SECONDE PARTIE
En 1899, la Commission extraparlementaire de la tubereulose décidait la création systématique dans tous les centres urbains,de dispensaires spéciaux destinés à rechercher parmi les ouvriers ceux atteints ou suspects de tuberculose ; à les attirer pour les soumettre à un traitement rationnel et suivi ; à les éduquer pour les rendre dans la mesure du possible inoffensifs à leur milieu. à
Essayer d’assainir par la persuasion, en attendant, car ce ne seront là que des mesures expectalives d’un résultat toujours restreint par la négligence des uns, l’insouciance et l’'égoïsme des autres ; en attendant, disons-nous, qu'on assainisse d’une façon radicale par force de loi, voilà quelle a été en somme l'idée directrice de cette décision.
Déjà, d’ailleurs, rendons hommage aux bienfaits d’initiatives privées denous connues: Dès 1894 s'étaitconstituée l'Œuvre des luberculeuxr adultes, sous la présidence de M. Ferdinand Riant, avec la collaboration scientifique du docteur Saunal. Elle possède actuellement à Paris deux dispensaires, l'un dans le VIII‘ arrondissement, l’autre dans le XIV°. Egalement au dispensaire de St-Antoine de Padoue, à Belleville, œuvre de la comtesse de Beauregard, on donne aux malades, depuis 1895, consultations, médicaments et secours
SN alimentaires, sous la direction du docteur Jouët. En 1900, le docteur Léon Bonnet ouvrait aussi un dispensaire rue Saint- Lazare, à Paris. Bientôt trop à l’étroit, cet établissement se transportait en février 1901 au 115 de larue Marcadet, à Montmartre.
Mais c’est surtout depuis la campagne entreprise par Calmette pour l'organisation du dispensaire Emile Roux à Lille, que l'idée en France à fait peu à peu son chemin. À Nantes, à Lyon, à Marseille, à Montpellier, à Dijon, à Reims, à Poitiers et ailleurs ont été fondées ou vont l'être des institulions de ce genre. Enfin, en 1901, s'organisait sous la présidence du docteur Bernheim l'Æuvre de la luberculose humaine qui actuellement compte onze filiales en plein fonctionnement et dont la plus récente, le dispensaire du X[° arrondissement, fera plus particulièrement lobjet de cette
étude.
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EL d'abord donnons du dispensaire une définition nelle ; assignons-lui son rôle dans la lutte. « La principale mission des dispensaires, écrivait Calmette, un des promoteurs du mouvement, doit consister non pas à donner des consultations ou à distribuer des médicaments, mais à rechercher, à aturer, à retenir les ouvriers alteints ou suspects de tuberculose. La guérison de la tuberculose n'est pas notre but, c’est celui du sanatorium. OEuvre de préservalion basée uniquement sur la diffusion et l'application des grands principes d'hygiène, le dispensaire doit être l'école antiluberculeuse des adultes (4). »
Assister, préserver, tel parut donc à Calmette l'idéal à atteindre ; c'est conformément à ce principe que fonctionne à Lille le dispensaire Emile Roux ; assister par des secours d'alimentalion, de literie, de vêtements, de logements même, après enquête à domicile préalable ; préserver par l’éducation des milieux où règne le fléau et auxquels il faut apprendre à se mettre en garde contre la propagation du mal.
(14) Les dispensaires antituberculeur. Le dispensaire Emile Roux, par les D' Calmette, Verhæghe, Wœbrel, page 27.
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En cette même année 1901, le docteur Bernheïm en organisait un autre à Paris, dans le XII° arrondissement, sur un programme sinon différent, du moins plus complet.
Reconnaissant au dispensaire Comme mission principale l’assistance el la prophylaxie, le docteur Bernheim insiste pour qu'il y soit fait aussi de la thérapeutique. « Ce qui attire le malade au dispensaire, dit-il, ce qui sollicite son attention, ce n'est pas de s'entendre donner des conseils hygiénodiététiques qu'il a déjà entendus ou lus et qu'il n'a d’ailleurs pas suivis ; ce qu'il vient avant tout chercher au dispensaire, c'est un médicament, c'est un traitement: quand on dénierait toute importance réelle à la thérapeutique, elle est vis-à-vis de vos conseils d'hygiène que vous prétendez Inculquer ou imposer, ce qu'est la moutarde pour ceux qui n'aiment pas le bouilh, l'une fait passer l’autre (1) ».
Ceci est d'autant plus exact que le tuberculeux est d’un naturel égoïste ; bien excusable d’ailleurs cel égoïste qui voudrait voir soulager sa misère avant de s'entendre ressasser tous les moyens de la faire éviter à d'autres. Dans la clientèle courante, le médecin sent tellement le besoin de l'ordonnance qu'il en donne mème d'inutiles ; de quel attrait sera donc pour lPindigent ce dispensaire où, en plus des bons conseils pour lui et pour les autres qu'il écoutera par politesse, dont | nous espérons qu'il retiendra quelque chose, lui sont délivrés gratuitement, ainsi que nous le verrons par la suite, non seulement des ordonnances, mais bien les médicaments euxmêmes qui, s'ils ne le guériront pas toujours, endormiront du moins pour un temps sa souffrance.
Et puis, enfin, est-ce bien aux médecins à faire les blasés
(1) D'Bernheïm. Le dispensaire antituberculeux, page 20.