‹ Contribution à l'Étude de la Médication HypnotiqueChapitre 5 sur 32 · M; GR · texte numérisé non relu

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qu’il traduit un ralentissement vital intéressant une très grande partie de notre être psychique et biologique.

C’est ici qu'il convient d’apporter quelques précisions véritablement scientifiques, et sans nous préjuger maintenant des raisons qui font que nous dormons, voyons chez l’homme qui dort le comportement des diverses fonctions ; autrement dit, à côté de la physiologie de l’homme éveillé, voyons ce qu'est celle de l’homme endormi.

Nous connaissons tous, les signes avant-coureurs du sommeil ses prodromes : Au physique, cette sensation interne vague comme celle de la faim ou de la soif, la lourdeur des paupières, l’obnubilation progressive des sens, de la vue d’abord, de l’ouie ensuite ; le bâillement lié à un spasme des muscles sous-hyoïdiens (ce qui prouve que tout n’est pas d’ordre passif dans le sommeil), la lassitude et la fatigabilité musculaires, les troubles de l’équilibre. Au psychique, la diminution de l’attention, la confusion des perceptions, le decrescendo de toutes les opérations intellectuelles et leur dislocation, avec enfin deux phénomènes sur lesquels on a récemment insisté : d’une part, les images hypnagogiques qui ne sont pas encore du rêve et s’en distinguent par la perte non totale de la conscience, leur caractère absolument aberrant et leur neutralité affective ; d'autre part, un brusque et bref tremblement qui coïncide souvent — nous en avons fait la remarque — avec l’apparition ou la disparition desdites images, et marque dans bien des cas l’entrée définitive dans le sommeil.

Les muscles sont alors relâchés, leur tonus est diminué, à l'exception des sphincters, des orbiculaires des paupières, et parfois des fléchisseurs des doigts (surtout chez l’enfant).

Les réflexes sont moins vifs, les pupilles, en dehors de toute excitation lumineuse, se mettent en myosis ; par contre, de par la mise en jeu de l’automatisme médullaire, les réflexes de défense sont conservés, et tenant peut-être à l’irritation du faisceau pyramidal par certaines toxines hypnogènes, on enregistre quelquefois un léger signe de Babinsky.

Les diverses sensibilités sont considérablement émoussées, à la fois par élévation du seuil d’excitabilité et par diminution de la conductibilité nerveuse.

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Dans leur ensemble, les fonctions de nutrition sont peu touchées ; néanmoins, il est intéressant de noter quelques modifications qui ont donné lieu à des interprétations du sommeil.

La respiration se ralentit et prend parfois le type inverse, avec diminution de la ventilation pulmonaire et augmentation de la tension alvéolaire du CO’, ce qui a fait dire qu’il se produit une mise en réserve d'oxygène.

Les mouvements cardiaques diminuent de fréquence, ce qui semble être l’indice d’une prévalence fonctionnelle du nerf vague. La tension artérielle maxima descend un peu (c’est à une chute particulièrement brusque de cette tension qu’on a attribué certains réveils soudains) ; il y a parallèlement vaso-dilatation générale.

Les sécrétions externes sont amoindries, les urines, en particulier, sont réduites, et qualitativement, dans des recherches déjà anciennes, Bouchard distinguait les urines du sommeil convulsivantes et les urines de la veille narcotiques.

Les sécrétions internes seraient également diminuées, et c’est ainsi que des modifications survenant dans la sécrétion interne du pancréas résulterait une tendance à l’acidose du plasma ; tandis que de celles survenant dans la sécrétion du corps thyroïde dépendrait le fléchissement du métabolisme basal.

Enfin, la température centrale s’abaisse, ce qui dans une certaine mesure, rend compte du frisson prémonitoire signalé plus haut. : ; <

Les théories sont nombreuses, qui ont été proposées pour expliquer le mécanisme du sommeil, les causes qui interviennent pour le produire et le mode d'intervention de ces causes.

On a tout d’abord invoqué l’anémie cérébrale mise en évidence par Mosso, pendant le sommeil, au cours d’expériences célèbres qui ont par ailleurs démontré que les excitations venues du monde extérieur, si elles ne parviennent pas jusqu’au champ de la conscience, ont néanmoins leur répercussion sur le cerveau, où elles s'inscrivent par des variations en plus ou en moins de la vascularisation de cet organe ; mais ces expériences n’ont nullement élucidé le mécanisme du sommeil, il y faut seulement voir un cas particulier de ce fait général qui veut qu’un organe qui travaille soit plus abondamment irrigué que le même organe au repos ; en faisant de

cette anémie cérébrale la cause du sommeil, on a simplement pris l'effet pour la cause.

Les investigations histologiques oni essayé de résoudre le problème, en décelant les modifications structurales des cellules cérébrales : Il se produirait, par rétraction, un isolement du neurone sensitif cérébral, des cellules motrices du cortex ; c’est cet isolement qui serait la condition du sommeil, d’un sommeil plus ou moins profond, selon le degré de rétraction des éléments neuroniques ; cette rétraction, à son tour, serait due à des produits toxiques élaborés pendant la veille.

Nous passons donc à la théorie toxique du sommeil, celle qui, se fondant à l’origine sur les recherches de Bouchard, admet que le sommeil correspond à la mise en circulation des déchets organiques de la veille, pour lesquels il réaliserait ainsi une sorte d’autoélimination. La théorie toxique a été reprise dernièrement par Legendre et Piéron qui ont observé, dans les lobes frontaux de chiens maintenus réveillés et soustraits à toute cause de fatigue, des lésions rejoignant celles décrites par Ranvier dans la théorie précédente ; lésions temporaires et qui seraient produites par une substance contenue dans le liquide céphalo-rachidien, lequel, injecté à d’autres chiens, provoque rapidement le sommeil. Les auteurs ont appelé cette substance : hypnotoxine, et ils ont pris soin de la distraire des toxines de la fatigue qui, elles aussi, ont servi à expliquer le sommeil.

A propos de cette notion récente de l’hypnotoxine, d’autres auteurs, conférant au sommeil la valeur d’un instinct, ont soutenu que le sommeil apparaît pour prévenir l’action nocive de l’hypnotoxine, avec ce caractère d’anticipation qui est en effet le propre de l'instinct.

D’autres substances ont été incriminées dans leur métabolisme, telles le calcium et l’eau.

Nous arrivons enfin à la théorie des centres qui, envisageant le sommeil en tant que fonction distincte, active, ne résultant pas exclusivement de l’épuisement des centres nerveux, admet qu'il doit exister pour cette fonction, comme pour toutes les autres fonctions

(respiration, mouvement du cœur), un centre, une localisation cérébrale.

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