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Nous avons donc observé des cas où la forme apoplectique a, si nous pouvons nous exprimer ainsi, persisté depuis le début jusqu’au dénouement fatal de la maladie ; mais en dehors de ces cas, la marche est parfois accélérée, et dans l'observation suivante l'attaque épileptiforme n'apparaît qu’à titre de phénomène ultime.
Observation X.
Paralysie générale. — Hérédilé. — Troubles moteurs. — Délire mélancolique. Plus tard idées de richesses. — Troubles intellectuels. — Marche rapide. — Mort au bout de 22 jours.
L... Henri-Pierre, né à Ville-sous-la-Ferté (Aube), domicilié à B..., àgé de 69 ans, marié, ouvrier en corsets, sachant lire et écrire, arrive le 31 mai 1882 avec un certificat de paralysie générale.
L... est un homme de constitution robuste, il n’a jamais été malade avant 1874; à ce moment il perdit sa femme, devint triste et eut des idées noires.
En 1881, il fut pris de malaise, de douleurs de reins et il se trouva dans l'impossibilité de porter lui-même ses aliments à sa bouche. Dépuis ce moment, découragé, il devint emporté, colère et tomba dans la mélancolie; mais depuis environ deux mois, il courait les rues, allait acheter sans argent. Enfin, ignorant son état mental, il commettait toutes sortes d’extravagances ; il mangeait beaucoup (boulimie) buvait de même et dormait à peine une heure la nuit, il voulait continuellement se lever et courir ça et là ; autrefois bon ouvrier, il était devenu incapable de travailler. Tels sont les renseignements donnés par les parents du malade.
A son entrée, L... nous parle de ses richesses, de sa force, de ses
gains ; il nous dit qu'il a beaucoup gagné, qu’il est gros propriétaire, qu'il a une nombreuse famille, quinze enfants etc. Il est désordonné dans ses actes et ses paroles sont confuses et incohérentes; il ne peut rester en place quoiqu'il eut la marche trainante et embarrassée; la difficulté dans la marche se fait surtout remarquer du côté droit.
On est obligé de le maintenir la nuit fixé sur son lit, sans quoi il se promènerait dans le dortoir et frapperait même ses camarades.
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On lui prescrit en vain du chloral (3 gram. en potion), on lui administre des bains sans succès.
La mémoire chez ce malade est abolie; il n’a plus aucun sentiment affectif; tantôt il pleure, tantôt il chante et crie de toutes ses forces.
L’appétit est bon, mais il avale avec beaucoup de difficulté; le 10 juin il a de nouvelle poussées congestives ; on lui pratique des révulsions le long du rachis; on lui applique un vésicatoire à la nuque, on lui prescrit le lavement purgatif du Codex. Le lendemain il paraît plus éveillé et semble revenir à lui, mais son état d’hébétiude est encore plus grand que lors de son entrée.
A la visite du matin, on lui demande comment il va, il nous répond qu’il se porte bien. Il avale toujours avec beaucoup de peine les liquides (potages, semoule, etc...)
Le 20 juin, il est de nouveau pris d'attaques convulsives épilesptiformes, et il succombe le 21 juin 1882 dans le coma. |
Ce que nous remarquons de plus saillant dans cette observation, c’est que le début de la maladie a été caractérisé par des troubles moteurs. On avait remarqué sa tristesse cinq ans auparavant lorsqu'il avait perdu sa femme, mais cette tristesse était motivée et n’offrait pas de caractère pathologique. Après ces troubles moteurs marquant le début de la maladie, ont apparu le délire mélancolique et plus tard le délire des richesses et des grandeurs; puis l'agitation survient et les attaques épileptiformes viennent abréger l’évolution de la dernière période.
La misère et les privations nous semblent jouer un rôle dans l’accélération de la marche de la maladie chez certains paralytiques, et notre observation XI en est un exemple.
Observation XI.
Paralysie générale. — Débuts mélancoliques. — Suite de couches. — Misère. — Troubles intellectuels. — Atiaques épileptiformes. — Marche rapide. — Mort au bout de six mois. — Autopsie. D... Marie femme B..., née et domiciliée à T... (Meuse), âgée de
43 ans, entre à l’Asile le 28 mai 1883 et sucombe le2 décembre 1883,
par suite de paralysie générale.
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Le certificat médical constate que D... est atteinte de troubles des facultés intellectuelles qui lui font commettre des actes dangereux.
On nous dit que D... a eu une existence pleine de déceptions et de revers ; ouvrière en robes, elle gagnait de l'argent et vivait bien ; elle quitte son métier pour se marier à un boulanger, elle a une nombreuse famille, elle contracte des dettes ; de Ià, la misère et les SOUCIS...
