‹ Contribution à l'Étude de la Marche de la Paralysie GénéraleChapitre 17 sur 20 · AR · texte numérisé non relu

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Observation XV.

Paralysie générale débutant par des accès maniaques. — Faiblesse intellectuelle. — En 1879, paralysie générale confirmée par l'embarras de la marche, de la parole ef des idées de satisfaction. — Marche très lente.

P... (Ernestine), née à Neuves-Maisons, àgée de 24 ans, domiciliée à V... (Meuse), mariée, sachant lire et écrire, entre d'office le 31 janvier 1878 à l’Asile de Fains.

Le certificat médical nous dit que le père de P... est mort aliéné, atteint de paralysie générale ; qu’elle à été atteinte de fièvre typhoïde avec délire grave en août 1874 à Châlons-sur-Marne. En 1875 (août), elle à été internée à l’asile de Chälons, elle en est sortie paraissant guérie mais les troubles intellectuels ont reparu. j

A différentes reprises elle a frappé sa mère, son beau-père; on était obligé d'exercer sur elle une surveillance continuelle, sans quoi elle prenait la fuite, n’ayant plus aucune notion du bien et du mal. Son exaltation était devenue continuelle et elle refusait toute nourriture.

A son entrée à l’Asile de Fains elle présente de l’incohérence dans les idées et un état de surexcitation qui la porte à commettre toutes sortes d'actions déraisonnables.

Février et mars. — P... n’a pas changé depuis le moment de son entrée ; elle est toujours aussi incohérente ; elle s’occupe un peu à la buanderie. Sa santé physique est actuellement bonne.

En juin elle va mieux, mais elle ne se rend pas bien compte de sa position ; elle est toujours un peu incohérente et elle avoue qu’elle est incapable d'écrire à son mari. Cependant elle s’occupe et travaille au ménage. :

En juillet elle se rend mieux compte de sa position. L'amélioration persiste jusqu’au mois de janvier 1879. Elle raisonne assez bien, elle s'occupe à divers travaux d’aiguille, elle tricote, elle est calme, mais elle manque encore de fixité dans les idées.

| En 1879. — La malade présente un état de demi-stupeur, elle est calme, inégalité pupillaire, embarras dans la marche et la parole, état chronique, absence d'activité, intelligence très affaiblie.

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Janvier 1880. — Rien de particulier à noter, P... a eu des vertiges en mars, elle présente un état de torpeur habituelle.

En 1881. — Etat stationnaire, intelligence affaiblie, manque d'énergie, apathique.

En 1882. — Démence paralytique, elle a la parole lente et embarrassée, les mots lui viennent très difficilement, la mémoire lui fait défaut, santé physique relativement bonne, elle s’occupe à la buanderie.

En 1883. — Pas de changement, état mental stationnaire, démence paralytique à marche lente. Elle s'occupe assez volontiers ; l'embarras dans la marche et la parole ne paraît pas augmenté.

1884. — Démence paralytique. Erysipèle de la face sans gravité (purgatif et frictions avec axonge benzoïné). Elle va mieux et s'occupe à tricoter. Grand embarras de la parole. Elle s'explique avec beaucoup de peine ; hésitation de la parole, tremblement des lèvres et de la langue ; inégalité pupillaire. |

La santé physique est bonne. P... s'occupe à la buanderie et se plaint parfois de douleurs vagues ; l'embarras de la parole persiste, mais n’augmente pas.

L'observation XV montre une démente paralytique chez laquelle le début de la maladie remonte déjà à neuf ans. En 1875 elle a eu un accès nécessitant la séquestration à l’Asile de Châlons. Elle a été considérée comme guérie, et le diagnostic de paralysie générale ne parait pas avoir été porté à cette époque. Il s'agissait, en effet, d’une des formes de la démence paralytique dans laquelle les troubles intellectuels dominent et les troubles moteurs n’ont pas été reconnus. La guérison n’était qu’une rémission, la maladie a repris son cours. Depuis plusieurs années, la paralysie générale reste confirmée sans dépasser la période moyenne.

