‹ Contribution à l'Étude de la Marche de la Paralysie GénéraleChapitre 10 sur 20 · LAS · texte numérisé non relu

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servons pas à l’œil nu de membranes emprisonnant ces petites hémorrhagies.

L'arachnoïde et la pie-mère présentent de nombreuses plaques laiteuses, et sont épaissies. Elles adhèrent d’une façon très intime à la substance corticale.

Les ventricules latéraux sont dilatés et contiennent une quantité notable de sérosité. Nous trouvons de l'aspect chagriné exclusivement sur le plancher du quatrième ventricule.

Le poumon droit, recouvert de fausses membranes, est un peu induré. Toutefois son tissu crépite encore et surnage dans l’eau.

Le poumon gauche est sain.

Le cœur, le foie ne présentent aucune lésion.

Les reins ont subi un commencement de dégénérescence graisseuse.

La variété paralytique (paralysie générale sans allénation de Duchenne et de Brière de Boismont, est une forme assez rare ou peu connue qui a été l’objet de maintes discussions entre MM. Baillarger, Lunier, qui veulent que ce soit la forme la plus commune de début de la paralysie.

Quelquefois en effet, on rencontre des malades qui sans cause connue présentent un tremblement peu marqué des membres, un léger embarras de la parole, de l’irrégularité dans la marche, etc., ces malades

ont conscience de leur état, ils l’attribuent à la fatigue, au froid ou à

ce qu'ils ont pris des médicaments tout à fait inoffensifs.

Ils ont de la céphalalgie, des vertiges, un tremblement fibrillaire de la langue plus ou moins apparent et de l’inégalité pupillaire. Ces malades paraissent avoir l’intelligence intacte, cependant sion interroge les personnes qui vivent avec eux, on reconnait que leur intelligence a baissé, que leur caractère et leurs habitudes ont changé, enfin que leur manière d’agir est tout à fait en désacord avec leur passé. La durée de cet état est très variable, quelquefois cette période est assez longue, d'autrefois les troubles paralytiques marchent rapidement, l’intelligence faiblit et le délire apparait. Le malade devient agité, ou s’il reste calme, des idées de grandeurs et de satisfaction de soi-même se manifestent.

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Le début par la variété mélancolique est fréquent, le malade a des idées hypochondriques, il devient sombre sans que sa famille y porte d’abord grande attention jusqu’au moment où apparaissent des phénomènes d’excitation. Si on examine avec soin le passé des malades, on apprend souvent qu'ils ont d’abord été déprimés ; Bayle et Calmeil déclarent que la dépression se fait souvent remarquer avant les phénomènes d'excitation chez les paralysés au début, que cet état peut durer longtemps et que les malades ont une assez longue existence, ils ont une prostration physique et morale extrême accompagnées d'idées hypochondriques. Cet état dure peu de temps, le malade reprend ses occupations, manifeste une activité exagérée et alors l'agitation et le délire ne tardent pas à reparaître.

L'observation suivante, empruntée à M. le D' Giraud, nous montre les troubles de la variété mélancolique.

Observation III.

Empruntée à M. le docteur A. GIRAUD.

Paralysie générale à début rapide. — Mélancolie. — Congestion

cérébrale. — Période d'excitation. — Idées de grandeur. — Achats extravagants. — Marche rapide. — Mort après deux mois de séjour à l'Asile. — Autopsie. ,

X..., âgé de 42 ans, né à Stockolm, domicilié à Anvers depuis quatre ans, à reçu une instruction très soignée ; il parle l’anglais, le suédois, l'allemand, le français. Courtier maritime, M. X... s’est montré fort habile dans sa profession quoique peut-être un peu téméraire. L’hérédité ne Joue aucun rôle dans l’étiologie de l'affection de M. X... M. X... a fait des excès de coït pendant sa Jeunesse. Depuis dix ans il est marié et se conduit très bien. [Il buvait beaucoup de bière, et cela régulièrement, mais sans s’enivrer.

La maladie a débuté, il y a quelques mois, par une tristesse con-

tinue qui contrastait singulièrement avec son caractère jadis fort gai.

Il a beaucoup souffert d’une insolation vers le mois de juillet 1874, et il aurait eu à la suite une congestion cérébrale intense. A partir de ce moment, les symptômes morbides vont en s’aggravant et commencent à prendre un. caractère inquiétant. Le malade montre pour le travail

une inaptitude inusitée, se plaint de maux de tête continuels, se fait remarquer par l'étrangeté de ses allures, pleure sans motif et des heu res entières.

