‹ Contribution à l'Étude de la Maladie de Duhring-BrocqChapitre 11 sur 14 · D LE · texte numérisé non relu

D LE

On relève dans ses antécédents que son père est mort d'accident, sa mère d’un cancer opéré à l'âge de 57 ans sans autres précisions ; Elle a trois frères dont deux ont été opérés de fistule anale, et deux sœurs dont Lure est en traitement pour une adénite tuberculeuse cervicale et axillaire. Elle-même est de taille moyenne mais de corpulence forte : taille 1 m. 58, Poids 73 kilos.

Elle a été réglée à 13 ans ; depuis, pas de régularité dans l'apparition de ses menstrues, toujours de quantité insulfli- < sante.

Elle aurait eu une méningite en bas âge.

Pas de syphilis, pas d'alcoolisme, n'aurait jamais eu de crises nerveuses. Bonne santé habituelle.

L’'aflection a débuté le 24 juillet 1926 par une petite cloque apparue à la lèvre supérieure, la malade croit s'être mordue ; le jour même, la cloque se crève et coule ; en même temps surviennent des picotements légers dans la lèvre supérieure.

Le 97 juillet elle vient consulter : elle présente à cette date une petite plaie lenticulaire recouverte d’une croûtelle noirâtre, flexible, avec œdème de toute la lèvre ; les picotements persistent. Cette plaie est traitée comme une érosion banale infectée.

Le 30 juillet, elle est admise dans le service, pour une éruption herpétiforme apparue la veille, siégeant assez symétriquement sur les joues, le front et le menton, et s’allongeant par places à droite sur la face externe du bras et de l’avant-bras, à gauche sur la face externe de la jambe et la face antérieure du coup-de-pied.

avant-veille au soir, la malade a ressenti de légers pico-

fi

tements, quelques petites démangeaisons ; la veille, au matin, elle a constaté sur la face, un léger érythème se formant par plaques à contours irréguliers de diamètres variant de 2 à { centimètres, qui fit place dans la soirée à des vésicules de la grosseur d’un grain de mil. Ces vésicules sont claires, à contenu citrin, et à l’entrée la plupart d’entre elles sont déjà rompues. Elles sont groupées, de grosseur sensiblement égale et acuminées.

Les placards des membres apparus quelques heures plus tard affectent une disposition plus spéciale : formés d'’éléments vésiculeux, plus distants les uns des autres qu'à la face, ils s’allongent en forme de fuseau, suivant l'axe des membres, revètant la topographie des territoires nerveux cutanés. Chaque placard s'accompagne d’œdème mou des téguments, surtout à la face qui prend un aspect bouffi.

Les douleurs et le prurit se sont développés en même temps que les placards érythémateux, ils atteignent leur maximum avec l'apparition des vésicules et ne semblent pas très violents. Ils sont continuels mais supportables, en tous cas ne provoquent pas d'insomnie..

La plaie de la lèvre persiste dans le même état.

Pas d'apparition de bulles sur les lèvres ni dans la bouche.

Le cuir chevelu et les zônes pileuses sont indemnes.

Pas de fièvre, ni contracture ni arthralgie, appétit conservé,digestions normales.

Dans les jours suivants, les vésicules s’élargissent un peu, quelques-unes confluent, mais elles crèvent en général dans

les dix-huit à vingt-quatre heures de leur apparition. Elles

laissent en se desséchant une petite cicatrice rosée, souple, qui disparaîtra peu à peu.

Le signe de Nikolsky recherché na pas été trouvé.

L'ouverture des bulles laisse écouler un liquide citrin qui n'est jamais purulent, à peine trouble parfois, et difficile à : recueillir, en raison de la petitesse des éléments dont le plus gros atteint à peine le volume d’une lentille.

L'examen de ce liquide révèle une éosinophilie madide: $ 39 %. L’ensemencement n'a rien donné. 4

L'examen du sang pratiqué peu après l'entrée dans le

service, a montré également de l’éosinophilie :

Globules rouges. . . ... 4.100.000 Globules blancs. te 7.800 Formule leucocytaire : | Lymphocytes,: 5% 707000 BDD Grands” mon... #2 NA ER Polynucléaires sr" Tee) Eosinophiles. SR ou Nr pet ee EQ Basophiles. aa ee Re A ESRRE Non classés. a (A

La réaction de B.-W. n'a rien révélé.

Examen des divers appareils. — Rien à signaler du côté des appareils cardiaque, pulmonaire, digestif.

App. urinaire. — Epreuve de la sulfonephénolphtaléine 3 4o %,donc bonne élimitation limite :

Urines de quantité normale 1.200 à 1.500 centimètres cubes par vingt-quatre heures.

