‹ Contribution à l'étude de la Maladie de HirschsprungChapitre 102 sur 106 · RENE · texte numérisé non relu

RENE

J’endormai le malade, plaçai dans l’anus une valve pour le maintenir béant, et, à l’aide d’une cuiller, procédai au morcellement de la masse stercorale qui, à [une faible distance au-dessous de son pôle inférieur, devait avoir au moins 10 centimètres de diamètre.

Peu à peu, le bloc dur se laissa fragmenter, puis la cuillère ramena une pâte fécale de plus en plus molle; enfin, survint un écoulement torrentiel de matières fétides, Le tout d’une coloration gris noirâtre uniforme. Tant solides que liquides, on pouvait évaluer à 5 ou 6 litres la valeur des matières expulsées dans cette séance, et encore l'évacuation était-elle incomplète. Elle s’acheva spontanément par des selles répétées dans le courant de la journée.

Quelques jours après, je procédai à l’examen du rectum en m'aidant de longues valves. Cet examen me confirma seulement l'élargissement considérable du boyau, sans révéler aucune lésion appréciable de la muqueuse. Des purgatifs répétés et des irrigations recto-côliques abondantes assurèrent provisoirement le

régime des selles.

La famille du jeune homme se laissa enfin persuader de l'utilité d'une intervention destinée à améliorer, d’une façon durable, le

fonctionnement de l'intestin.

25 février. — Je pratiquai la laparotomie médiane sous-ombilicale et vérifiai, tout d’abord, ce que l'examen clinique avait permis de soupçonner. Le gros intestin, sain et normal jusqu’à l’angle splénique du côlon, présentait, à partir de ce point, des proportions monstrueuses, et cette dilatation s’étendait jusqu'au fond du bassin, presque à la terminaison du rectum. On ne

pouvait plus établir aucune distinction en célon descendant,

S iliaque et rectum. Il n'y avait plus qu'un énorme renflement,

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une poche fusiforme, où rien ne persistait des anciennes démarcations. Toute la portion dilatée était de couleur blanchâtre ou blanc grisâtre; on n’apercevait ni bosselures, ni bandelettes longitudinales. Au toucher, la paroi était épaisse, rigide, un peu comme du carton.

Je me décidai à anastomoser la dernière anse de l’iléon avec Pampoule recto-côlique le plus bas possible, ce que je réalisai très simplement en créant sur chaque organe une boutonnière de G'centimètres, et en les réunissant l’une à l’autre par une série de surjets à la soie fine. Ensuite, je sectionnai l’iléon au voisinage du cæcum et fermai les deux bouts, pour obtenir l’exclusion de jout le segment du gros intestin compris entre son origine et la dilatation,

Le ventre, enfin, fut refermé par trois plans de suture. J'avais cru prudent de laisser un drain. Il fut retiré au bout de quarantehuit heures, après avoir donné issue, le premier jour, à une sérosité assez abondante.

Le lendemain de l'intervention, un léger ictère commença à se manifester . Il s’accentua le second jour, pour s'atténuer graduellement à partir du troisième jour et disparaître promptement.

A cela près, les suites furent d’une grande simplicité il n’y eut ni vomissements, ni douleurs abdominales, ni aucun phéno-

-mène qui put nous inspirer la moindre inquiétude . Au quatorzième jour le malade se levait.

Le cours des selles s’est établi spontanément le cinquième jour.

Depuis, notre opéré expulse, une ou deux fois par jour, des matières pâteuses assez fermes, quoique non moulées. Sa satisfaction en est très grande, la défécation spontanée et facile était pour lui chose absolument nouvelle. Le ventre est bien souple. En ce moment une palpation, même attentive, ne permet

pas de sentir la portion dilatée.

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