OBSERVATION III
(Publiée par M° ScxiFr-WERTHEIMER en Avril 1939, dans le Bulletin
de la Société d'Ophtalmologie des Hôpitaux de Paris)
Le jeune T.., originaire de Berenet, dans l'Allier, que j'ai vu pour la première fois le 13 Novembre 1928. Il était âgé alors de 5 ans et demi. Le 30 Septembre précédent il a présenté brusquement, en même temps qu'une ascension thermique, des céphalées «et des vomissements.
Le 1°" et le 2 Octobre, les symptômes persistent accompagnés d'agitation. Les jours suivants, les vomissements cessent mais la céphalée est insupportable, l'enfant est prostré. Les yeux sont rouges. Le 4 Octobre, la cécité apparaît et la céphalée est encore plus vive. La température oscille entre 38 et 39. Le 8 Octobre, le malade fait une crise nerveuse et reste sans connaissance pendant plus de 6 heures. Il sort de cette crise avec une hémiparésie droite transitoire (48 heures), une certaine gêne dans la parole, également passagère, èt un léger strabisme convergent de l'œil droit. Progressivement, la température baisse, les céphalées cèdent et l'enfant revient à la santé mais n'y voit pas même pour se conduire. Une ponction lombaire est pratiquée le 4 Octobre. Le liquide contient quelques globules rouges, O gr. 60 d'albumine, 35 lymphocytes, de rares polynucléaires, aucun microbe. La réaction de B. W. est négative dans le sang de l'enfant et de ses parents.
Au premier examen, en Novembre 1928, on note des symptômes d'iridocydlite grave aux deux yeux. Un trouble important du corps vitré et l'humeur aqueuse rend impossible l'examen du fond de l'œil. La vision paraît être réduite à la perception quantitative.
Ce n'est qu'en Mars 1929 que nous avons pu, à travers un corps vitré partiellement éclairci, apercevoir des lésions chorio-rétiniennes très étendues et dont la pigmentation nous a paru d'emblée très intense.
En Septembre 1929, l'œil gauche s'améliorait, les lésions chorio-rétiniennes très étendues avoisinaient le pôle postérieur mais laissaient intact la région maculaire. À l'œil droit, la rétine était soulevée dans son segment temporal. Dans sa moitié nasale, la rétine présentait des lésions similaires à celles de l'œil gauche. k
Depuis lors, ce jeune malade a été soumis à des examens répétés et je l'ai vu pour la dernière fois il y a un mois à peine. Ea vision centrale de l'œil gauche est devenue excellente égale à 9/10° mais le champ visuel est rétréci à 10° du périmètre. Il n'existe pas d'amblyopie crépusculaire. À l'œil droit s'est installée progressivement une cataracte du type choroïdien qui a été extraite le 18 Mars 1936. L'intervention n'a pas amené de
SPAS
récupération visuelle appréciable à cause de l'étendue des lésions choriorétiniennes.
Au point de vue général, l'enfant s'est développé normalement mais il présente, depuis la maladie, des crises comitiales de caractères jacksonien qui ont été particulièrement fréquentes jusqu'en 1934 et nécessitent encore maintenant des doses importantes de gardénal.
Cette observation apporte une notion épidémiologique importante. Une enquête faite dans cette petite ville et dans la région avoisinante nous a permis de trouver deux cas semblables apparus au cours de la même année. L'un d'entre eux s'est soumis à notre examen et présente du point de vue ophtolmoscopique, un aspect en tous pos comparables à celui de notre jeune malade.