Ni sucre, ni albumine, pas de cylindres.

App. génital. — Règles insuffisantes, irrégulières et dou-

SAT pa

loureuses, depuis l’âge de 13 ans. De temps à autre palpitations et bouffées de chaleur.

Système nerveux. — Réflexes pupillaires normaux à la lumière et à l’accomodation, réflexes tendineux normaux, peut-être un peu vifs. Pas de troubles de la sensibilité cutanée au tact, à la doulear, etàla chaleur au niveau et autour des placards éruptifs.

Au point de pue mental, elle présente des troubles du caractère, consistant en un état d'émotivité cyclothymique avec emphorie ou dépression, crises de larmes ou de rire sans cause apparente. Elle est infantile, irritable et érotique. &

L’éruption s’alimente par poussées successives subintrantes d'éléments nouveaux apparaissant, soit sur une cicatrice ancienne, soit immédiatement à côté d'elle, et toujours accompagnés d'œdème, Chaque poussée dure en moyenne de huit à vingt jours.

Vers le 15 septembre, il y a envahissement de l'abdomen jusque-là indemne par une poussée à disposition zostéris forme.

Brusquement, le lundi 18 octobre 1996, l’éruption s'arrête dans son développement, en même temps que la malade se plaint de l'abdomen qui commence à ballonner.

Elle aurait eu, la veille, à l'heure des visites, une vive contrariété sur laquelle elle refuse de donner des précisions.

en.

Le soir,on trouve un abdomen distendu avec tympanisme, pas de matité dans les flancs, rate non percutable ; douleurs spontanées vives et continuelles ; la douleur provoquée a

son maximum au niveau de la fosse iliaque droite, où l’on

ne trouve pas de gargouillement.

Il y a des vomissements alimentaires surtout au début, mais pas de température ; le pouls est bon. Les phenomènes cèdent en trois à quatre jours à quelques cuillerées d'huile de ricin, mais pour se reproduire les jours suivants, deux et trois fois de suite, par phases d'intensité décroissante, et avec le même cortège symptomatique. Pendant tout ce temps, les téguments n'ont présenté aucune éruption nouvelle, et les éléments existants au début ont pâli et se sont séchés. Il y a eu de la diarrhée les deux premiers jours, où

l’on n’a pas relevé de traces de sang.

Le 10 novembre 1926, l'éruption cutanée reparaît sur les cuisses, le dos des mains et des doigts, plus atténuée qu'au début ; la disposition fusiforme persiste sur les membres, les vésicules ont plus de tendance à la confluence : les diges-

tions sont bonnes, il n'y a plus de douleurs,

Vers le 15 janvier, apparaissent de nouveaux phénomènes abdominaux comparables aux précédents, mais cette fois avec état général grave, température à 300-419, ventre très ballonné et vivement douloureux, pouls rapide, vomissements alimentaires et bilieux, diarrhée ; pas de phénomènes cérébraux. Cet état inquiétant dure huit jours, pendant lesquels l'affection cutanée s’est atténuée, pour reprendre

deux à trois jours après la défervescence.

L'éruption reprend son cours, avec formation de bulles larges et se développant rapidement, atteignant le diamètre d’une pièce de deux francs, irrégulières de contour, siégeant sur une mince bordure érythémateuse ; d'autres vésicules aberrantes plus petites semblent se former d'emblée sur

peau saine.

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Ces éléments envahissent tour à tour toutes les parties du corps. ne respectant que la région lombaire.

Ils évoluent avec des alternatives de plus ou moins grande activité, sans qu'on en voie cependant la disparition totale.

A mesure que l’affection évolue, les éruptions perdent toute

disposition symétrique.

En juillet 1927, dix jours après les règles, courte crise de délire onirique, avec hallucinations visuelles, réactions violentes, méconnaissance de l'entourage. Cette crise ne dura que quatorze ou quinze heures environ et fut suivie d’une émission abondante d’urines. Pas de modification notable des éléments éruptifs.

Depuis août 1927, les éruptions tendent à s’espacer. Elles coïncident notamment avec les époques menstruelles et durent une semaine environ.

En octobre 1927, l’opothérapie ovarienne est instituée et semble accélérer l’amélioration : depuis octobre en effet, on n'a plus constaté qu’une seule éruption en janvier 1928 et de courte durée (15 jours) siégeant sur la lèvre inférieure et sur les grandes lèvres, avec œdème.

La fonction menstruelle tend à se régulariser.

L'iodure de potassium n'a jamais été essayé. Les autres

2 re [1 médicaments, dont l’arsenic, se sont montrés ineflicaces.

L'’autosérothérapie n’a rien donné.

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