OBSERVATION XVI
Ouix. — Luxation dorsale de l'extrémité supérieure des 2°, 3°, 4° métacarpiens avec fracture du 5° compliquée d’arrachement de son apophyse styloïde. — (Archives Médico-Chirurgicales de Province, T. VIII, nov. 1913).
Lieutenant B..., 31° R. A., entre à l’hôpital le 25 juillet 1913. Il est tombé de cheval sur la route. Il présente un état de commotion cérébrale; il est resté inanimé quelques heures sur la route; il arrive en état d’hébétude : visage pâle, pouls faible et ralenti; il répond difficilement aux questions. Pas de symptômes de localisation cérébrale, plaies contuses de la face.
Se plaint en outre et surtout de la main droite. Celle-ci est douloureuse spontanément et à la pression. Les quatre derniers “doigts sont en demi-flexion, presque immobiles. Leur extension active est impossible, ainsi que leur flexion complète. Mouvements du poignet normaux, ainsi que ceux du pouce.
À l’examen direct on constate : La main est raccourcie et est le siège d’une déformation rappelant celle du dos de fourchette, mais siégeant plus bas; elle est située au niveau et à quelques millimètres au-dessus d’une ligne transversale qui prolongerait l’interligne trapézo-métacarpien, à 12 millimètres de la pointe de l’apophyse styloïde radiale; c’est une forte saillie dure à contours anguleux, irrégulière, sinueuse, se continuant en bas avec les 2°, 3°, 4° métacarpiens qui sont
en Ne
déplacés sur le dos de la deuxième rangée du carpe. U n'y a pas de dépression correspondante du côté de la paume de la main, bien plus elle est le Siège d’un gonflement notable qui gêne la palpation.
Les mouvements passifs de flexion et d'extension sont très limités pour les deuxième, troisième, quatrième doigts; redressement complet impossible; les plis digito-palmaires sont remontés.
En outre, il existe un point douloureux à la face interne du 5° métacarpien.
Le diagnostic est : luxation des 2°, 3°, 4 métacarpiens et fracture du 5°. On fait des tractions sur les doigts, lesquelles restent vaines. |
Pas d’anesthésie à cause du choc.
Les jours suivants, on constate des ecchymoses sur le dos de la main ainsi que du gonflement des doigts.
Le 29 juillet. — Une radio confirme le diagnostic : luxation des 2°, 3°, 4° métacarpiens sur le carpe avec un chevauchement de 5 millimètres. Le 5° est fracturé à l’union de son quart supérieur avec ses trois quarts inférieurs. Arrachement de son apophyse styloïde. é
Le 2 août. — Réduction sous chloroforme : traction sur les deuxième, troisième, quatrième doigts tandis qu’un aide exerce une vigoureuse pression sur les têtes métacarpiennes. La réduction se produit facilement et rapidement avec craquement caractéristique. Immobilisation et hyperextension, dans un appareil enplâtré laissé une douzaine de jours, puis massage.
20 Octobre. — Le malade est revu, la réduction est parfaite; il existe un léger gonflement au niveau de la base des 2 et 3° métacarpiens. Cal à la base du 5°; flexion et extension des doigts normales, capacité fonctionnelle diminuée : au dynamomètre on obtient 26 à droite, 35 à gauche.
OBSERVATION XVII SANTY. — Société de Chirurgie de Lyon, du 18 janvier 1923.
D... ouvrier imprimeur. Le 13 octobre, au cours du montage d’une machine, a la main prise entre deux rouleaux qui lui disloquent la main et lui écrasent le bout des doigts.
Une radio faite par le Docteur Japiot, quelques heures après l’accident, montre une dislocation de l’interligne carpométacarpien. Sur le cliché de profil, on constate que les 2° et 3° métacarpiens sont très nettement luxés en arrière, avec chevauchement sur les os du carpe. Le premier métacarpien a perdu contact avec le trapèze, mais il ne semble pas qu’il y ait à ce niveau une dislocation aussi accusée que pour le 2° et le 3° métacarpien.
14 Octobre. — Sous anesthésie générale, tentative de réduction; œdème du dos de la main considérable que l’on exprime tout d’abord avant de pouvoir arriver au contact des extrémités des métacarpiens, par traction sur les doigts et pression directe; on a la sensation de réduire assez facilement les métacarpiens luxés. On immobilise en hyperflexion palmaire, dans l’espoir que l’attelle plâtrée, appliquée sur le dos de la main maintiendra la réduction. Une radiographie de contrôle montre qu’il n’en est rien. La déformation s’est presque intégralement reproduite.
17 Octobre. — Sous anesthésie on corrige à nouveau la déformation et comme on a la sensation que cette luxation est presque incoercible, on immobilise en hyperextension, avec une attelle métallique treillagée pour permettre une radiographie et intervenir s’il y a lieu.
La radio montre une réduction satisfaisante bien qu’incomplète «et on s’en tient là.
On a prolongé l’immobilisation assez longtemps, trois semaines environ, puis on a fait masser le malade. Actuellement, on perçoit encore le relief de la base des métacarpiens,
mais les mouvements des doigts reviennent de plus en plus complets.
OBSERVATION XVIII (Inédite) (due à l’obligeance du Docteur Ph. RocHET)
Luxation antérieure de base du 5° métacarpien avec compres-
sion de la branche profonde du cubital, luxation latérale associée des 2", 3°, 4° métacarpiens.
Le 14 février 1927 entrait, salle Saint-Louis, alors que
M. Rochet suppléait le Docteur Laroyenne, un homme de 53 ans qui présentait un traumatisme encien de la main droite. Trois mois auparavant, un tonneau était tombé sur sa main droite en roulant d’une hauteur de 3 à 4 mètres. Immédiatement après l’accident il présentait une impotence complète. On lui avait mis simplement la main en plâtre pendant 30 jours, puis on lui avait fait faire des tractions sur les doigts. Devant le peu de succès de cette méthode, le malade entra à l’hôpital.
A l’examen clinique on notait alors : le dos de la main est œdématisé, les doigts sont fléchis, la première phalange est en extension, les deux autres en flexion légère, les mouvements actifs des doigts sont impossibles, ceux du poignet sont très diminués, les mouvements provoqués sont également très limités.
Les doigts sont déjetés sur le bord cubital.
Le pouce a perdu les mouvements d’opposition.
Anesthésie marquée de de la main, dans le domaine du cubital, avec troubles trophique cutanés très marqués. Il existe certainement une paralysie de la branche profonde du cubital. :
À la palpation, on sent dans l’éminence hypothénar la saillie de la tête du 5° métacarpien. La pression à son niveau révèle une douleur exquise avec sensation d’électrisation.
La radiographie montre, sur un cliché de face, le glissement latéral vers le bord radial des extrémités supérieures des 3 métacarpiens moyens : le 4° s'articule avec le grand os, le 3° en partie avec le grand os et le trapézoïde, le 2° avec le trapèze. Sur un cliché de profil, on constate l’existence d’une luxation antérieure du 5° métacarpien. Cette luxation est très marquée. :
En somme, il s’agit d’une luxation antérieure du 5° métacarpien, avec luxation latérale des 2°, 3° et 4°.
L'examen électrique pratiqué dans le service du Docteur Froment montre une parésie de la branche profonde du cubital.
I1 semble bien que la base du 5° métacarpien comprime la branche profonde du cubital; il est indiqué de lever cet agent de compression,