D... parait avoir été de constitution robuste ; elle a été neuf fois enceinte ; toutes ses couches ont été bonnes sauf la dernière en 1881, à la suite de laquelle elle fut très malade. On la conduisit à l’'Hospice de Bar où elle fit un séjour de plusieurs mois ; elle en sortit relativement guérie, mais elle resta toujours triste et anxieuse. Depuis la fin d'avril 1883 et surtout depuis le 15 mai elle ne s’occupait plus de sa nombreuse famille, elle oubliait même de soigner ses enfants et elle s’en allait par vaux et par monts, entrait chez ses voisins, empruntait, volait et achetait sans argent et ne se livrait plus à aucune occupation du ménage : c’est alors qu’on se décida à la faire entrer dans une maison de santé.
A son entrée à l’Asile, D... présente un notable affaiblissement intellectuel ; ses idées sont confuses et incohérentes, tantôt elle rit, tantôt elle pleure, parfois elle manifeste des idées de grandeur. La mémoire est très affaiblie. On constate chez cette malade de l'hésitation de la parole, du tremblement des lèvres et les mouvements fibrillaires de la langue. Elle a un besoin continu de marcher (activité exagérée). Les pupilles sont inégales ; elle va et vient, court dans la salle ; et salit ses vêtements (malpropre). Elle mange et dort assez bien la nuit.
Juin. — D... présente toujours de l’incohérence dans les idées et se montre désordonnée dans ses actes. Elle a les mêmes idées de grandeur, elle veut aller à Paris pour faire changer sa figure, se faire poser un ratelier afin d’être belle, car elle a un bec de lèvre compliqué de fissure de la voute palative antérieure.
Elle dérange tous les objets qui se trouvent à sa portée ; elle urine sur le plancher là où elle se trouve et parfois tourmente les autres malades par ses cris. |
Juillet. — Même état mental, elle est peut-être un peu moins
PL AR ne désordonnée et incohérente que lors de son entrée, mais elle présente toujours un état général de trouble et d’excitation. Souvent elle est malpropre. |
Août et Septembre. — D... est parfois alitée vu son grand état de faiblesse générale. L’embarras de la parole persiste ; il en est de même du désordre dans ses actes et ses paroles. Souvent elle s’irrite, et lors des poussées congestives elle se met à crier et dans ses cris elle imite Jes aboyements du chien et le hennissement du cheval.
Octobre et Novembre. — Rien de particulier à noter, si ce n’est une très grande faiblesse générale; D... est atteinte d’une diarrhée rebelle à tout traitement ; on est obligé de la tenir continuellement
alitiée. Elle à une soif et un appétit insatiables. (lis. de riz, eau albumineuse, pot. avec ratonhia). Depuis la fin de novembre elle a des attaques épileptiformes et le 2 décembre à la suite de nouvelles attaques coup sur coup répétées elle succombe de paralysie générale.
L’autopsie pratiquée vingt-quatre heures après le décès nous montre un notable épaississement des méninges et une grande
quantité de liquide séro-citrin dans la cavité de l’arachnoïde.
Si on essaye de décortiquer le cerveau, on constate de nombreuses adhérences des membranes à la substance corticale le long de la scissure de Sylvius, autour de la scissure de Rolando, dans les régions latérales, autour du pli courbe et à la base des lobes frontaux. La pie-mère est hyperémiée ; la surface des circonvolution présente un ramolissement pointillé.
Les ventricules latéraux sont dilatés par une grande quantité de liquide jaunâtre. Le quatrième ventricule présente des granulations chagrinées (langue de chat). |
L’encéphale pèse 1.260 gr.
Le cerveau pèse 1.050 gr.
L’hémisphère droit, 545 gr. ; le gauche, 505 gr.
Le cervelet (bulbe, protubérance), 210 gr.
La moelle et ses enveloppes, 65 gr.
Son tissu parait normal et n'offre rien de particulier.
Les poumons sont congestionnés aux lobes inférieurs des deux côtés ; ils crépitent et surnagent.
Le cœur pèse 280 gr., il est assez volumineux (on ne constate aucune traces d'affection organique).
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Le foie pèse 1.380 gr., il est graisseux. Les reins sont volumineux, le droit pèse 150 gr., le gauche 160 gr.
La rate pèse 115 gr., elle est dure et ratatinée. Les autres organes splauchniques (intestins, utérus...) sont normaux.
Observation XII.
Paralysie générale. — Marche d'abord lente. — Affaiblissement intellectuel. — Troubles moteurs. — Mort au boul de 3 ans de séjour. — Aulopsie.
B..., Catherine, née à Barr (Lorraine), domiciliée à Paris, àgée de 47 ans, ménagère, entre à l’Asile le 11 juillet 1882. Le certificat médical nous dit qu’elle est à l’Asile Sainte-Anne depuis le mois de décembre 1881, comme atteinte de paralysie générale avec affaiblissement intellectuel, idées de satisfaction, conscience incomplète de ses actes, « Magnau ».
