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CHAPITRE III

\ $ 1. — Toxicité

Dans les accidents consécutifs à l’emploi de la médication iodée en général il faut envisager :

1° Les accidents qui résultent de la présence dans l'organisme d’une quantité excessive d’iode mis en liberté parsuite de l’accumulation des iodiques administrés, accidents se manifestant surtout par une action lymphagoque et s'’observant indifféremment sur tous les individus.

Les composés iodiques les plus facilement décomposables sont aussi ceux qui déterminent le plus faci- . lement ces accidents, les iodates par exemple, encore ces sels possèdent-ils en outre une action toxique propre.

Les expériences paraissent prouver avec une entière évidence que les inflammations locales sont dues à l’existence d’iode libre. Ehrlich admettait pour l'expliquer la décomposition des iodures par les nitrites en présence des acides faibles (acide carhonique).

Pour expliquer les accidents se traduisant par une

action lymphagogue, il faut admettre l’action directe exercée par l’iode sur la paroi vasculaire, et provoquant la transsudation.

On peut donc dire avec Pouchet qu'un sujet est

d’autant plus particulièrement susceptible de pré-

senter des accidents d’iodisme que la mise en liberté de l’iode s’effectuera plus facilement en plus grande quantité dans son organisme.

L'emploi en thérapeutique des huiles iodées où l'iode se trouve à l’état de combinaison stable, semble a priori devoir mettre à l’abri de ces causes d'intoxication.

Nos expériences ont montré qu’injectée par voie intraveineuse, l’huile iodée n’était décomposée que lentement, et l’iode mis en liberté en petites quantités trouve toujours des substances albuminoïdes avec lesquelles il puisse entrer en combinaison, ce qui, comme nous l’avons vu, empêche son action irritante de s'exercer sur les parois vasculaires;

2° A'côté de ces accidents il faut mentionner ceux qui résultent d’une prédisposition, «iodisme constitutionnel » de Rilliet, que rien ne permet de prévoir et dont la cause à l’heure actuelle reste insoupçonnée.

Pour Hertzberger ces accidents, caractérisés surtout par des troubles nerveux avec retentissement sur les grandes fonctions, en particulier sur la nutrition, auraient pour Grigine la libération d’iode par

décomposition d’iodalduminoïdes formés de la façon suivante : Pour cet auteur, les substances inutiles

ou nuisibles, élaborées dans le protoplasma cellulaire sous l'influence des échanges, ne pourraient en sortir que si la sécrétion thyroïdienne vient en détermiuer l'issue, par la formation de composés nonveaux, d’iodalbuminoïdes, et c'est la production exagérée de ces corps, susceptibles de régénérer de l'iode qui cccasionnerait les accidents de l’iodisme constitutionnel de Rilliet. ï

En pareil cas l'intensité des effets toxiques ne répond pas à l'importance des doses administrées.

Seules certaines conditions de moindre résistance les affections digestives, cardiaques, rénales, nerveuses constituent un avertissement qui commande la plus grande prudence dans l'emploi des iodiques.

C’est presque toujours au début, parfois cependant après un temps plus ou moins long de traitement que les accident apparaissent. Et si on connait une quaranliaine de cas d’iodisme suivis de mort, ce sont surtout les troubles légers qu’on a à observer et qui font cesser le traitement : acné, coryza, céphalée, troubles digestifs.

De tout ce que nous venons de voir sur les circonstances qui conditionnent la production des accidents d'iodisme, il résulte que mises à part les lésions organiques qui proscrivent l'emploi de la médication, c’est la rapidité de décomposition du composé iodique qui importe. Et c’est pourquoi les huiles ivdées permettent d'introduire dans l’organisme des quantités diode qui ne seraient pas tolérées sous forme d’iodures,

D'après Bellencontre on peut faire pendant quinze jours consécutifs des injections sous-cutanées de

* 10 centimètres cubes de lipiodol, soit 5 gr. 4o d’iode

(équivalant à plus de 5 grammes d’IK) par jour sans observer chez le malade de signe d’intoxication. Après l’ingestion on a pu observer des symplômes toxiques du côté de la muqueuse nasale ou buccale, D'après Pillement qui a fait des essais sur l’iodipine (25 o/o d’iode) la dose toxique est fort élevée, l’homme supporte 20 à 40 centimètres cubes et même 50 centimètres cubes en une injection sous-

cutanée sans signes d’intolérance.

Klingmuller sur 800 à 900 injections pratiquées

- en deux ans n’a jamais noté d’intolérance, il n’a vu

d'accident que dans 2 cas de lèpre tubéreuse, qui cause vis-à-vis de l’iode une idiosyncrasie marquée.

En injection intraveineuse, nous avons vu que chez le cheval l'huile iodée à 40 0/0 était supportée à la dose de o cmc. 066 par kilogramme d’animal (obs. IF). Chez un chien de 6 kilogrammes à la dose de 2 et 3 centimètres cubes, c’est-à-dire o emc.3 à o cmc.d par kilogramme d’animal, en une seule injection (Exp. IV).

Par contre, sur le même animal (Exp. V), deux injections de 3 centimètres cubes répétées à vingtquatres heures d'intervalle ont été suivies d’accidents d’iodisme.

Si donc de telles doses peuvent être tolérées dans certaines conditions, il n’en est pas moins vrai qu’on se trouve là au voisinage des doses toxiques, c’est

ce qui résulte de l’ensemble de nos expériences à cet égard.

