INTRODUCTION
La luxation de la tête radiale en avant est une lésion rare de l’articulation du coude. Elle est très généralement accompagnée de fracture du cubitus, à tel point que Léon Cahier, dans le nouveau Traité de chirurgie de Le Dentu et Delbet, a pu dire : (qu’en somme, la raison vraie de la Juxation de la tête radiale en avant réside dans la fracture du cubitus, dont les fragments, en se déplaçant angulairement ou par chevauchement, amènent un raccourcissement de los. Dans ces conditions, ajoute-tl, le radius resté intact et ne pouvant s’incurver pour s’adapter aux nouvelles dimensions du cubitus, se déplace forcément là où 1l est le moins solidement fixé, c’est-à-dire dans son articulation huméro-condylienne, et glisse en avant et plus ou moins en dehors ».
M. le Professeur Forgue, qui nous a fait l’honneur de nous donner le sujet de notre thèse, a bien voulu nous commuiquer une observation où la luxation traumatique de la tête radiale en avant ne s’accompagnait pas de fracture du cubitus.
Nous avons pu réunir un certain nombre d’observations relatives à la même lésion. Nous ne nous occuperons done que de cette dernière et nous laisserons complètement de côté les luxations de la tête radiale en arrière, en dehors et celles accompagnées de fracture du ceubitus
UT Res
ETIOLOGTE ET MEACANISME
La luxation traumatique isolée de la tête radiale en avant serait, d’après les traités de chirurgie, plus fréquente chez l’enfant que chez l’adulte. Nous voyons par les quelques observations que nous avons recueillies, qu’il
semble ne pas en être ainsi et que cette lésion est au moins
aussi fréquente chez l’homme fait que chez l’enfant. Ce pendant, on ne voit guère apparaître cet accident après 30 ans ; c’est qu'à cet âge les ligaments ont acquis une fermeté et une épaisseur beaucoup plus grandes et peuvent ainsi résister avec succès à l’effort du traumatisme.
On pourrait diviser en deux classes les causes de luxation radiale : les causes directes et les causes indirectes.
C’est, en effet, par deux mécanismes bien distinets que se produit cette lésion. Ou bien l’individu est tombé sur le coude, et, par conséquent, le choc a pu se faire directement sur la tête radiale, aui a été luxée ; ou bien c’est sur le poignet que la chute a eu lieu et la luxation s’est faite pour ainsi dire indirectement.
Nous ne parlerons que pour mémoire des coups appliqués sur l’avant-bras à l’aide d’un instrument quelconque, d’un bâton par exemple, et qui produisent plus souvent, il nous semble, des fractures des os qu’une luxation isolée.
Prenons le cas de chute sur la paume de la main et voyons comment l’accident se produit.
C’est généralement en tombant « à la renverse » que l’individu instinctivement porte ses bras en arrière ; si l’avant-bras est en pronation, on pourra avoir une luxation de la tête radiale en arrière, mais jamais en avant ; si, au contraire, l’avant-bras est en supination forcée, et - c’est le cas le plus fréquent, le radius se trouvera comprimé fortement dans le sens de sa longueur entre les os du carpe, d’une part, et, d’autre part, l’humérus sur lequel agit tout le poids du corps.
Or, la tête radiale, de par sa constitution, n’a pas une fixité osseuse comparable à celle de la tête du cubitus. Elle est pour ainsi dire en équilibre instable avec sa eupule presque plane et sa surface articulaire peu étendue. Si, d’autre part, le bras est en extension complète, et c’est une condition indispensable pour que la luxation en avant ait lieu, la tête radiale a tendance à glisser en avant. Elle n’est maintenue en place que par la capsule articulaire, et surtout par le faisceau antérieur du ligament latéral externe. Le bord antérieur de la cupule viendra appuyer fortement sur la partie postérieure de ce faïsceau ligamenteux, qui seul devra assumer la tâche de maintenir la tête radiale en position. Nous ne parlons pas, volontairement, du ligament annulaire qui n'aurait une action effective que dans le cas de luxation externe et dont les fibres se confondent, du reste, absolument à ce niveau avec les fibres du faisceau antérieur du ligament latéral externe.
Si le ligament, pour une cause ou pour une autre, ne peut résister, il se déchire et la luxation est réalisée.
Le traumatisme seul serait donc capable d’effectuer la luxation dans le cas où le ligament est peu épais et peu résistant.
Mais il nous semble qu’il faut donner une grande importance à un mécanisme dont nous n’avons encore rien