A son entrée à l’Asile de Fains, B..., paraît avoir l’intelligence très obtuse ; elle répond avec lenteur aux questions qu’on lui pose ; elle a de l'embarras de la parole et des tremblements fibrillaires des lèvres. La pupille gauche est plus dilatée que la droite.
Août. — L'Etat intellectuel n’a pas varié ; mais sa parole est moins embarassée et ses pupilles sont sensiblement égales ; elle s'amuse à plier des compresses et répond aux questions qu’on lui pose. La démarche est toujours embarrassée ; on est obligé de la conserver à l'infirmerie. Parfois elle est malpropre.
Septembre. — Même état mental ; la paralysie fait des progrès ; la malade est incapable de toute occupation ; la parole est embarrassée, les réponses sont lentes et difficiles. Elle mange et dort assez bien la nuit.
B..., a eu plusieurs attaques épileptiformes au commencement d'octobre, ce qui nécessita son maintien au lit. (Révulsifs sur le tube digestifs ; sinapismes aux extrémités inférieures). Elle reste pendant plusieurs jours à la suite de ses attaques dans une espèce de coma.
Novembre et décembre. — Rien de particulier à signaler dans l’état mental ; paralytique calme, n’ayant en aucune façon conscience de sa situation. Ne pouvant plus se tenir sur ses jambes, elle reste
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le plus souvent alitée. En décembre elle a eu plusieurs poussées congestives que l’on a conjurées par des révulsifs et un vésicatoire à la nuque. Le 20 décembre, elle est dans un état moins grave, mais elle ne recouvre ni l’usage des membres, ni la parole. Alitée malpropre.
Janvier 1883. — Etat stationnaire ; B... ne parait pas très affaiblie malgré ses nombreuses attaques. Le 19 janvier, elle a eu une nouvelle série de poussées congestives ; elle est dans une sorte de coma, ne répondant rien, et ne présentant aucun signe de motilité. on lui prescrit le lav-purgatif du codex. Le lendemain elle parait un peu plus éveillée.
Février et mars. — B... est continuellement alitée; elle parle avec beaucoup de difficulté et montre une très grande hésitation dans ses réponses. Elle mange assez bien. Parfois elle a de fréquentes poussées congestives. Le plus souvent elle est malpropre. Elle présente de larges eschares au sacrum, eschares plus profondes à droite qu'à gauche (pansements avec charpie et eau chlorurée).
Avril. — Toujours alitée, malpropre, selles et urines involontaires; œdème de la face. B... s’affaiblit de plus en plus ; loin de tendre à se cicatriser, les eschares ne font que croître et augmenter en largeur et en profondeur, et le 13 avril, B... succombe par suite des progrès de sa paralysie.
L’autopsie confirme le diagnostic.
A l’ouverture du cràne, on constate un vaste épanchement serocitrin dans les méninges et les cavités ventriculaires.
De nombreux prolongements fibreux s'étendent de la dure-mère à l’arachnoïde.
Les membranes se décortiquent assez facilement sauf aux bases des lobes sphénoïdaux.
L’encéphale pèse 1,040 grammes. Il présente une consistance ferme et par place l’arachnoïde est adhérénte à la substance cérébrale.
Le cerveau pèse 845 grammes. L’hémisphère droit 420 grammes, le gauche 425 grammes,
Le 4 ventricule présente des granulations à l’aspect chagriné (langue de chat).
La moelle pèse 45 grammes. Elle est injectée par place et ne présente pas de traces de ramollissement.
Les poumons sont normaux sauf le lobe inférieur droit qui est hépatisé ; le lobe gauche est congestionné.
Le cœur pèse 285 grammes. Il est volumineux, son tissu est flasque et de couleur pâle. L
Le foie pèse 1,325 grammes. Il est graisseux par place et congestionné.
Les reins sont pàles et graisseux, le gauche est plus volumineux que le droit, le premier pèse 180 grammes, le deuxième 65 grammes, il est petit et sclorosé.
La rate est volumineuse, elle pèse 190 grammes, elle est gorgée de boue splénique.
Les autres organes paraissent normaux.
La marche de la paralysie présentant pour caractère de n’être pas régulièrement continue et progressive, on rencontre des cas où l’accélération de la marche ne se manifeste pas dès le début. L’évolution peut être d’abord normale et même lente d’abord, puis la marche s'accélère ; mais généralement les troubles moteurs s’accentuent dans ce cas.
Nous pouvons résumer rapidement ce que nous avons exposé dans ce chapitre. Dans un certain nombre de paralysies générales que nous avons eu sous les yeux, et dont nous avons donné les observations, la marche de la paralysie générale a été accélérée quand les troubles moteurs apparaissent avant le délire et quand les accidents paralytiques ou les convulsions survenaient comme une véritable complication...
Nous avons maintenant à poursuivre notre étude en examinant les cas où la marche de la maladie a été ralentie.