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Mars, avril, mai.—Etat mental stationnaire ; santé physique bonne ; H... est parfois bruyant ; il offre des milliards à qui voudra le faire sortir de l’Asile ; il mange et dort bien la nuit et reste dans la plus grande insouciance.
Juin.— Souvent il lance des listes de proscriptions contre ceux qui le contredisent dans ses caprices ; il offre des millions à celui qui lui apportera son costume de grand Chambellan, de général avec ‘son épée et son révolver ; il sera, dit-il, directeur, officier de la Légion d'honneur avec rosette, etc. |
Juillet et août. — Même état mental ; H... cherche à fuir ; il se cache la tête pendant le jour sous son édredon et ne veut pas qu'on lui parle ; ayant été contredit par son gardien, il le révoque, et se donne les titres de duc de Magenta, prince d’Alsace-Lorraine, Dieu I Terrible.
Le 30 août 1882, il est interdit par un jugement du tribunal de Bar-le-Duc.
Septembre et octobre. — H..…. écrit des non-sens et ne cesse d'écrire ; il griffonne continuellement du papier; son écriture est lisible et non tremblée, mais la marche est chancelante ; les pupilles sont égales ; il mange et dort bien la nuit. Lorsque sa famille vient le voir, il la reçoit très mal, et à peine l’a-t-il vue, qu'il part immédiatement pour se remettre à ses écritures qui lui coûtent si cher!
Novembre et décembre.— Etat stationnaire ; de temps én temps, il se plaint de maux de tête, il nous dit que nous n’auscultons pas sa tête, etc., il nous réclame des bains d’opium et d’ellébore. Parfois il se montre violent et frappe les infirmiers ; il se dit Dieu Terrible, Prince des Etoiles, etc.
Janvier 1883. — Même état mental ; H... écrit continuellement, il se perd dans les millions et les millards ; il se proclame Dieu I°'; tous les membres de sa familles sont immortels ; il ressuscite les morts et prétend guérir les blessés. Il doit toujours rester jeune et beau (bouffissure de la face). Pas d’albumine dans les urines. Il est calme lorsqu'on parait disposé à céder à ses caprices. Il mange et dort bien la nuit. |
Février et mars. — Il est parfois violent, lance des édits de proscription contre ceux qui ne partagent pas ses idées, etc. Ses amis, il les nomme commandeurs de la légion-d’honneur. Il parle avec assez de
facilité, quoique les mots ne lui viennent pas très facilement ; il écrit toute la journée et prétend qu'il sait écrire en russe, anglais etc. Sa signature devient illisible et indéchiffrable, elle occupe 8 lignes.
Avril et mai. — Etat mental stationnaire. H... a parfois des idées érotiques ; il parle de ses épouses-et de ses femmes ; il met en doute l’honnêteté de toutes les femmes, et.demande un bain de 8 heures pour ses épouses et servantes.
Il dresse des listes de menus pour ses repas (vins fins et mets exquis dignes du Président des Dieux et de la République française). Il a de temps en temps des poussées congestives et souvent il se jette sur ses gardiens qui veulent le maintenir.
Juin et juillet. — Pas de changement, H... a toujours les mêmes idées de grandeurs ; tout ce qu’il dit et écrit est vide de sens, grande mobilité d'idées. Souvent il se promène dans le corridor en chancelant ; il frappe contre le mur en parlant, il dirige, il ne veut que des choses de la Présidence il s'adresse aux grands personnages.
Octobre, novembre et décembre. — L'état mental ne varie pas, H... est toujours irrité contre sa femme et parfois contre les gens du personnel ; il se déchire la figure et ne sent pas les plaies qu’il se fait ; il s’est égratigné les organes génitaux et les jambes (sensibilité générale émoussée). H... a des poussées congestives le soir, lorsqu'on veut le faire coucher, souvent il est bruyant, on est obligé de le camisoler. Veut-t-on lui donner du chloral, il nous accuse d’empoisonneurs, nous envoie aux Enfers et menace de nous réduire en poussière.
Janvier 1884. — Paralysie générale confirmée. Idées de grandeur ; embarras de la parole ; faiblesse intellectuelle, perte de la mémoire et démarche chancelante. H... est parfois calme, parfois agité; il continue à se déchirer la figure et à se faire des plaies ; il ne sent absolument aucune douleur. Il écrit encore, mais à peine si on peut
‘déchiffrer ses non-sens et ses listes de proscriptions.