Observation XVI.

Paralysie générale. — Embarras de la parole. Fe Troubles musculaires. — Eschares. — Rémission en 1877. — En 187$ démence. — Etat stationnaire. — Marche lente. — Idées de satisfaction.

C..., Marie, née à Melun le 16 mars 1848, domiciliée à Paris, céli-

| — 57 — bataire, âgée de 28 ans, fieuriste, sans instruction, entre à l’Asile de Fains le 31 janvier 1876.

GC... nous vient de l’Asile de Vaucluse ; le certificat médical nous dit que mademoiselle C... présente un affaiblissement des facultés intellectuelles, qu'elle à des idées de satisfaction avec préoccupations hypochondriaques, enfin qu’elle présente les symptômes physiques de la paralysie générale.

À son entrée à l’Asile, on constate un grand affaiblissement de l'intelligence, des symptômes physiques de paralysie générale. Embarras de la parole, affaiblissement musculaire, incertitude de la marche, pupilles très accentuées et inégales.

Elle présente un état mental stationnaire ainsi qu’une santé physique relativement bonne jusqu’au 10 août. On constate chez elle, sans cause occasionnelle, une eschare dans la région fessière du côté droit. Cette eschare d’abord limitée, tend à s’accroitre de plus en plus comme cela arrive le plus habituellement chez les paralysés généraux.

Septembre et Octobre. — Pas de changement dans l’état mental ; l'amélioration de la santé physique est manifeste ; les eschares qui s'étaient montrées au sacrum se sont cicatrisées. Les symptômes de paralysie générale paraissent moins accentués.

Novembre et Décembre. — Idées de satisfaction. Léger embarras de la parole ; pas d'idées de grandeur, de richesses. Tremblement fibrillaire de la langue. Palpitations nerveuses du cœur.

Au commencement de janvier 1877, C... paraît jouir d’uné période de rémission dans le cours de la paralysie générale dont elle était atteinte. Cet état remittent dure toute l’année.

En 1878. — Elle a la manie de voler tout ce qu'elle voit à ses compagnes. Son état mental est stationnaire ; sa faiblesse intellectuelle est de plus en plus manifeste. Elle a des idées enfantines.

En 1879. — La démence paralytique est stationnaire ; la pupille gauche es plus contractée que la droite. Contentement exagérée d'elle-même. Parole embarassée.

1880. — C... ne s'occupe pas ; sa santé physique est relativement bonne ; les symptômes de sa paralysie générale restent stationnaires.

En juin et juillet, elle a une éruption furonculeuse à la face; la

cicatrisation est très difficile ; enfin C... guérit de ses furoncles.

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1881-82. — L'état mental demeure stationnaire ; l'intelligence est affaiblie ; C... s’occupe un peu à plier le linge.

1883. — Rien de particulier à noter ; caractère très susceptible ; C... toujours contente d'elle-même, tantôt rit, tantôt pleure sans motif. La santé physique est bonne.

1884. — Mademoiselle C... présente le même état mental; c’est une démente calme qui se livre parfois à quelque occupation, mais elle a toujours de l’embarras dans la marche et la parole.

L'observation XVI est celle d’une femme qui est traitée à l’Asile de Fains depuis plus de huit ans et avait séjourné auparavant dans les Asiles de la Seine. Nous manquons de détails sur la période de début et l’arrêt de la maladie a été marquée par la production d’une eschare dont la cicatrisation a été assez longue. La rémission n’a pas été complète, et M. Voisin attribuerait certainement ce temps d'arrêt et l’état stationnaire consécutif à la suppuration prolongée due aux eschares. Nous nous bornerons à remarquer que la rémission a porté surtout sur les troubles moteurs, et que l’état mental s’est peu modifiée.

