‹ Contribution à l'Étude de la Marche de la Paralysie GénéraleChapitre 11 sur 20 · MD · texte numérisé non relu

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C... entre à l’Asile le 19 avril 1874. Interrogé le jour même de son entrée, il manifeste des idées de grandeur très accusées. Il occupe, nous dit-il, un rang élevé ; il est très habile, sait tout faire, et est très content de lui; il possède des milliards, des propriétés immenses.

Néanmoins il se trouve très bien à l’infirmerie où il a été mis en

observation. C’est un homme d’une taille élevée ; il parait robuste et bien constitué. Les yeux sont hagards ; les pupilles sont inég'alement dilatées ; son visage est pâle et sans expressions ; sa parole est lente et difficile; sa démarche est un peu chancelante; on observe du tremblement fibrillaire des mains. On constate en outre deux eschares, l'une sur le sacrun, l’autre sur la fesse droite. |

C... présente de la manière la plus accentuée les symptômes de la démence paralytique. Embarras de la parole. Divagations incohérentes.

Avril. — Le malade trompant la surveillance du gardien s’est levé pendant la nuit, s’est affaissé sur son vase de nuit, l’a brisé et s’est fait une blessure assez profonde à la fesse gauche. Il parle moins qu’hier, paraît absorbé ; il passe au traitement. La plaie est en voie de guérison ; les eschares sont dans le même état ; on observe des hallucinations de la vue et de l’ouïe. Il prétend voir sa femme et faire la conversation avec elle. Nous parle de la franc-maçonnerie. Nous ne pouvons comprendre son langage qui devient de plus inintelligible. (On lui donne 3 gr. de chloral). Non seulement 1l voit toujours sa femme, mais ses enfants sont autour de son lit ; il nous affirme qu'il en a 30. Le 24 avril, la nuit.est plus mauvaise que les précédentes (3 gr. de :hloral, injections de chlorhydrate de morphine, 0 gr.03). Le malade passe aux gäteux. Parle constamment et toujours sur le même ton; n’articule aucun son ; on ne peut lecomprendre. (Potage. Tis. pect.). Les pupilles sont très inégales, dilatées.

Mai. — On n'observe aucun changement dans l’état mental. Le malade dort peu, à toujours des hallucinations. Sa blessure est presque guérie ; ses eschares n’ont pas augmenté.

C... continue à présenter les symptômes caractéristiques de la démence paralytique ; agitation excessive, absolument extravagante. Embarras excessif de la parole.

Juin. — Affaiblissement progressif. L’eschare du sacrum s'étend et prend un très mauvais aspect. Le malade maigrit beaucoup. Il ne

répond plus aux questions, marmote je ne sais quelles paroles entre ses dents. Il agite constamment la tête à droite et à gauche et commence à faire entendre ce grincement des dents si caractérisiique dans fa paralysie générale. Maigreur extrême. L'eschare, loin de s'améliorer, suppure beaucoup ; il a des décollements assez étendus. Juillet. — Moins de suppuration ; l’eschare semble prendre un meilleur aspect ; mais le changement est encore peu sensible.

L'état général s'aggrave de plus en plus. Le malade ne mange presque plus ; sa maigreur est extrême, son teint cadavérique. Il ne peut déglutir, s'affaiblit encore.

1% août. — GC... meurt dans le marasme, vers 1 heure du matin.

Autopsie. — La ridigité cadavérique est persistante ; la putréfaction est très avancée. Le cerveau est peu volumineux, les circonvolutions aplaties. La substance cérébrale a perdu beaucoup de sa consistance. II existe de nombreuses adhérences des méninges sur le sommet des hémisphères et principalement sur les lobes frontaux.

A la coupe nous constatons un état de décomposition très avancé du cerveau qui se déchire facilement.et exhale une odeur putride.

Pas d'aspect chagriné de Ia membrane ventriculaire. La substance grise à très peu d'épaisseur.

Les couches optiques et les corps striés ne présentent rien de particulier à noter. Enfin nous n’observons rien dans le cervelet, le bulbe et la protubérance.

Le poumon droit est très congestionné surtout à la base où sa densité est très augmentée. Le poumon gauche crépite peu, à la coupe il s'écoule du muco-pus ; sa densité est augmentée surtout à la base ; il surnage avec beaucoup de peine dans l’eau. Le tissu présente l’aspect de la pneumonie hypostatique.

Certains paralytiques, au lieu de présenter une période calme restent parfois très agités et à divers intervalles présentent de véritables accès maniaques : ils redeviennent furieux pour les motifs les plus insignifiants; puis la manie disparaît, et ils se retrouvent dans le même état antérieur à leur crise.

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D’autrefois, après ces accès de manie le malade tombe dans un accès de mélancolie, et on a des alternatives d’excitation et de dépression. A mesure que l'affection avance dans sa marche, les troubles, soit intellectuels, soit moteurs, s’accentuent selon les malades; l'embarras de la parole, le tremblement des lèvres, les mouvements vermiculaires de la langue, l’hésitation dans l’articulation des mots, se manifestént de plus en plus.

Il y a de la raideur dans les membres et même de la contracture ; ce n’est pas de la paralysie vraie, c’est une sorte d’ataxie musculaire, un défaut de coordination dans l’exécution de certains mouvements.

- Le malade est maladroit dans sa marche qui est brusque, saccadée ; il manque de précision dans les mouvements qui en exigent; veut-il écrire, son écriture est toute tremblée, ses lettres sont mal formées, il passe des lettres, des mots en écrivant, la mémoire lui faisant défaut. La parole estembarrassée, le langage est décousu ; le paralytique annonce et répète vingt fois ce qu'il va faire et les mots sont émis par saccades et en bredouillant.