A cette période de dépression a bientôt succédé une période d’excitation extrême. Sous l'influence d’un délire très accusé des grandeurs et de richesse, il veut aggrandir le chiffre de ses affaires, multiplie ses affaires, en fait de ridicules. Il écrit 20 dépêches par jour en Suède, en Angleterre, en Allemagne, offrant des quantités énormes de marchandises, tantôt à vil prix, tantôt à un taux exagéré. En même temps son intelligence s’affaiblit, sa mémoire devient de plus en plus infidèle ; il se montre bientôt incapable d’une occupation suivie.

Pourtant il rêve toujours milliards, fait toujours des affaires considérables.

Le 5 octobre 1874, il quitte Anvers, s'embarque pour le Hävre dans le but d’acheter , dit-il, tous les steamers de l'univers. À peine arrivé dans cette ville, son agitation est allée croissante, et le 19 octobre 1874 on réclame avec instance sa séquestration immédiate.

A son entrée à l’Asile, X... paraît très troublé ; il parle de millions, de milliards, son incohérence est complète ; il n'a pas conscience de sa situation, et ne demande même pas où il se trouve. Il paraït très fatigué, est très pâle; sa démarche est pénible , incertaine. Il a la manie de renifler constamment et avec force.

X..., après une période de tristesse de plusieurs mois, a commencé à présenter une grande excitation ; 1l veut faire des affaires commerciales immenses ; il a quitté son domicile ; il veut envoyer de tous côtés des lettres et des télégrammes ; 11 dit que tout le monde aura des millions et des milliards.

Le 20 octobre, le malade se montre très incohérent, il manifeste toujours des idées de richesse très accusées. Il se plaint de violents maux de tête. Depuis deux mois il dit être gai.

Le 21 octobre, il est agité. Il cherche à enfoncer les portes, à frapper les infirmiers ; on à dû recourir à la camisole. — Pot. au chloral, 3 gr. Pot. teint. digitale, 1 gr.; extr. d’opium, 08,05. Son agitation est extrême ; il crie, pleure, chante pendant la nuit (2 bains de 2 heures par Jour). | |

I se montre d'une alimentation très difficile, mange très peu.

GE MeE 29 octobre. — Même difficulté au sujet de la nourriture. fl est un peu plus calme (constipation, lav. purgatif).

26 octobre. —X.. est beaucoup plus calme. La potion est supprimée; il continue à prendre les 2 bains. Il urine depuis 2 jours dans son lit. Les nuits sont redevenues très mauvaises. |

28 octobre. — Urine toujours au lit. Il a un peu d'’irritation des fesses (couche de collodion. prend toujours 2 bains). IF est plus calme. L’appétit est revenu.

30 octobre. — Pot. chlorhydrate de morphine, 08,02, avec chloral, 3 gr., pour lutter contre l’insomnie persistante.

Pendans la journée, il prend une potion de teinture de digitale 4 gr.

1 novembre. — X... présente un affaiblissement et un trouble général de l'intelligence avec prédominance d’idées de richesse et de grandeurs.

3 novembre. — L'embarras gastrique a disparu. X... s’alimente bien et continue d’uriner au lit. Son état mental est un peu amélioré ; les nuits sont toujours mauvaises.

7 novembre. —M. X... a des nuits mauvaises. On revient aux grands bains pris le matin et le soir.

13 novembre. — Dieu, dit-il, lui défend de manger ; il est presque impossible de vaincre sa résistance.

15 novembre. — Langue saburrale ; mêmes difficultés. Ipéca, 2 gr. Limonade Rogé.

17 novembre. — On constate chez M. X... une éruption générale confluente, principalement sur les fesses, le scrotum et la poitrine (teinte ictérique des sclérotiques).

18 novembre. — Inappétence persistante ; fièvre assez intense. Teint ictérique de plus en plus accusé.

19 novembre. — Ictère généralisé. Soif très vive ; agitation la nuit.

21 novembre. — Ictère grave. Le malade ne répond à aucune question ; sa fièvre est intense, sa respiration haletante et très inégale. La teinte jaune est très prononcée ; il refuse toute médication.

22 novembre.— Dépression de plus en plus profonde. Etat désespéré.

23 novembre. — X... meurt à 9 heures du matin.