Cette observation peut à ce point de vue être rapprochée de l’observation XIV.

Observation XVII.

Paralysie générale. — Excès alcooliques el autres. — Idées de satisfaction. — Marche lente. — Pas de troubles moteurs, si ce n'est un léger embarras dans la parole. — Marche très lente.

. — Juin 1881.

B... (Anne), née à Joigny, domiciliée à Paris, âgée de 56 ans, ménagère, sans instruction, célibataire, arrive de l’Asile de Sainte-Anne le 11 juillet 1882, où elle était séquestrée depuis le 5 juin 1881.

Le certificat du D' Régis constate chez B... un affaiblissement intellectuel (suite d’excès alcooliques et autres) avec idées hypochondriaques et confuses, et quelques symptômes physiques de paralysie générale. Contentement absurde d’elle-même. Inégalité pupillaire. Pas d’hésitation appréciable de la parole.

A son entrée à l’Asile de Fains, B... présente un notable affaiblisse-

ment intellectuel ; elle se montre toujours très satisfaite et déclare qu'elle se plaisait beaucoup à Sainte-Anne et trouve qu’à Fains le pays est charmant ; qu'il y à de belles cours et de beaux jardins. Elle se plaît beaucoup à l’Asile, elle est d’une excessive politesse ; elle demande chaque jour au médecin en chef des nouvelles de sa santé. B paraît n'avoir nullement conscience de sa situation.

Août et septembre. — Mêmes idées de satisfactisn. B..… s'occupe régulièrement à la couture ; chaque matin, à la visite, elle nous adresse

B... n'offre rien de particulier à signaler depuis son entrée. Elle s'occupe régulièrement.

En janvier 1883, B... se plaint de temps en temps de douleur d’estomac (on lui prescrit de la magnésie calcinée). Le lendemaïn, à la visite, elle remercie de toutes nos bontés. B... est toujours très Calme et d’une excessive politesse. Les idées de satisfaction persistent depuis son entrée, et l’état mental demeure stationnaire.

En janvier 1884, B... présente toujours le même état, les mêmes idées ; elle est toujours très gaie, elle rit à tout propos, nous adresse chaque matin, à la visite, de nouvelles félicitations. B... s'occupe régulièrement à la couture et se montre toujours très calme et bienveillante.

La maladie qui fait l’objet de l'observation XVII est une aliénée venue des Asiles de la Seine et sur laquelle nous manquons de renseignements précis pour la période de début. Elle est traitée depuis trois ans seulement ; mais la maladie ne fait pas de progrès sensibles, et le certificat de 24 heures, délivré lors de l'admission à l’Asile Sainte-Anne , pourrait être reproduit presque textuellement pour exprimer l’état actuel. Les troubles moteurs de la paralysie générale existent et permettent de maintenir le diagnostic ; mais ils sont peu marqués et ne s’accentuent pas, tandis que les troubles intellectuels motivent le maintien de l’aliénée dans un Asile.

Observation X VIII.

Paralysie générale à forme lente. — Excès alcooliques. — - Hérédilé. — Conceptions gigantesques. — Idées de grandeurs .. au début. — Violence des actes. — Embarras de la parole.

— Faiblesse intellectuelle.

H... D..., âgé de 38 ans, marié, père de famille, ex-clerc de notaire à B..., pendant 5 ans, franc-tireur pendant la guerre de 1870-71, aujourd'hui propriétaire cultivateur à B..., (Meuse), nous arrive le 9 novembre 1881. Le certificat médical constate que H..… est atteint de paralysie générale à son début, caractérisée par des idées de grandeurs et de richesses et affaiblissement de la mémoire « docteur X. »

H... de taille robuste a, comme antécédents héréditaires, un oncle paternel mort aliéné à l’Asile de Saint-Dizier. Son père et sa mère existent encore bien portants. Jamais H... n’a fait de maladie depuis l’âge de 6 ans, époque à laquelle il à eu la fièvre typhoïde et serait resté sans connaissance pendant trois semaines ; depuis, jamais il n’a été malade, toujours bien portant relativement.

