CHAPITRE IV
Préparations iodées injectables
Nous avons vu que les albumines iodés (iodalbacide, eigones, iodocaséine, iodogénol, peptoniode, iodalose, iodone, iodomaïsine) ne pouvaient COnVEnir pour une thérapeutique destinée à introduire dans l’organisme un produit stable et ne se décomposant que lentement. Ces corps pour la plupart sont des peptones iodés, c’est-à-dire des corps non définis, mélanges d’iodures organiques, d’acides iodhydrique, et de dérivés iodés de substitution en proportions variables.
Un autre produit, l’iodéol, qui renfermerait de l’iode à l’état colloïdal en suspension dans l'huile ne répondrait pas davantage aux désiderata formulés plus haut. |
Restent donc les lipoïdes iodés.
Introduite en thérapeutique en 1850 par Personne et Deschamps d’Avallon, l'huile iodée fut d’abord fabriquée avec de l’huile d'amandes douces ; huile non siccative dont la constitution chimique (glycéride d’acides gras saturés) ne permet pas la fixation
directe de l’iode.Cette huile ne renfermait que 5 o/o d’iode.
L'importance des huiles dites incomplètes, c’est-àdire glycérides d’acides gras non saturés (huiles d’œillette, de sésame, etc.), fut mise en évidence par Cloez, élève de Chevreul, en 1865. Ces huiles possèdent la faculté de fixer directement sans substitution des corps tel que le Chlore,le Brome et l’Iode.
En 1896,apparut l'iodipine préparée en Allemagne, et résultant de la fixation de chlorure d'iode sur l’huile de sésame.
D’autres huiles iodées furent depuis fabriquées en France, avec l'huile d’œillette ou l'huile de sésame et de teneur variable en iode.
Préparation. — L'iode ne se fixe aux huiles même incomplètes que difficilement, aussi a-t-on dû avoir recours à des artifices pour en fixer des quantités importantes. |
C’est ainsi que pour la préparation de l’iodipine on fait agir le protochlorure d’iode sur l’huile de Sésame, fixant ainsi à la fois du chlore et de l’iode, on obtient une huile chloro-iodée.
Un autre procédé utilisé en France par le D’ Lafay consiste à faire réagir l'acide iodhydrique sur lhuile d’œillette.Il obtient ainsi une huile (lipiodol) ne contenant pas de chlore et fixant par conséquent une plus grande quantité d’iode.
Alors que les huiles choroiodées ne renferment guère plus de 25 0/0 d’iode, le chlore saturant en
partie l’huile, dans la proportion de 1 pour 3 157» le lipiodol en renferme 40 0/0.
L'iodopine a deux inconvénients qui la rendent inutilisable pour l'injection intraveineuse.
1° Elle renferme du chlore qui peut ne pas être sans inconvénient, introduit directement dans le sang ;
2° Sa teneur en iode est LA PES faible. Une première conséquence est qu'elle est peu fluide ; la seule comparaison des poids moléculaires de l’iode : (27) et du chlore (35,5) suffit à l'expliquer, pour un même poids contenu, le nombre de molécules de Cl. sera plus considérable que celui des molécules d’iodes, et si nous avons vu précédemment qu’une graisse trop fluide exposait, introduite dans le sang, à déterminer plus facilement la production d’embolies graisseuses, il n’en est pas moins vrai qu'une certaine fluidité est pourtant nécessaire pour que le | produit soit injectable.
En outre la quantité d’excipient gras n’est pas indifférente, puisque nous avons aussi vu que la limitation de cette quantité était une condition essentielle de l’utilisation des huiles médicamenteuses en injections intraveineuses.
Pour ces raisons après des essais ayant porté sur des huiles iodées à 15 0/0, 20 0/0 et 25 0/0 préparées avec l'huile de sésame, nous avons poursuivi nos recherches avec le lipiodol qui est le produit de beaucoup le plus riche en iode.
Nous prendrons donc comme type de description
le lipiodol dont nous donnerons les principaux ‘caractères et les propriétés essentielles.
