898.

Telle est l'observation que j'ai relatée le 1° avril 1898, à la Société de médecine de Caen, en exprimant le désir de voir compléter mon examen clinique par une étude chimique et histologique des calculs. Je dois à MM. les Docteurs Fayel, A. Vaullegeard et Périer, un complément indispensable et qui me paraît donner un intérêt tout particulier à ce cas pathologique.

Analyse chimique par le D' Périer : « Les calculs que J'ai soumis à l'analyse se présentent en masses irrégulières, ayant pour ainsi dire épousé la forme des alvéoles. Leur surface est lisse et leur volume varie entre celui d’une grosse tête d’épingle et celui d’un petit pois. Ils sont légèrement Jjaunâtres, plus denses que l’eau et insoluble dans ce liquide.

Traités par les acides, ils se dissolvent en partie avec une légère effervescence. Le résidu insoluble renferme des matières grasses (réaction de l'acide osmique) et des matières albuminoïdes (réaction de Biuret). La partie insoluble est formée de phosphate de chaux, unie à une petite quanfité de carbonate de chaux.

La composition est la suivante

PAR Een UE sed 4,3 % Matières minésales :

Phosphate de :ca.......... à

Carbonate de ca.......... (74,27 %

Matières organiques :

Matières grasses. . . . .... 2143 0 Matières albuminoïdes. 4 120 Le phosphate de chaux prédomine de beaucoup.

Cette analyse concorde en tous points avec celles qui ont été faites dans des cas semblables (Fourcroy, Prevel, Sgarzi, Chabnié, etc.).

ME

Etude histologique et bactériologique (M. Fayel et Vaullegeard). Les calculs soumis à notre examen nous ont fourni des résultats intéressants. Un fragment écrasé a été soumis à la recherche bactériologique suivant la méthode de Ziehl et nous y avons reconnu la présence de bacilles de la tuberculose. Les calculs ont dû être décalcifiés pour pouvoir en faire l'étude histologique. Nous nous sommes servis d’une solution saturée d'acide picrique qui ne modifie pas la structure des éléments organisés. Les coupes faites ensuite, après inclusion dans la paraffine, nous ont montré que les calculs se sont formés autour d’une alvéole pulmonaire dont la cavité s’est fermée secondairement du côté des bronches par accroissement du tissu qui a fini par obturer la communication avec l'extérieur. Les coupes, colorées par la méthode de Ziehl, nous ont montré que la cavité contient des bacilles de la tuberculose. Cette cavité est limitée par un épithélium, mais ses cellules sont réduites à leur squelette et ont perdu leur noyau. Le reste de la paroi du calcul se compose de fibrilles conjonctives entremêlées lâchement les unes dans les autres et entre lesquelles nous avons vu des bacilles. C’est entre ces fibrilles conjonctives, non revenues à l’état embryonnaire, comme il. arrive ordinairement dans les néoformations, que s’est déposé le caleaire. Nous avons donc une pétrification d’un tissu vieilli.

Observation de M. Diamant-Berger

Accidents pulmonaires aigus, fébriles, suivis de l’expul-

sion de 3 calculs. — Revue internationale de la tuberculose 1906, page 321. — Sur un tas de calculose broncho-pulmonalre.

Le 13 octobre 1904, entre dans notre service à l’hôpital Rothschild, à Paris, un homme S. P. âgé de 28 ans, marchand ambulant, qui dit avoir depuis près d’un mois, avec des alternances variables, une fièvre intense, toussant, expectorant abondamment et transpirant toutes les nuits. Sa tem-

cs y

pérature rectale est de 40°2, son pouls à 110, la peau très chaude; il est très courbaturé, pouvant à peine se tenir debout, la respiration très dyspnéique et il se plaint d’un point de côté à droite. La langue est saburrale, sa toux sèche, pénible, et très fréquente, ramenant de temps en temps des crachats blancs, floconneux, baignés dans du pus abondant et filant.

Nous constatons, au niveau du poumon droit et tout près de l’angle de l’omoplate, une zône assez limitée de submatté avec quelques râles crépitants fins, assez discrets.

Le reste du poumon, aussi bien à droite qu'à gauche, est à peu près indemne, sauf quelques gros râles ronflants et un Peu muqueux qu'on perçoit au niveau des grosses bronches.

Le lendemain, après une bonne nuit de repos, nous eûmes la surprise de voir la température tomber à 37°7 et la dyspnée diminuer d'intensité, mais la toux reste pénible et quinteuse et les râles crépitants, beaucoup plus nombreux au niveau de la même zône mate à droite et en arrière. Je fs appliquer sur ce point quatre ventouses scarifiées.

Le lendemain 15 octobre, le 16 et le: 17, la température baisse toujours et se maintient autour de 37° ; quand tout à coup, le 17 au soir, la température remonte à 39°4 et, le malade devient plus dyspnéique, sa toux plus fréquente et quelques crachats mêlés de filets de sang sont ramenés avec difficulté.

Le 18, le thermomètre monte toujours et atteint dans la soirée 40°6, pour retomber vers le matin à 38°4. Lentement. mais progressivement, on voit la fièvre baisser les jours suivants (du 19 au 22 octobre) jusqu'à atteindre 37°4,.

. Le 23, nouvelle ascension atteignant 40° et s’accompagnant de prostration, état typhique, sueurs profuses, point de côté droit plus intense et toux aussi pénible, accompagnée d'une expectoration légèrement sanguinolente.

Les phénomènes stéthoscopiques sont très peu en rapport avec les signes réactionnels et sauf la petite zône de matité,

A" les quelques râles plus où moins crépitants et les râles bronchiques disséminés, nous ne constatons pas de souffle proprement dit.

