OR
sans soins ou presque, relégué par égards pour les autres malades dans les recoins des salles générales (1) ; ou bien ne faut-il pas plutôt le recevoir dans un hôpital clair, aéré, aménagé pour les fins de la cause, où l’on n'aura plus à s'occuper que de lui, où lon pourra tout tenter pour essayer de le sauver ou d’adoucir tout au moins ses derniers mstants. Nous ne pouvons croire que l'oplimisme élonnant de ces malades va tomber tout d’un coup sous l'influence de ce mot, hôpital spécial pour tubereuleux, mot qui n’a rien d’affolant en somme, alors que chaque jour nous voyons cet optimisme résister aux points de côtés atroces, aux longues et douloureuses Insomnies, aux hémoptysies toujours si terrifiantes pourtant.
Non, nous avons la ferme conviction que par ces hôpitaux d'isolement on pourra faire à la fois de la prophylaxie et de l'humanité. Peu nous importe que ces mesures soient rééditées des siècles passés, s'il est possible de les envisager sous un jour qui salisfasse aux exigences de sensibilité et d'altruisme de notre époque. Les partisans d’hospices pour les tubereuleux pauvres ne réclament pas l'envoi de ceux-ci aux galères : ils demandent qu'on s'occupe d'eux, parce qu'on ne s’en occupe pas; qu'on les soigne, parce qu'on ne les soigne pas: qu'on garanlisse enfin à leur entourage la sécurité à laquelle il a droit et qu'il n’a pas (2).
(1) En 1892, le D' Letulle (à la Société de médecine publique) afirmait que le plus grand nombre de phtisiques à l'hôpital sont relégués sur les brancards. -
(2) « La meilleure manière de combattre et de trailer la tuberculose, c'est d'isoler le tuberculeux, parce qu'ainsi on évitera la contagion et parce que dans les hôpitaux spéciaux les tuberculeux seront dans de meilleures conditions thérapeutiques. » (D' Roux, Commission de la tuberculose, 1900), ,
PRE PERRIER RE RU RP NT Je 4
Ho Es
Mais ces hôpitaux ne seront que pour des tuberculeux avancés. Espérons qu'on y pourra en améliorer un grand nombre et que les incurables achèveront d'y mourir en paix. |
Quant aux malades peu atteints on à tenté déjà, avec succès d'ailleurs, de les guérir par leur transfert précoce dans des sanaltorias. L'efficacité de ces établissements est indiscutable. En Allemagne, où ils ont pris rapidement une grande extension, la mortalité par luberculose à diminué en dix ans de 12 p. 100. On les a souvent opposés où comparés aux dispensaires. Nous aurons l’occasion de revenir sur cette erreur. Ce sont là deux armes différentes qui ne visent pas le mème but. Le sanatorium ne peut remplacer le dispensaire en prophylaxie sociale dans l'assistance à domicile, dans l'éducation hygiénique du peuple, pas plus que le dispensaire ne peut donner à ses malades la cure d'air du sanatorium. Nous redirons avec Landouzy que la lutte sociale antituberculeuse ne peut être entreprise avec succès qu'en coordonnant tous les moyens d'action dont nous pouvons disposer el non pas en alimentant une polémique stérile pour le plus grand profit d'une œuvre au plus grand détriment d’une autre. Toutefois rappelons avec le docteur Calmette que 200 millions seraient nécessaires pour fonder les sanatorias dont nous avons besoin ; 70 millions seraient la dépense annuelle minima d'entretien. Et même d’après le docteur Rénon les frais se monteraient à un milhard 800 millions avec un budget annuel d'au moins :328 millions.
Certes, les raisons pécuniaires sont celles qui retarderont le plus la création de ces élablissements, hospices où sanatorias. Cependant on peut avoir foi en la réalisation progressive de cette hospitalisation des 300.000 tuberculeux pauvres
CNDE RE de France (1) tant incurables que curables ; mais si elle ne s'accomplit que petit à petit, avec lenteur, elle ne sera d’une efficacité sociale manifeste que sous condition.
Nous avons vu que le péril luberculeux ne vient pas seulement de l'individu malade, mais encore et surtout du local contaminé. Si done on construit de ces hospices, de ces sanatorias, ce n'est pas en recueillant un tuberculeux pris 101 ou là, au hasard dés recommandations, qu'on réussira à canaliser le fléau. Il faut que par leur recrutement ces hôpitaux épuisent la population malade de ces maisons, de ces quartiers que nous avons vu être des îlots de contamination, et cela pour que, tandis que Ja bienfaisance publique ou privée accomplira son œuvre charitable par les soins apportés aux personnes, les pouvoirs publics puissent parallèlement accomplir la leur, en allant de par des lois nouvelles et impitoyables couper le mal à sa racine, par lexpropriation, la démolition ou la désinfection tout au moins des immeubles.
En parlant du sanatorium, M. Rénon, dans son Traité des maladies populaires, dit que «c'est parfois un excellent moyen de traitement, mais que ce n'est pas un instrument de prophylaxie et encore moins de prophylaxie sociale. Il ajouté: « On pourrait en dire autant de l'hôpital pour tuberculeux. » Certes, en présence des résultats actuels nous ne pouvons que nous rallier à la voix si autorisée de notre maitre; et pourtant nous pensons qu'un jour l’hôpital, le sanatorium seront en prophylaxie sociale des auxiliaires très précieux, lorsque, cessant d’être ce qu'ils sont aujourd'hui, des maisons de campagne pour quelques individualités pauvres
(1) Le professeur Lemoine admet 300.000 tuberculeux indigents en France sur 500.000 tuberculeux. (Communication à l'Académie de médecine.)
Mot ee
désignées par le sort ou par la faveur, on les aura transforformés en dégorgeoirs aveugles d’une maison, d'un quartier à modifier, à désinfecter, à abattre.
Mais alors... la création de ces établissements soulève des difficultés énormes ; leur action sociale ne sera vraiment efficace que lorsque les pouvoirs publics agiront, et les ponvoirs publics, hélas ! n'agissent pas... Fallait-il donc se croiser les bras et regarder passer et moissonner le fléau, la grande faucheuse, comme on l'appelle ! Certains esprits énergiques ne l'ont pas pensé; ardents, âpres à la lutte, ils n'ont pas cru devoir abandonner la partie.