Son activité est exagérée, 11 va ét vient, nous dit qu'il dirige le camp de Châlons, etc. Il a du tremblement des lèvres et de l’inégalité pupiliaire. Sa santé physique est bonne.
L'observation XVIII est celle d’un homme chez lequel persiste depuis plusieurs années le délire des grandeurs le plus exagéré, et les
= idées de grandeurs n'ont fait que croître sans que les troubles moteurs fissent de grands progrès.
A son entrée, le malade ne réclamait que 56 millions et n’était que Président de la République ; il est devenu sous nos yeux Duc de Magenta, prince d’Alsace-Lorraine, puis Dieu If et enfin président des Dieux. Il ne compte plus ses milliards et quand il signe ses arrêts, sa signature occupe une demi-page, afin de rappeler une partie de ses titres.
Observation XIX.
Paralysie générale. — Début remontant à 3 ans avant l'entrée à l'Asile. — Embarras de la parole. — Gâteux. — Idées de satisfaction. Marche incertaine. — Quelques poussées congestives. — Marche lente.
G... (Nicolas), àgé de 42 ans, marié, Journalier, sachant lire et écrire, entre à l’Asile le 26 février 1881. On ne connait pas d’aliénés dans la famille de sa mère ; il est enfant naturel : il est père de deux enfants qui se portent bien.
Il a donné les premiers signes de trouble mental il y a trois ans. À cette époque il a commencé à négliger son ouvrage, et bientôt n'a plus voulu s'occuper. De temps en temps il était agité et bruyant. La langue est devenue embarrassée à la même époque ; il n’aurait jamais eu de délire des grandeurs bien caractérisé ; mais le malade, au bout de quelques mois, est devenu gâteux. Depuis quelques semaines seulement, il a cessé d’être malpropre. La marche est devenue mal assurée, et G..…. porte encore aux pieds les traces d’une brülure au 2° degré qu'il s’est faite en versant de l’eau bouillante. Tels sont les renseignements fournis par sa femme.
A son entrée à l’Asile, G... est calme et paraît satisfait ; il dit venir chez nous pour se guérir les brûlures de ses pieds. Il ne manifeste pas d'idées de grandeurs, mais seulement des idées de satisfaction exagérée qui l’'empêchent de se rendre compte de son affaiblissement physique et intellectuel.
Mars. — Pas de changement à signaler ; intelligence affaiblie ; marche incertaine, langue embarrassée et idées de satisfaction.
Avril. — L'état du malade est stationnaire. Il mange et dort assez bien la nuit. Il marche très péniblement et se tient à peine sur ses jambes.
Mai. — L’affection fait des progrès. Le malade est pris de diarrhée. Il monte à l’infirmerie. On lui prescrit du bismuth, de la tisane de riz, des boulettes de viande crue.
Juin. — Rien à signaler. Il va mieux et redescend dans la cour, où il se promène parmi les autres malades.
Juillet. — Etat stationnaire. Il crie de temps en temps et nous réclame du papier pour écrire chez lui. Son écriture est illisible.
Août. — Il a de fréquentes poussées congestives. On est obligé de le faire coucher, et on lui prescrit des toniques pour le relever La diarrhée le reprend (laudanum et bismuth) et se passe au bout de quelques jours. ;
Septembre. — Il se porte un peu mieux ; on le fait redescendre à son quartier ; il gémit, nous réclame sa sortie tous les matins à la visite ; il appelle sa femme, ses enfants, sa mère, etc. ; il nous demande chaque jour si nous n’avons pas de lettre pour lui, qu’on lui donne ses effets et qu’il partira dimanche. |
Septembre. — Il parait moinsen proie aux poussées congestives ; il va et vient en chancelant dans la cour avec les autres malades; il reste dans la plus grande inactivité ; il se couche à l’ombre sous les tilleuls. Il mange bien. mais ne dort pas la nuit (chloral, 3 gr. en potion). |
Novembre. — Rien de particulier à noter. Dément paralytique nous réclamant continuellement ses effets pour aller chez lui, et articulant d’une façon presque incompréhensible. Il dort peu la nuit et crie en appelant sa mère, etc. Le chloral et l’opium lui sont administrés sans résultat.
