‹ Contribution à l'étude de la Maladie polykystique de ReclusChapitre 8 sur 18 · CHAPITRE TI · texte numérisé non relu

CHAPITRE TI

Anatomie pathologique.

La maladie kystique du sein n’est pas d’une fréquence aussi grande que les tumeurs de cette région; cependant, actuellement, il est peu de chirurgiens qui ne l’aient observée.

Bryant, dans une statistique portant sur 242 cas de tumeur du sein, compte 163 cas de tumeur solide (carcinome, sarcome) et 67 de maladie kystique.

Cette proportion est beaucoup trop élevée, et si nous nous en rapportons à ce que nous avons pu observer dans le cours de nos études en suivant les services de chirurgie générale, il nous parait que les épithéliomas du sein et les tumeurs bénignes de cette glande se rencontrent beaucoup plus fréquemment que la maladie de Reclus qui est relativement exceptionnelle.

Nombre de descriptions des lésions anatomo-pathologiques ont été cependant publiées. Nous citerons celle de Reclus qui nous représente bien l'aspect macroscopique de cette affection.

« Il n’y a pas de tumeur au sens propre du mot, la dégénérescence est générale; vous avez bien une nodosité plus grosse que les autres, un renflement plus considérable, une cavité distendue par une quantité plus grande de liquide, mais des kystes en grand nombre sont épars dans toute la glande, toujours on en trouve dans tous les lobes et dans tous les lobules et peu de culs-de-sac y échappent.

Le mal est donc diffus et la cavité n’est pas développée, comme on l’observe pour la plupart des autres, kystes, au milieu d’un néoplasme, sarcome, carcinome, épithélioma. En un mot, nous n’avons pas une tumeur kystique, mais des kystes

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semés dans toute la mamelle. C’est là le premier caractère qui est d’une haute importance.

« En voici un second qui n’est pas moins significatif : la lésion atteint le plus souvent les deux glandes et les kystes sont bilatéraux. Disons d’ailleurs que le chirurgien et le malade s’occupent souvent de la lumeur principale, du kyste prépondérant, et laissent de côté ce qui est l'essence même de l'affection, ces nodosités miliaires, semblables à des grains-de plomb, incrustées dans le parenchyme, ces duretés, ces saillies qui provoquent à la palpation de la glande une sensation analogue à celle de ces pièges à oiseaux où le chènevis est collé sur une planchelte ; on dirait aussi que les culs-de-sac ont été injectés à la cire ».

Ces comparaisons nous en disent plus qu'une description minutieuse et nous apprendront à retrouver autour du kyste principal une foule de petits satellites sous forme de pelites hosselures dans la glande grumelotée et comme sclérosée. Ces deux signes suffisent, mais leur constatation n’est pas toujours facile.

La fluctualion existe bien quelquefois : Reclus l’a retrouvée signalée cinq fois sur trente observations, elle était très nette chez notre seconde malade (obs. IT), mais elle manque si souvent qu'il faut avoir toujours recours à la ponction exploratrice.

La peau est normale, mobile, sans dilatalion variqueuse; elle glisse sur les saillies de la glande; jamais nous n'avons constaté l’adhérence des kystes aux téguments.

Les kystes, dont le volume varie, contiennent un liquide visqueux, épais, chargé d’une bouillie de couleur noire, jaune, café au lait ou chocolat. Mais à ces divers aspects ne correspondent pas des différences très grandes de composition : il s’agit toujours d’une substance mucoïde qui tient en suspension des matières colorantes du sang, des globules déformés, des cellules tuméfiées et granuleuses avec quelques cristaux.

Dans la pièce que nous avons examinée, nous avons trouvé un liquide clair, jaune-citrin; le séjour prolongé de la pièce dans une solution conservatrice a rendu l'examen chimique et bactériologique impossible.

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C'est à Mälassez et Brissaud que revient le mérite d’avoir fait les premiers examens histologiques de maladie kystique.

