‹ Contribution à l'étude de la maladie de BarlowChapitre 21 sur 28 · OBSERVATION II · texte numérisé non relu

OBSERVATION II

Jol... Solange,10 mois, entrée à la crèche des Enfants Malades,

service de M. le professeur Marfan, le 10 décembre 1919.

Antécédents héréditaires. — Parents bien portants. La mère

n’a eu-qu’une seule grossesse et n'a pas eu de fausse couche.

Antécédents personnels. — Née à terme avec un poids de 2.600 grammes, à la suite d’un accouchement normal, et la grossesse s'étant passée sans incidents, l'enfant ‘fut nourrie au sein pendant les quinze premiers jcurs

‘À cet âge on la mit en nourrice où elle fut-alimentée exclusivement au lait condensé stérilisé non sucré, dont la mère envoyait d'avance des provisions à {1 nourrice.

L'enfant semble bien. se développer et ne présente aucun trouble digestif durant les premiers mois de la vie. Cependant, ait début du mois de septembre, la mère constate lors d’une de ses visites à la nourrice que son enfant est pâle et que son appétit est moins bon : bien que non suralimenté et convenablemient réglé, l’enfant laisse souvent une partie de ses biberons. Elle l’amèêne à la censultation de l'Hôpital des Enfants Malades pour cette anémie et cette anorexie. On ne fit par le diagnostic de Maladie de Barlow.

Le 10 septembre, c’est-à-dire quelques jours après cette consultation, la mère constate que l’enfant remue mal le bras gauche * le 25 septembre, c’est la cuisse gauche qui semble frappée d'impotence. À partir de cette époyue, l'enfant semble très

nerveux et pleure dès qu’on le touche et même dès qu’on appro-

che de son herceau. Aux premiers jours de novembre, elle présente des œdèmes passagers durant un ou deux jours et portant sur ur ou deux membres : bras ou jambe. Un médecin vit quelquefois l'enfant, mais ne songea pas au scorbut infantile et l’enfant reste au même régime alimentaire, constitué uniquement de lait condensé stérilisé.

Le 7 déceinbre, l'œdème fait sa réapparition aux pieds pour gagner presque tout le corps.

Examen à l'entrée, le 10 décembre 1619 — L'enfant est très pâle, ses muqueuses sont décolorées et sa face légèrement bouffie ; les membres supérieurs, la paroi de l'estomac et les membres inférieurs sont’ considérablement œdematiés. Le membre supéiieur et le membre inférieur gauche sont comme paralysés, frappés en réalité d’une impotence fonctionnelle douloureuse. Dès que l’on veut les manier, l'enfant pousse des cris. Le paiper montre sur ces membres l’existence d’une intumescence profonde, très dure, faisant corps avec l'os et prédominante aux extrémités supérieures du fémur et de l’humérus. Cette intumescence s’atténue en descendant vers l'extrémité inférieure de ces os.

L'examen du col de la tête hurnérale donne l'impression de l’existence d’une fracture juxta-épiphysaire.

Le reste du squelette. semble normal. Il n'existe aucun signe de cranio-tabes, et à peine peut-on parler d’un très léger chapelet costal.

La face ne présente aucune tache purpuiïique ; la cavité buccale a une muqueuse normale ; il n’existe aucune tuméfaction gingivale. L'enfant, d’ailleurs, ne possède aucune dent.

L'examen ne relève pas de micropolyadénopathie, ni de splénomégalie. Le foie est un peu gros ; les bruits du cœur sont normaux, mais les poumons sont le siège de nombreuses bouffées

de râles muqueux, à bulles très fines, signes qui expliquent fort

bien la dyspnée et le léger tirage présenté par le petit malade. La température est 38 à 38,4. !

Le diagnostic de maladie de Barlow s'impose et on met l'enfant au lait frais bouilli durant cinq minutes seulement. On prescrit une cuillerée à café de jus de citron avant chaque biberon.

Le pronostic paraît grave, étant donné l'intensité de l’anémie et des œdèmes, l'importance des lésions osseuses (fractures juxta-épiphvsaires) et l’hypertrophie hépatique. Ces craintes étaient justitiées : l'enfant meurt le lendemain de son entrée, le 11 décembre 1919.

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