‹ Contribution à l'étude de la Maladie de HirschsprungChapitre 103 sur 106 · OBSERVATION XCIX · texte numérisé non relu

OBSERVATION XCIX

(Picqué et Grégoire.)

D... Gabrielle, cinquante ans, entre au Pavillon de chirurgie le 4er octobre 1912, venant du service du D Mathieu, hôpital Saint-Antoine. L'interne du service, M. Giraud, a bien voulu me remettre la note suivante :

« Cette malade a été opérée il y a un an, pour occlusion intestinale aiguë; on lui fit une laparotomie médiane sans établissement d’anus. Elle rentre dans le service avec une occlusion datant de

quatre jours. M. Labey l’opéra d'urgence et lui pratiqua l’appen-

dicostomie. On trouva une anse sigmoïde énorme dilatée et

hypertrophiée. Le 10 avril 1912, a été opérée de mastoïdite. La fermeture de la bouche appendiculaire s’estopérée dans le service.

» Eile revient au mois de juin pour constipation opiniâtre. Elle part pour le Vésinet dans un état satisfaisant, mais présentant encore quelques douleurs dans la fosse iliaque droite. Elle rentre de convalescenee, et c’est dans cette période qu’elle est prise de troubles psychiques qui nous obligent à la: transférer à Sainte- Anne. :

» À ce moment son état intestinal était le suivant : selles sans lavement, se produisant tous les deux jours environ. Quelques

légères brülures dans la fosse iliaque droite. »

Dans le certificat qu’il a rédigé, notre collègue Mathieu signale les troubles mentaux suivants : l’agitation et l’excitation, les menaces au personnel et aux autres malades, les tentatives de

suicide et les tendances aux fugues. À ;

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Sur ma demande, la note suivante m'a été remise par mon excellent collègue Labey qui a opéré la malade :

« Cette femme présentait des symptômes d’occlusion intestinale aiguë avec ballonnement énorme. Je fis une laparotomie et constatai que le ballonnement était dû uniquement " la distension de l’anse Q qui était véritablement monstrueuse. Pour y voir clair,je ponctionnai cette anse et je pus alors voir de petites brides blanchâtres ressemblant à des lésions scléreuses de péricôlite qui fixaient et coudaient l’anse dilatée. J'en sectionnai un certain nombre, espérant que cela suffirait, momentanément du moins.Toutefois, comme soupape de sûreté, je fis en même temps une appendicostomie. Je me proposais ultérieurement de faire une résection.C'est alors que M.Mathieu reçut cette malade dans son service en observation.

» Cette femme se trouvant bien (je crois que la fistule cæcoappendiculaire s’était fermée spontanément) à dû quitter l'hôpital et je n'ai pu lui faire l'opération radicale que je me proposais de pratiquer.

» À Son arrivée à l'asile le 1° octobre, le D’ Briand, médecin

eu chef de l'admission, établit le certificat suivant : est atteinte de dégénérescence mentale avec hallucinations, troubles de la sensibilité générale et prédominance d'idées de persécution ; on la tourmente,on l'injurie. on lui jetie des objets malpropres dans les cheveux; préoccupations hypocondriaques à l'occasion de troubles dyspeptiques réels. Agitation anxieuse par intervalles.

» La malade rm’est adressée au Pavillon où Je l'ai observée

pendant plusieurs jours; les symplômes qu’elle présente sont caractéristiques. La distension du ventre est énorme, mais n'ä

pas été mesurée. Le ventre est asymétrique et la tuméfaction est

surtout prononcée à gauche ; ilexiste des mouvements péristal- ? 8

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tiques très prononcés. Dès qu'on percute le ventre, le mouve- 4 Es -

ment de reptation des anses s’accuse. 4 @

La percussion démontre une sonorité totale ; aucun signe

d’ascite. La palpationne révèle l'existence d’aucune tumeur. La

malade souffre peu, contrairement à l'opinion des auteurs qui k

considèrent la douleur comme constante.

La constipation est absolue. Pas d’intolérance gastrique et de à

vomissement. Le pouls et la température sont normaux. La $

malade n'accuse pas de débâcles si fréquemment observées. Le ballonnement s’accuse chaque jour davantage sans provoquer de nouveaux troubles fonctionnels. L'état général reste

satisfaisant.

Le diagnostic de mégacôlon, déjà établi par M. Mathieu, n’est

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pas douteux. Il affecte cliniquement la forme occlusive.

L'intervention est décidée est pratiquée par M. Grégoire, aidé de M. Ch. Liné, assistant, le 8 novembre 1912. Voici la note qu’il a consignée sur la fiche opératoire {n° 88) :

«Le ventre ouvert, on constale que la distension porte sur la terminaison du gros intestin.

» Le côlon iliaque et le célon pelvien et même le rectum sont élargis. Le début de la lésion commence assez brusquement à la hauteur de la crête iliaque environ. La terminaison se fait vers le rectum, mais non d’une façon nette. L’anse est énorme, comme un côlon de cheval. On distingue à peine les bandelettes musculaires ; il n’existe plus de bosselures comme normalement ; la paroi est épaissie, les vaisseaux énormes, les gan-

glions hypertrophiés. Le reste de l'intestin parait normal.

» Opération. — L'anse distendue est réséquée. Pour faire # 1 x Lu l’anastomose,M.Grégoire d’abord se rend compte des connexions

de l’anse. Il constate qu’elle est tordue sur son pédicule méso-

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côlique, qui fait sur son axe un tour environ dans le sens des aiguilles de montre, Clamps à intestin aux deux extrémités de l’anse. Résection facile. Suture et ligature des vaisseaux du mésocôlon.

» Le bout inférieur est fermé.Le bout supérieur implanté sur la face antérieure du rectum par anastomose termino-latérale, On laisse un tamponnement important dans le petit bassin et un drain derrière l'utérus. L'opération a duré soixante dix minutes. Les suites opératoires ont été très simples.

» La malade est aujourd’hui guérie, »

OBSERVATION DE M. Prerre Duvaz (Résumée). — Mme S..., trente-six ans, présente des accidents intestinaux depuis l’enfance, a été vue par divers médecins et chirurgiens. Deux cairurgiens portent le diagnostic d’appendicite chronique et de rein mobile. L'un d’eux pratique l’appendicectomie et la néphropexie en janvier 1902. En 1912, l'abdomen présente un ballonnement progressif, qui, en quelques mois, devient énorme. M. Pierre Duval déclare qu'il n’a jamais eu l'occasion de voir un ‘pareil abdomen; il avait à hauteur de l'ombilic 3 m. 50 de circonférence. Le ballonnement est d’ailleurs variable. De temps à autre des débâcles de gaz et de matières le font diminuer ; des périodes de constipation relative l’accentuent, mais jamais la malade n’a présenté de grande constipation.

La radioscopie ne décèle aucun rétrécissement, mais montre une dilatation colique énorme : elle semble généralisée.

M. Duval pratique l'opération en août 1912, M. Fernand Monod assistant. L’incision médiane démontre l'existence d’un mégacélon total. Seuls, le cæcum et l’ampoule rectale ne sont pas dilatés. Résection de tout le gros intestin, sauf le cæcum,

Anastomose cæco-rectale facile.

La guérison est obtenue sans aucun incident. Selle spontanée au cinquième jour, consistante et moulée. Pas de diarrhée, La malade sort au quinzième jour. Au bout d’un mois, crise d’entérite grave à la suite d’un écart de régime, avec 40 degrés de température et état général grave. Guérison en trois semaines.

Actuellement, l’état général est excellent.

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