L'autopsie est pratiquée trois jours après. à

Le cadavre présente une teinte jaune ictérique très intense.

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L'encéphale pèse 1,430 gr., le cerveau 1,230 gr. Les méninges sont un peu congestionnées, offrent une teinte jaune très accentuée ; elles adhèrent très intimement aux circonvolutions sur les lobes frontaux et aux niveau de la scissure de Sylvius.

A la coupe ‘on observe du piqueté de la substance cérébrale. Les ventricules contiennent un liquide jaunâtre, sanieux, très épais.

Le poumon droit adhère à la plèvre costale, surtout à son sommet ; il crépite dans toute son étendue.

Le poumon gauche est sain.

Le cœur pèse 320 gr. ; présente d’une façon très notable la teinte ictérique que d’ailleurs on observe dans tous les organes. Il manque de consistance. Les valvules sont saines ; l’aorte n’est pas athéromateuse.

Le foie pèse 1,130 gr. Il est induré ; à la coupe, les Ilobules hépatiques, au lieu de présenter une section unie, semblent intercepter autant de petites dépressions. Il est impossible d'apprécier la lésion

à l'œil nu. La vésicule biliaire présente des traces d’inflammation ;

elle offre en outre un épaississement notable atteignant en un endroit le volume d’une petite noix.

Les reins pèsent : le droit 195gr., le gauche 170. Ils ont subi un commencement de dégérescence graisseuse.

La rate pèse 1,280 gr. Son tissu est ferme.

La variété expansive peut succéder directement à la période prodromique; le malade voit tout en beau, ses idées sont multiples, mobiles, non motivées et contradictoires entre elles; il dira qu'il est fort, puissant, Dieu, Providence, Président de la République; il dira qu’il commande des armées, qu'il dirige, qu’il est la loi, etc. Il distribuera des titres honorifiques à ses amis, lancera des listes de proscription contre ceux qui veulent le contredire dans ses projets irréalisables. Il est orgueilleux, entreprenant et continuellement en désaccord avec lui-même dans ses projets; il possède des richesses immenses, l'Univers lui appartient, il est prince des Etoiles, enfin il veut tout entreprendre, il conserve des sommes immenses pour des achats qui ne sont vrais que dans son imagination, il a des millions,

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ROUEN des milliards, il débite toutes cesabsurdités avec le plusgrand calme et la plus intime conviction que ce qu’il dit est vrai.

Continuellement il veut faire les entreprises les plus hasardeuses, plein de lui-même il ne tient aucun compte de ce qui deverait l’arrêter, il se sent heureux sans savoir pourquoi. Il fait des achats ridicules, commet des actes extravaguants, soit dans sa vie publique, soit dans sa vie privée, et se livre à des excès de tous genres.

D’autrefois, se croyant propriétaire, il a la manie du vol, il va prendre à un étalage de boutique les objets les plus insignifiants, et cela sans essayer de dissimuler le moins du monde son vol. C’est la période désignée par les auteurs sous le nom de période médico-légale de la paralysie générale. Telle est la variété expansive qui persiste souvent longtemps. L'observation suivante nous donne un exemple de la variété expansive :

Observation IV.

- Empruntée à M. le docteur A. GIRAUD.

Paralysie générale ayant débuté par les troubles intellectuels. (Démence). — Troubles moteurs. — Eschares. Marche rapide. — Mort au bout de 5 mois. — Autopsie.

Ch... est âgé de 36 ans. Nous ne savons absolument rien sur les antécédents du malade. Il s’est dit ouvrier mouleur ; il est permis de supposer que depuis quelque temps il n’a pu produire un travail régulier et sérieux. Le 17 décembre 1873, il a subi une condamnation à 6 jours de prison pour mendicité. Le 24 février 1874, il était condamné de nouveau à 6 mois de prison pour vol et vagabondage. Il est certain que C... était déjà malade à cet époque ; à peine, en effet, a-t-il été soumis à l’observation exercée sur tout prisonnier que l’on a constaté chez lui des signes évidents d’aliénation mentale. On a été obligé de le reléguer dans une cellule isolée et de lui mettre la camisole. Le certificat du médecin en chef des prisons de Rouen ajoute que « ses divagations sont incessantes, même la nuit où on l’entend débiter des phrases incompréhensibles et qu'il paraît avoir des hallucinations » ; ce certificat conclut à l’urgence de son admission dans une maison spéciale.

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