Propriétés physico-chimiques
Le lipiodol a la coloration jaune ambré de l’huile d’œillette, une odeur très peu marquée, sa consistance esl visqueuse surtout à basse température, et diminue sensiblement lorsqu'on la chauffe légèrement au bain-marie. À
La réaction est neutre.
La densité est de 1,35 à 1,50.
Il est insoluble dans l’eau et dans l’alcool.
Soluble dans les dissolvants des graisses l’éther, la benzine, le chloroforme, éther de pétrole, le sulfure de carbone.
C’estun composé organique iodé où l’iode est à l’état dissimulé, ainsi qu’en témoigne la coloration ambrée qui ne représente pas celle d’un corps renfermant 40 oo en poids d’iode libre simplement dissous.
On a pourtant discuté la question de savoir si l’iode était véritablement en combinaison et si ces huiles agissaient à titre d'acide iodhydrique ou d'huiles iodées.
Or pour déceler cet iode, il faut d’abord détruire la molécule organique dont il fait partie intégrante.
Les acides à la température ordiaaire ont peu d'action, à chaud en présence d’ac. sulfurique, cette huile iodée brunit et dégage des vapeurs d’iode.
Lies 42, —
Les alcalis agissent davantage et surtout à chaud. Calcinée avec La KOH caustique, elle laisse un résidu charbonneux qui retient complètement l’iode à l’état d'IK. C’est un procédé de titrage. |
Sous l’inffuence de l’air, de la lumière, de l’humidité, d’une température trop élevée, on voit l'huile iodée se colorer parfois. C’est alors l'iode qui se trouve mis en liberté des molécules grasses et qui se dissout au fur et à mesure. Agitée avec une pincée de carbonate, de sulfite ou d’hypo-sulfite de soude pulvérisé, elle reprend alors sa coloration ambrée.
Ïl est donc indispensable pour les injections intraveineuses d'utiliser l'huile iodée fraichement prépa- . rée.
Les huiles iodées apparaissent done comme des composés organiques où l’iodeestétroitementcombiné aux acides gras, ce qui les différencie nettement de toutes huiles médicamenteuses et en particulier des huiles mercurielles, eucalyptolées, etc., où il s’agit d’une simple suspenison ou dissolution qui laisse à la substance incorporée toutes ses propriétés irritantes ou, caustiques. Nous verrons aussi à propos de l’action physiologique qu'il y a lieu de tenir compte de la nature chimique du corps ainsi introduit, de la lenteur avec laquelle il se trouve libéré dans l’organisme, et de sa faculté d'entrer en combinaison avec d’autres éléments de cet organisme pour former des corps dépourvus d'action toxique sur les cellules ou les tissus.
Teneur en iode. — La teneur en iode peut être
AVE Te
vérifiée par calcination avec la potasse caustique, “en reprenant le résidu par l’acide azotique et l’azotate d’argent et en tenant l’iode à l’état d’iodure d’argent. Le lipiodol renferme :
pour 1 gramme : o gr. {o d’iode 1 CC. pèse 1 gr. 350 ce qui correspond à o gr. 54 d’iode. En tenant compte du poids de l’iode contenu dans l’'IK, on peut établir le tableau de correspondances suivant :
IK IODE LIPIODOL grammes a une grammés
1 0,765 1,08 2 2 1,53 1,62 3 2,16 (ar
Nous verrons plus loin pu’au point de vue de l’action thérapeutique ces équivalences n’ont qu’un médiocre intérêt.
Conclusion. — En dehors des iodures alcalins trop diffusibles et irritants et des albuminoïdes iodés irstables la thérapeutique possède donc un certain nombre de combinaisons de l’iode à des corps gras, parmi lesquelles, les différentes huiles iodées, l'iodéol, la benzoiodhydrine.
Les huiles iodées renferment l’iode à l’état combiné et « dissimulé » permettant leur introduction directe dans le sang. Leur teneur varie de 5 à 40 oJo d’iode.
Les conditions qu'elles doivent présenter sont d’être neutres, pures,non fluides, et de renfermer une quantité d’iode suffisante. Na
C'est à de tels produits que nous nous sommes adressé pour les expériences et les essais thérapeutiques dont nous allons maintenant donner Je détail.