Une telle dose, 3 centimètres cubes, représenterait ehez un homme du poids de 65 kilos, 32 eme. 50 d'huile iodée. Nous savons que d’un espèce à l’autre, d’un individu à l’autre même, il est impossible d’établir une proportionnalité exacte entre les poids et les doses médicamenteuse, pour obtenir un même effet. Cependant il était intéressant de noter que cette dose de 32 cmc. 50 renferme 17 gr. 55 d’iode, ce qui correspond à la quantité contenue daes 22 gr. d’IK ! Encore cette comparaison ne rend-elle qu’imparfaitement compte des faits, nous allons voir pourquoi,

Dans la fixation d’une dose thérapeutique de base pour les injections intraveineuses d'huile iodée, il y a lieu de tenir compte des éléments suivants :

1° Les conditions générales de folérance des huiles végétales introduites dans le sang, nous avons vu d’après le résultat des expériences chez le chien que la répétition fréquente des injections, surtout , à dose élevée, déterminait des lésions pulmonaires, qui si minimes soient-elles, doivent être évitées.

La méthode ne pouvait donc être utilisée qu’autant que les quantités injectées restaient faibles et que les injections étaient suffisamment espacces. Or nous avons montré d'autre part la décomposition lente et la persistance très longue de l'iode ainsi introduit, c'est dire qu'il suffira de doses relativement

aucune comparaison de doses

faibles et qu’il ne sera pas besoin de renouveler

souvent ;

° La teneur en iode de l'huile iodée, pour nos :

essais thérapeutiques chez l’homme, après les expé- riences sur le cheval et sur le chien faites avec le

même produit, c’est au lipiodol que nous nous sommes pis de huile iodée à 40 o/o en poids renfermant o gr. V4 d’iode par centimètre cube, produit le plus riche et le plus pur que nous connaissions. À

3° Le mode d'administration, qui permet d'être cerlain qu’ aucune trace du produit injecté n’est perdue et qui limite donc la dose à employer stricte-

-ment à la quantité nécessaire pour l’obtention d’un

effet déterminé.

4 Le métabolisme de l’iode introduit sous forme de lipoïde dans le sang. Nous avons vu à propos de la médication iodurée, qu’une partie importante, la plus grande partie des iodures alcalins, traversent l'organisme sans être décomposés et sont éliminés

sans que l’iode en ait été libéré.

Avec les huiles iodées il n’en est pas de même et de l'expérience il ressort qu'aucune partie de l’iode administré sous cette forme par voie intra-veineuse n’est éliminée sans s'être trouvé à un moment donné à l’état libre dans le milieu organique, avoir pu y contracter des combinaisons et avoir produit son action thérapeutique. |

Nous voyons donc qu’à ce point de vueil n’y a

à établir eu égard à

leur teneur en iode entre les iodures alcalins introduits par voie digestive et l'huile iodée injectée directement dans le sang.

Dans ces conditions on peut considérer comme moyenne de base la dose de 1 centimètre cube d'huile iodée à 40 o/o qui peut libérer o gr. 54 d'iode.

Avec cette dose nous avons obtenu (obs. J.), une élimination maximum d'iode urinaire de ogr.or6

par vingt-quatre heures qui se poursuit au voisinage

de ce taux jusqu’au onzième jour après l'injection.

Les doses faibles étant de 1/2 ou 1/4 de centimètre cube, les doses fortes étant à 1 eme. 5, 2 centimètres cubes, dose que nous n'avons pas dépassée chez l’homme.

Dans la fixation des doses il y a lieu d’observer

les règles habituelles tenant compte de l’âge, dusexe, de l’état des organes, en un mot de toutes les circonstances qui fixent sur le choix des doses en général, mais, en outre il faudra tenir compte pour la répétition de ces doses de l'intérêt qu'il y a à administrer d'emblée la dose maxima indiquée, pour ne plus injecter ensuite que de petites quantités destinées à maintenir une certaine provision d'iode en circulation.

Dans les essais que nous avons effectués, la prudence commandait de tâter la susceptibilité des malades par des doses faibles au début, c’est pourquoi nous avons systématiquement commencé par des injections de 1/2 centimètre cube. :

Nous avons vu par le contrôle de l'élimination

HT ie

RES D ve

Et nc

urinaire qu'avec une dose de 1 eme. 5 d’huile iodée

à 4o 0/0 on obtenait pendant plus de quinze jours

une élimination d’iode variant de deux milligrammes

à 33 milligrammes, montrant l'importance de sa circulation dans l’organisme pendant cette période.

En injectant au bout de quinze jours 1 centimètre cube on prolonge l'élimination à des doses voisiues de 10 milligrammes pendant une dizaine de jours encore. En renouvelant cette dose deux où trois fois on obtiendra donc un effet prolongé pour un traitement intensif durant quarante-cinq à cinquante-cinq jours. Passé ce délai, nos expériences et observations l’ont montré, l’iode continuera en quantité plus faible à circuler dans l’organisme et on en retrouve encore des traces dans l’urine plusieurs semaines après la cessalion du traitement.

L'huile iodée apparaît donc comme un composé peu toxique dont l'administration par voie intra-veineuse à la dose de 1/2 centimètre cube à 2 cmc. ÿ en espaçant les injections suivant lecas,de quatre jours pour les petites doses à auinze jours pour les doses fortes, constitue une médication iodique à action effeclive et prolongée permettant d'éviter les accidents

toxiques.

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