Le 30, le malade a une hémoptysie très abondante, et le lendemain nous vimes le malade expectorer, au milieu de ses crachats muqueux et sanguinolents, trois petits blocs blancs rugueux, môûriformes, présentant chacun le volume d’un haricot blanc.

Ces calculs, assez friables et légers, sont soum's à l'analyse chimique.

Ce sont des agglomérats de carbonate et de phosphate de chaux, avec prédominance de ce dernier élément.

Leur élimination amena une détente rapide de tous les symptômes généraux et locaux.

En effet, après une ascension passagère de quelques dixièmes de degré, le lendemain matin la fièvre tomba à 36°8, le 3 novembre à 36°4 et à partir du 4 novembre la température est restée entre 36°8 et 37°2 jusqu’à la sortie du malade de l'hôpital.

Les crachats, examinés à plusieurs reprises, n'avaient Jjamais donné de résultat positif au point de vue des bacilles de Koch. *

La toux, la dyspnée, les hémoptysies et l’expectoration ont progressivement disparu et tous les symptômes stéthoscopiques, matité, râles muqueux, râles bronchiques se sont évanouis d’une façon complète au bout de 4 à 5 jours. L'état général et tous les symptômes concomittants se sont améliorés d’une façon très rapide, et le malade sort, par conséquent guéri le 15 novembre, après nous avoir avoué qu'à plusieurs reprises, il aurait craché les années précédentes des concrétions calcaires de volume et d'aspect à peu près

semblable aux trois calculs que nous avons eu l’occasion de

recueillir chez lui.

Nous avons revu ce malade trois ou quatre fois depuis cette époque et en dernier lieu, au mois de juin dernier. Un

Die

examen très attentif de ses voiés respiratoires ne nous a pas permis de trouver chez lui quoi que ce soit qui puisse rappeler les manifestations broncho-pulmonaires dont nous fûmes le témoin, en octobre 1904 ; il n’a plus recraché non plus d’autres calculs.

Observation de M. Morandi.

En 1910 : toux, point de côté, expectoration, fièvre. En 1911, mêmes accidents pulmonaires et expulsions de plu-

sieurs concrétions pulmonaires suivies de vomique. — Gazz. d. osp Milano 1912, page 65. Sopra un caso di calcolosi pulmonare. l

Il s’agit d’une femme de 33 ans, S. Rosa, née à Faenzo et domiciliée à Ravenne. Elle entre dans le service de médecine de l'hôpital de Ravenne, le 25 mai 1911.

Dans ses antécédents héréditaires, on trouve que sa mère

est morte de pneumonie et qu'un frère est mort de tuberculose pulmonaire.

__ La malade affirme avoir toujours joui d’une bonne santé, sauf au cours du dernier hiver où, pendant une quinzaine de jours, elle a souffert de toux, d’expectoration et de points thoraciques, accompagnés de légers accès de fièvre. Elle était mariée depuis cinq ans à un homme bien portant mais n'a jamais eu d'enfant, les menstruations sont régulières.

La maladie actuelle a commencé, il y a environ trois semaines, d’une façon imprévue avec fièvre, douleurs diffuses au thorax, toux fréquente, expectoration abondante, sensation de dyspnée, céphalalgies extrêmes, perte de l'appétit. Tous ces signes ont persisté jusqu'à l'entrée de la malade à l'hôpital ; seule, la température a baissé après quelques jours. L'expectoration était abondante, jaunâtre, épaisse, un peu fétide et contenait des calculs. En fait, la malade présente un petit cornet contenant plusieurs de ces concrétions, de la grosseur d’un grain de millet.

À Fl’examen chimique, elles paraissent composées : d’une

Pat

v : | . : é substance organique azotée, insoluble dans l'eau et dans les acides dilués, et de sels de chaux et de magnésie (beaucoup de carbonates et peu de phosphates).

Etat actuel : température 37°, pouls à 78, 28 respirations à la minute.

Constitution forte, masses musculaires bien développées, panicule adipeux abondant, bon état général.

A l’auscultation, respiration rude, râles sibilants et ronflants surtout au niveau de la base droite: Rien à noter à l'examen des autres organes.

L'’expectoration est purulente, abondante; un peu fétide, elle ne contient aucune concrétion. La recherche des bacilles tuberculeux est négative.

Les deux jours suivants, l’état se maintient stationnaire, la température est normale, l’expectoration toujours abondante, présente les mêmes caractères.

Dans la matinée du 28 mai, on note un léger état fébrile (37°7) et un point douloureux au niveau de l’omoplate droite. L’expectoration nettement purulente, très fétide, contient plusieurs concrétions, dont les plus grosses atteignent le volume d’un grain de riz. À l'examen, on note une légère matité, au niveau de la région sous-scapulaire, avec renforcement des vibrations vocales, respiration bronchique et très nombreux râles ronflants. Augmentation de la dyspnée (24 respirations à la minute). Pouls à 92.

Pendant cette journée et les deux suivantes, la température oscille entre 37°5 et 38°5, la sensation de malaise augmente, la toux est incessante, l’expectoration abondante et très fétide, contient plusieurs concrétions. Dans la matinée du 31 mai, l’état de la malade est alarmant : température 39°6, pouls 116, respirations 40. Elle est légèrement obnubilée et elle se plaint d'une grande dyspnée. L'expectoration est peu abondante. À l’auscultation, on constate une respiration superficielle, accélérée à la base droite et on observe une dépression inspiratoire au niveau des espaces

Page 1