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CHAPITRE V

Les Diurétiques d’origine animale

La différence entre les diurétiques que l’on retire des organismes animaux et ceux provenant du règne minéral ou végétal est moins importante qu’on pourrait le croire. Presque toutes les substances que nous venons d’étudier à l’exception des dérivés mercuriels se retrouvent dans les organismes animaux.

L’urée introduite en thérapeutique par Ségalas en 1822 est rangée parmi les meilleurs diurétiques par Trousseau el plus tard par Josué et Parturier en 1917. L'urée à dose de 25 grammes par jour serait un excellent stimulant de la cellule rénale et provoquerait une abondante élimination des corps azotés. Il ne semble pas que les vues de ces auteurs se soient pleinement vérifiées et si l’action diurétique de l’urée est dans certains cas indiscutable, dans d’autres cas son action est nulle et il n’est pas certain qu’elle soit tout à fait inoffensive. L'emploi de l’urée

provient de l’utilisation ancienne de l'urine comme diu-

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rétique. Celle-ci semble dans certains cas posséder une action importante sur la diurèse, ainsi qu'il'ressort des expériences de Rathery et Carnot sur les urines de crise. Ces urines prélevées au moment de la débâcle critique et injeetées au chien se montrent fortement diurétiques. Mais cette propriété semble ètre indépendante de leur teneur en urée et paraît être due plutôt à un corps non défini.

L'influence du régime lacté sur la diurèse est une no: tion qui remonte à Hippocrate. Notre maître Maurice Renaud et ses collaborateurs ont cherché à isoler la ou les substances, contenues dans le lait, qui agissent dans ce sens. Is ont trouvé que le lacto-sérum ou petit lait conservail les propriétés diurétiques du lait entier, sans, bien entendu, sa valeur nutritive en raison de l'élimination de la caséine et des graisses. Notre maître le Docteur Maurice Renaud s’est livré à l'étude du Lacto-Sérum et désigne sous ce nom le liquide dans lequel flotte le caillot, après la coagulation du lait par la présure.

Ce liquide se rapproche du petit lait doux des allemands (Sérum lJactis dulce) il diffère au contraire du petit lait aigre (Sérum factis accidum) obtenu par fer. mentation lactique.

Le Lacto-Sérum est obtenu très facilement en addition: nant de présure du commerce, une certaine quañtité de lait tiède ,;aussi pur et aussi frais que possible.

La quantité de présure qu'il faut employer est celle qui produit une coagulation complète en une heure en: viron.

Grâce à cette première opération, la caséine est élimi

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née. Les albumines qui restent encore en solution dans le liquide sont précités par la chaleur.

On laisse refroidir ; le sérum se sépare du caillot, qu’on Jmorcelle grossièrement. On laisse reposer puis on dé cante plusieurs fois. Mais il faut opérer rapidement afin d'éviter toute acidification du liquide (ce qui modifie ait ses propriétés fondamentales).

Le Lacto-Sérum obtenu par ce procédé est un liquide de säveur agréable, opalescent, légèrement ambré, formé en grande partie de sels et d'Hydrates de carbone. Il ren-

ferme en outre des traces de protéines et de graisse et

-Sans aucun doute un certain nombre de substances (vita

mines, Zymases .produits des glandes à sécrétion interne) qui restent encore à isoler. Il n’est pas interdit de penser que l'action thérapeutique du Lacto-Sérum est due en grande partie à ces substances dont notre maitre poursuit actuellement l'étude. Il est fort difficile du reste de donner une composition centésimale du Lacto Sérum, en raison même de la diversité de composition des laits, qui ont servi de matière première.

La cofhparaison des effets obtenus par l’ingestion de lait, puis de Lacto-Sérum semble démontrer que, si par les albumines, les graisses et les Hyrdates de carbone, le lait est un merveilleux aliment, admirablement appro: prié à l'organisme humain, il se montre en outre, grâce aux substances dissoutes dans le Lacto-Sérum, un excitant de premier ordre des parenchÿmes rénaux et hépatiques, et se comporte comme un agent thérapeutique doué d’une grande efficacité.

L'observation, contrôlée par les procédés les plus M. 4

exacts semble prouver, qu'il y avait intérêt à envisager séparément, dans la prescription du régime lacté, la nutrition et l’action thérapeutique. L’excitation de la fonction urinaire par le lacto-sérum ne peut se produire én effet qu'en dehors de tout processus digestif et celui-ci doit être absorbé isolément et à jeun.

Notre maître, le Docteur Maurice Renaud, en dehors de nombreuses applications thérapeutiques, insiste particulièrement sur l’action du Lacto-Sérum comme modificateur de la diurèse. Dans une série de mémoires publiées à la Société de Biologie et à la Société Médicale des Hôpitaux (mars-avril-mai 1928), Maurice Renaud, après avoir étudié l’action du Lacto-Sérum sur de nombreux sujets, dont les reins étaient normaux ou insuffisant, a démontré toute une série de faits expérimen-

taux :

Après ingestion de Lacto-Sérum, le volume des urines augmente à partir de la quinzième minute jusque vers la 90° Les résultats obtenus sont plus précoces, plus intenses, plus prolongés que par la simple ingestion d’eau.

La concentration des substances éliminées, s'élève malgré l’abondance plus grande de l’eau de dissolution. En effet la densité du liquide s'accroît; les sels dissous en particulier les chlorures, sont plus abondants ; il en est de même pour l'urée, qui est éliminée en quantité triple où quadruple de celle qu’entraîne la simple ingestion d’une même quantité d’eau.

La constante d'Ambard s’abaisse ; si on la mesure à

intervalles plus ou moins rapproché (toutes les quinze

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minutes), on la voit tomber parfois jusqu’à 0,043 en trente ou quarante cinq minutes.

Une injection de Phénol-Sulfo-Phtaleine étant pratiquée 15 minutes après l’ingestion de Lacto-Sérum (temps nécessaire pour que se manifeste l’exitation rénale) on voit apparaître la substance colorante 2ou3 minutes apres l'injection. L'élimination va en s’accentuant jusqu'à la vingtième minute. Elle est en général terminée à la trentième. Ces phénomènes se déclenchent même si l’élimination provoquée du colorant se fait de façon défectueuse après ingestion d’eau. Elle est donc plus précoce, plus rapide et plus complète qu'avec l’eau.

Les observations suivantes prises dans le service de

notre maître semblent démontrer que les résultats cli-

niques concordent avec les données expérimentales.

A. — Le lacto-sérum favorise l’élimination de l’urée et pourrait être classé dans la catégorie des corps que Pic désigne sous le nom de diurétiques azoturiques.

Son emploi est donc justifié dans les néphrites chro-

niques avec rétention azotée.

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