En août 1881, il fit des achats ridicules ; il changea avec perte de jeunes chevaux pour des vieux ; il fit construire un bâtiment sans fondation, etc... I fit des excès alcooliques, se fit remarquer par des actes extravagants et une conduite peu régulière.

Il alla emprunter de l’argent dans une banque ; il voulait acheter les vignobles de meilleur erû, quitter sa culture pour se mettre marchand de vin en gros et marchand de biens ; il divague et commet des actes extravagants tous les mois d’août et septembre.

Au commencement de novembre il est pris d’un délire plus actif ; il dit qu’il a des affaires à régler avec un notaire chez lequel il a été clerc ; il dit que ce dernier à fait en sa faveur un testament mystique de 56 millions et il cherche tous les moyens pour aller trouver ce notaire. Contrarié par son père dans ses idées, il le prit en grippe, le mordit et lui coupa l'extrémité du petit doigt avec ses dents, parce que ce dernier avait caché les harnais de ses chevaux pour l'empêcher de pourchasser son notaire. H... a des idées de grandeurs, de richesses, 1l ne rêve que milliards et millions.

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L'affection est continue depuis le mois d’août et depuis ce moment

H... ne mange presque pas et ne dort pas la nuit.

A son entrée, le 9 novembre, on constate chez M. H..…. un individu bien musclé, ayant un facies alcoolique. Il nous raconte au long ses malheurs ; il est très remuant, Casse les vitres, brise les barreaux des portes pour s'enfuir ; on est obligé de le camisoler. Il prétend qu’on l’a enfermé par mégarde et demande à sortir pour aller réclamer à son notaire les 56 millions qu'il lui a donnés.

En décembre il profite un jour du moment que le gardien était occupé à servir le déjeuner, il s’'évade, saute les murs, va jusque € Lee lui d’où on le ramène.

Janvier 1882. — H... cherche sans cesse à s'évader ; il se querelle avec ses gardiens et tâche de leur prendre leurs clefs. Mêmes idées de grandeurs et de richesses. Il écrit à sa petite fille de bien travailler, de bien étudier, qu'il lui fera faire des études complètes, apprendre le grec, le latin. I lui dit d'essayer d'aller à l’école polytechnique, qu'elle S’habillera en homme, etc. Il lui promet d'aller lui porter au couvent quelques bouteilles de Bordeaux, etc. pour lui faire du bien.

- Février. — H..., est parfois très grossier et malpropre; il n’a pas conscience de son état. Il reçoit une lettre de sa petite fille, il en est content. Il lui répond en se plaignant amèrement de la conduite de sa mère madame H...; il lui dit qu'il est désolé, qu’il ne comprend pas comment elle fréquente un tas d'individus, ete... Il lui écrit qu’il fera son éducation grecque, latine, qu'il traduit ces langues à livre ouvert , etc. Il ajoute qu’il s’ennuye beaucoup à la maison, qu’il pense la quitter le plus tôt possible. Il lui demande si elle sait qu'il est Président de la République, qu’elle doit en avoir entendu parler par les journaux. Puis il revient à la conduite de sa femme ; il dit à sa fille de ne pas l'imiter, de bien se conduire, qu’elle sera heureuse, qu’elle ira passer sa vie avec lui à la Présidence, qu’il divorcera d'avec la mère qu’il abhorre, etc.

Il écrit aussi à sa femme et lui adresse des reproches ; il l’accuse de fréquenter depuis 4 semaines un de ses amis qui resterait, à son dire, chez lui en permanence, et le traite de saligot.

Il demande à sa femme quelques nouvelles de son train de culture ; il lui dit qu’il lui semble que sa jument a accouché de 3 poulains etil termine en l’exhortant à changer de vie.

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