Décembre. — Il parle et marche avec beaucoup de difficulté et nous fait chaque jour les mêmes demandes : aller chez lui, voir sa femme et ses enfants. Reçoit-il une lettre, il la lit avec beaucoup de peine. S'il tente de répondre, il fait des hiéroglyphes illisibles ou incompréhensibles, vu l’incoordination des mouvements qu'il présente depuis
longtemps.
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Dr Obe Janvier 1882. — Même état mental. Pendant le cours du mois, il n'offre rien des particuler ; tantôt il crie, tantôt il est calme ; mais le plus souvent il a de l’insomnie malgré la potion au chloral. Il n’a nullement conscience de ses actes, et il est incapable de toute occupation. IL offre toujours de l'embarras dans la marche et la parole. En février, les attaques épileptiformes sont moins fréquentes. Il nous réclame toujours ses vêtements pour repartir à la maison et aller voir sa femme et ses enfants. Lorsqu'on vient le voir, il jette des cris
et pleure amèrement ; puis quelques instants après il se met à rire
(sensibilité générale affaiblie).
Si on lui pose quelques questions, il est incapable d’y répondre.
Le même état dure tous les mois de mars, avril, mai, juin, juillet. Il crie la nuit et le jour malgré le chloral et l’opium.
En août, même état. Marche peu sûre, voix saccadée, tremblement des lêvres, parlant difficilement.
En septembre, octobre, novembre, il ne cesse de crier ; il appelle sa mère, sa femme, ses enfants. Les calmants sont prescrit sans succès.
Décembre.— Ilse promène dans les corridors, crie un peu moin, et à la visite il répète son nom à toutes les questions qu’on lui pose.
Janvier 1883. — Dément paralytique présentant un état stationnaire quoique le plus souvent il crie une partie du jour et de la nuit. On le fait monter à l’infirmerie, car il s’ffaiblit de plus en plus ; œdème des extrémités inférieures. On l’ausculte ; on ne constate rien du côté du cœur ; aux poumons des râles de bronchite. Il est malpropre. Quinze jours après, on constate une amélioration notable ; l’œdème a disparu complètement après le repos au lit et la diéte lactée.
En février on le fait redescendre au quartier où il crie toute la Journée.
En mars il présente le même état. Cependant on le distrait en lui faisant casser des cailloux pour le jardin. Malgré cette occupation il
crie et répète son nom et 1l appelle sa mère.
Avril. — Même état mental ; il se couche sur les bancs dans la cour
et continue à crier. Il se couche où bon lui semble ; on le fait rentrer
en vain. (Sarcoptes, pommade d'Helmerich et bain savonneux). Mai. — Santé physique meilleure ; il a moins crié ce mois. Il parle
Das
EE 67 2 toujours avec beaucoup de difficulté et marche en titubant et trainant les jambes.
Juin, juillet, août, septembre, octobre, novembre, décembre même état. Il crie de temps en temps et surtout à la visite il nous réclame sa sortie pour aller voir sa femme, sa mère et ses enfants.
Janvier 1884. — Rien de particulier à noter.
Février et mars. — Même état mental. G..… crie continuellement ; son langage est inintelligible ; il rit avec un air niais et hébété. Sa santé physique est relativement bonne. Il va et vient, chancèle dans la cour en criant le plus souvent, malgré le chloral et le bromure qu'on lui à administrés.
Avril, mai et juin. — Rien de particulier à noter, ce malade à une santé physique relativement bonne ; il crie tous les jours à la visite, réclame sa sortie, il répète toujours les mêmes mots qui sont inintelligibles pour ceux qui n’ont pas l'habitude de l'entendre. Il mange et dort assez bien la nuit.
Dans l’observation XIX les troubles moteurs sont plus accentués,
et le délire est moins actif, mais nous constatons un état général d’excitation rappelant à s’y méprendre la manie chronique, et quand on voit le malade assis sur un banc gesticulant et criant, on constate un aspect tout différent qu’au moment où le malade vient à nous avec une démarche incertaine et nous adresse des paroles peu intelligibles à cause de l’embarras de la langue.
Nous avons pu ainsi observer la contre partie des cas où la marche de la paralysie générale a été accélérée et la prédominance des troubles intellectuels a coïncidé avec le ralentissement de la marche de la maladie.
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