‹ Contribution à l'étude de la Morbidité et de la Mortalité Actuelles par la TuberculoseChapitre 18 sur 36 · HT. — LES FAITS CLINIQUES · texte numérisé non relu

HT. — LES FAITS CLINIQUES

Nous venons de rapporter, un peu au hasard de la plume, les avis les plus autorisés. L’impression générale est que l’on assiste en ce moment à des modifications dans les aspects cliniques de [la maladie.

A. — LA TUBERCULOSE CEREBRO-MENINGEE,

a repris une place digne d’être notée. El'e est devenue plus fréquente à la fois chez l’enfant comme terminaison de primo-infections graves, mais habituellement curables, et chez les adultes, tuberculeux avérés qui, fait assez exceptionnel en période normale sont actuellement maintes fois emportés par une localisation cérébro-méningée.

Chez l’enfant et l’adolescent, cette recrudescence a été soulignée l’an, dernier par MM. BErHoUXx et BERTHET, et cette année par MM. AUGUSTE et Paris. Nous avons vu nous même deux cas de méningites suraiguës dans le service de M.-A. JACQUELIN : l’un chez un adolescent de 16 ans, l’autre chez une jeune femme de 23 ans, frappés tous deux en pleine santé apparente et emportés en une douzaine de jours. Ils ont retenu l’attention de MM. JAc- QUELIN, TURIAF et CARLOTTI par leur évolution foudroyante et le nombre considérables de B. K. identifiés dans le liquide céphalo-rachidien.

Maurice D... 16 ans, entre dans notre service, salle Vernois,

le 28 février 1942, pour un syndrome méningé aigu avec manifes-

Re

tations délirantes, hallucinations et fièvre à 40°. Le début des manifestations présentées remonte À moins d’une semaine environ. Elles furent brusques et inopinées dans leur installation. Dans les antécédents on révèle une pleurésie gauche, un an auparavant, qui avait guéri sans séquelles apparentes, l'enfant étant rentré depuis deux mois chez ses parents après un séjour de plusieurs mois dans un préventorium de la région parisienne d’où on l'avait renvoyé une fois achevée la convalescence.

A son entrée dans le service, le diagnostic de méningite tuberculeuse est cliniquement évident. La P. L. fournit un liquide C. R. clair dans lequel on identifie : Alb. 0,85 ; leucocytes 29 à la cellule de Nageotte, dont 70 polynucléaires et 30 lymphocytes et 74 B. K. dans le culot de centrifugation de 2 cc. de L. C. R.

La mort survient dix jours après l'entrée du malade dans le

service.

La malade, âgée de 23 ans, manœuvre en usine, entre salle Chauffard le 20 mai 1942, envoyée par son médecin, pour syndrome méningé, installé progressivement en dix jours.

Sa mère est morte d’un cancer. Son père et ses deux sœurs sont bien portants. A l’âge de 12 ans elle à eu une pneumonie, une pleurésie droite en septembre 1941 qui dure trois mois et nécessite son hospitalisation.

Elle reprend son travail, mais reste fatiguée, amaigrie, dysménorrhéique, sans que l’on retrouve de signes de bacillose pulmonaire.. ;

Le 10 mai 1942 apparaissent des céphalées fronto-occipitales permanentes avec insomnie, paroxysmes nauséeux et vomissements, puis la température monte et oscille entre 38-392.

L'examen à son entrée nous la montre en assez bon état général. Elle est somnolente, photophobique, répondant avec difficulté aux questions mais bien orientée dans le temps et l’espace. Elle se

plaint de céphalées violentes permanentes avec nausées et vomit.

L'exploration du système nerveux précise

—— Une raideur méningée discrète avec ébauche bilatérale de

signe de Kernig; la nuque est enraidie et très douloureuse.

PQ

— La force musculaire, les réflexes tendineux et cutanés sont normaux; il n’y a pas de paralvsies oculaires, ni de troubles Sphinctériens; la respiration et le pouls sont réguliers: le fond d'œil normal; la T .A., à 13-8.

— À la base droite il existe une légère submatité avec diminution. du murmure vésiculaire, reliquats de la pleurésie: on ne trouve pas de signes parenchymateux.

— L'abdomen est souple, les selles normales, les urines claires

sans albumine.

— La ponction lombaire ramène un liquide clair, s'écoulant goutte à goutte. On y trouve 0,85 d'Alb. : 109 éléments avec 75 % de lymphocytes et 102 B. K. sur le culot.

— Le cliché thoracique révèle l'existence de granulations irré-

gulières dans les deux champs pulmonaires.

L'exitus a lieu le 2 juin dans le coma.

La tuberculose cérébro-méningée a de même subi une recrudescence très nette chez les bacillaires anciens.

Alors que très récemment encore, J. ARNAUD soulignait à la Société d'Etudes Scientifiques sur la Tuberculose (Z. N. O.) que les méningites étaient habitueilement rares chez les tuberculeux pulmonaires, et ne s’observant le plus souvent que dans les formes miliaires pleurales ou pleurifocales, de nombreux auteurs soulignent la fréquence actuelle.

La rapidité accrue de la marche de la maladie, beaucoup plus extensive, beaucoup moins influençable par la collapsothérapie doit être à la base de cette recrudescence des localisations méningées.

B.. Clovis, 46 ans, cantonnier, entre dans le service pour un amaigrissement progressif de 12 kg., grosse asthénie, sueurs noc-

turnes, le tout remontant à trois mois environ.

Il jouissait jusqu'alors d’une excellente santé, sans aucun anté-

cédent pulmonaire. Marié, sa femme est bien portante; il a deux enfants, mariés, bien portants.

Mobilisé en 1939, il est réformé en fin septembre 1939 pour une histoire cardiaque (?) : R. T. 2.

Il n'a pas fait l'exode et est resté à Paris. Mais il faisait les queues à partir de 5 heures du matin et se faisait remplacer par sa femme quand il partait à son travail. Il travaillait 9 heures par jour. Gagnant 1600 francs par mois — sa femme ne travaillant pas — ils vivaient donc à deux (nourriture et loyer) pour 1.600 francs.

À l'examen : malade très pâle, amaigri, très asthénié, faisant 38° tous les jours. Crachat (B. K. +). Les bruits cardiaques sont assourdis. La tension artérielle est à 11-7. Le foie est légèrement gros, non douloureux.

La graphie montre une bacillose bilatérale à nodules bronchopneumoniques multiples. Huit jours après son entrée, le malade est

mort de méningite, survenue brusquement,

En conclusion : tuberculose grave, survenue très rapidement chez un sujet sous-alimenté. Méningite terminale, survenue alors que rien ne la faisait prévoir.

LES FORMES AGGRAVEES €@t LES FORMES A EVOLUTION ECOURTEE Ont également attiré l’attention. Des premiers, AMEUILLE et ses collaborateurs ont remarqué la fréquence des pneumonies caséeuses. « Il y a deux ans on n’observait guère chez les adultes (surtout chez un homme de 45 ans) de tuberculose pulmonaire de ce type. Dans:un service d'adultes on en voyait une ou deux par an, et encore chez les sujets plus jeunes. Elles nous paraissent avoir augmenté de fréquence dans les conjonctures actuelles, au moins décuplé. Il nous semble qu’il y a là un trait particulier de la tuberculose en 1941) ».

fl en est de même de toutes les autres formes de phtisies pulmonaires

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