La sensibilité genérale est diminuée, parfois elle n’est pas changée. Pique-t-on le malade avec une épingle, à peine s’il ressent la douleur, il a bien une vague sensation sans savoir à quoi l’attribuer. Il y a quelquefois anesthésie complète; si on dénude la peau à la suite d’un vési-

catoire, on ne produit pas de douleurs. Un autre malade se déchire le :

visage, se fait des plaies avec ses ongles, il ne ressent rien. D’autrefois il y à hyperesthésie, le paralytique gémit au moindre attouchement ; ilressent des fourmillements dans les jambes et des douleurs vagues. La sensibilité du goût est pervertie, le malade mange avec avidité, il engloutit les aliments qui pour lui sont insipides; on lui administrerait n'importe quel médicament, il resterait indifférent. La vue est aussi parfois amoindrie ; le malade a de l'inégalité pupillaire. Pendant cette période les fonctions de la nutrition ne faiblissent pas, le paralytique mange et digère bien.

On peu admettre avec les auteurs une période moyenne, caractérisée par un affaiblissement plus grand de l'intelligence et un développement plus évident des symptômes paralytiques, et un état d’agitation maniaque spéciale à cette période.

Arrivé a ce moment, le paralytique peut devenir agité par accès de durée plus ou moins longue ; d'autrefois il reste calme.

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Est-il agité, il a un besoin incessant de marcher, il ne peut rester en place ; il va et vient sans but déterminé, il parle seul à voix basse, il remue tout ce qui se trouve à sa portée, il déchire ses vêtements et brise les objets qui se trouvent à sa portée; un des caractères de cette agitation paralytique, c'est d’être rebelle à tout traitement. Parfois le malade se déshabillera, poussera des cris plaintifs d’une manière continue et au réveil. L’agitation et l’affaiblissement intellectuel varient de degré d’un moment à un autre .et souvent on peut difficilement apprécier les phénomènes paralytiques; quelquefois les troubles moteurs et intellectuels marchent de pair.

Le plus souvent c’est la démence qui domine la scène ; le paralytique éprouve une béatitude sans motif, il à un sourire niais qu’il conserve jusqu’à la fin. Il croit jouir d’une santé parfaite; s’il parle, il est d’une très grande affabilité et adresse maintes et maintes félicitations à propos des moindres circonstances.

La paralysie générale est une affection accidentée c'est-à-dire qu’elle peut avoir des temps d'arrêt plus ou moins long, puis reprendre sa marche progressive.

L'observation suivante en est un exemple :

Observation V.

Paralysie générale en démence. — Excès alcooliques et véneriens. — Alternatives de calme et d'agilation. — Idées de satisfaction. — Les troubles moteurs et intellectuels marchent de pair. — Attaques convulsives. — Mort au bout de 11 mois. — Autopsie.

B... (Henriette-Caroline), née à Amiens, domiciliée à Paris, àgée de 32 ans, Célibataire, fleuriste, entre le 30 novembre 1881. (Sans instruction.) (Transf. de Vaucluse).

Le certificat médical nous dit que « B... est atteinte de démence paralytique à forme dépressive ; qu'elle a de l'embarras dans la parole, de l'inégalité pupillaire, qu'elle présente un affaiblissement musculaire général et un état gâteux ». |

Décembre 1881. — A son entrée à l’asile de Fains, cette malade est pâle, anémique ; elle répond assez bien aux questions qu'on lui

pose ; elle parle avec difficulté, nous demande un gargarisme d'un ton trainant. Parfois elle se montre agitée. Elle présente une intelligence très affaiblie, et la mémoire n’est pas encore abolie ; quelquefois elle parle des aventures qu’elle a eues à Paris, etc... Elle mange bien, dort peu la nuit (injection de morphine). Elle est malpropre et prend ses déjections avec ses mains. Elle à une diarrhée très abondante. On lui prescrit une nourriture légère, potage, œufs, bismuth et eau albumineuse ; cataplasme laudanisé sur le ventre. Au bout de quelques jours la diarrhée disparait, mais l'agitation reparait.

Janvier 1882. — B... présente un état de faiblesse moins grande que lors de son entrée ; elle n’est plus continuellement alitée ; son état paralytique est stationnaire ; parfois on est obligé de la camisoler lorsqu'elle est au lit, car elle se découvre et se badigeonne avec ses excréments.

Février. — Les paroles sont confuses et incohérentes ; elle rit et pleure sans motif, comme les enfants ; elle traine sur les mots, qu'elle articule avec beaucoup de peine. Tantôt elle est au lit ; tantôt assise sur un fauteuil ; elle marche très péniblement, traine la jambe en marchant.

On constate chez elle de l'inégalité des pupilles et des tremblements fibrillaires des lèvres.

Mars. — Elle est très amaigrie. On constate chez elle de l’œdème des extrémités ; on ne constate rien du côté du cœur ou des poumons. Pas d’albumine dans les urines.

Avril. — Rien à noter. Malade toujours contente d'elle-même ; elle rit, elle pleure ; elle nous dit qu’elle va partir à Paris, qu’elle sera dans ses meubles, etc.., qu’elle est belle, qu’elle a une jolie parure. Elle traine toujours la jambe en marchant, se gâte le plus souvent. Même embarras de la parole. Elle scande les mots et traine en parlant.

Inégalités pupillaires. Tremblement fibrillaire des lèvres et des mains.

Mai. — Démencé paralytique présentant une grande faiblesse ; elle est de temps en temps agitée. On est parfois obligé de la camisoler ; elle déchire ses vêtements, se déshabille. Elle mange, et dort un peu la nuit avec la potion de chloral (2 gr.). L’ædème a disparu.

Juin. — Même état mental ; malade parlant et marchant avec

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