« En apparence, nous disent-ils, la formation kystique surajoutée ne semble pas avoir agi sur le parenchyme glandulaire autrement qu'en le comprimant. Beaucoup de culs-de-sac glandulaires sont remplis de cellules polyédriques qui comblent leur lumière, figure qui rappelle la forme de l'acinus fætal, avec cette différence que dans la mamelle kystique on ne voit qu'un ou plusieurs culs-de-sac d'aspect fœtal.

Dans d’autres endroits, on voit des acini fibreux.

Les kystes de grande dimension semblent être le résultat d’une sécrélion séreuse de leur coupe épithéliale cylindrique.

En résumé, les lésions histologiques que nous venons d’énumérer consistent essentiellement dans une activité perverlie des acini glandulaires; cette activité, plus ou moins rapide suivant les régions, donne au parenchyme sectionné des aspects divers; mais c’est toujours un parenchyme normal en apparence qui constitue la totalité de la glande. Quant aux kystes absolument indépendants, quant à leur origine du stroma cellulo-fibreux, ils sont le résultat ultime du même travail épithélial qui a tout d’abord provoqué la dilatation des acini et des lobules.

Les canaux galactophores sont le siège d'une prolifération épithéliale analogue à celle des parties sécrétantes; parallèlement, la membrane est épaissie jusqu'au mamelon et infiltrée de noyaux abondants.

Sur certaines préparations, on voit les acini encerclés par des lames cellulo-fibreuses sur lesquelles l'épithélium paraît reposer immédiatement.

« En d’autres endroits, en effet, on voit des espaces triangulaires remplis d'éléments irréguliers, à gros noyau, comparables aux cellules métatypiques qui remplissent les cavités voisines (espaces lymphatiques remplis de cellules épithéliales proliférées) ».

Brissaud dégage de ses observations cette notion que la maladie kystique est constituée par un épithélioma kystique intraacineux.

Us

Nous ne voulons pas ici refaire l'historique des diverses recherches sur l'anatomie pathologique, cependant nous nous croyons obligé de retracer rapidement les diverses opinions émises d'après les examens microscopiques, ceci pour la clarté et la compréhension du sujet.

Reclus, Maunoury, Valude, Poncet disent que la maladie kystique est un véritable cancer. Toupet et Piliet y décrivent les lésions de l’épithélioma dendritique avec infiltration des cellules épithéliales dans les lacunes Ilymphatiques du tissu conjonctif.

Kônig désigne sous le nom de « mastitis chronica cystica » des allérations de la glande mammaire analogues à celles que l’on rencontre dans la maladie de Reclus, altérations auxquelles il semble attribuer une origine inflammatoire : |

« L'aspect macroscopique de la glande est caractéristique. Les formations kystiques siègent le plus souvent du côté du grand pectoral; tantôt on voit de gros noyaux ronds brunâtres, tantôt de petits noyaux gris; on trouve souvent aussi à côté d'eux des vésicules grosses comme des têtes d'épingle ou des graines de raisin. Si on coupe les vésicules et les petits kystes, il en jaillit du liquide, indice de la pression sous laquelle se trouve la paroi du kyste.

Dans le tissu glandulaire qui semble par place muqueux, on voit des fissures et des vésicules coupées de tailles différentes. L'histologie est très caractéristique.

Il y a des lésions définies de la glande existant avec des lésions du tissu interstitiel. L'intérieur des acini, comme celui des petits canaux excréteurs, commence à se remplir de cellules ; l’épithélium est souvent stratifié à la suite d’une multiplication rapide; la nouvelle couche desquame cependant rapidement. A la suite de cela, les parois des acini se dilatent, quelques-uns se confondent les uns dans les autres et il en résulte de grandes cavilés où se trouvent des débris cellulaires, des corpuscules graisseux et de la sérosité trouble. La plupart du temps, les canaux excréteurs forment des kystes. Les kystes s’aggrandissent par la confluence et la dilatation due à la pression du

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