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IV. — DE QUELQUES FACTEURS DETERMINANTS

« Toutes les causes qui, pour une raison ou pour une autre, affaiblissent l’organisme, interviennent comme facteur prédisposant de la tuberculose pulmonaire » (LE- TULLE et ALBRON). |

Il n’entre pas dans le cadre de ce sujet de rechercher tous les facteurs sociaux qui ont un rôle dans la recrudescence de la tuberculose, dans des époques de vie normale, tels l’alcoolisme, les taudis, etc... Ni même le rôle de contagion, encore que ceile-ci ait été rendue plus facile par les évacuations, le surpeuplement des villes auxquels nous assistons.

Mais parmi « les causes secondes », nous désirons souligner le rôle néfaste de certaines d’entre elles qui ont une action particulière du fait des conditions de vie nouvelles créées par les évènements actuels.

Nous étudierons ainsi le rôle de la sous-alimentation qui semble-être prépondérant

— du travail des femmes en usine,

— du surmenage scolaire,

— des fatigues occasionnées par l’exode,

— de l’insuffisance du chauffage,

— des grossesses répétées chez les femmes sous-alimentées,

— des épreuves morales qu’entraîne la guerre,

— enfin de l'influence de la vaccination antivariolique.

Facteurs non prépondérants par eux-mêmes, mais

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dont l’association est à la base de bien des lésions tuberculeuses diagnostiquées actuellement.

La sous-alimentation est sans nul doute le principal facteur étiologique de la progression actuelle de la morbidité et de la mortaiité par tuberculose.

« Il faut insister sur cette condition : aussi longtemps qu'il y a à manger, la tuberculose n’est pas aggravée » (BURNET).

Ce rôle de la sous-alimentation a été entrevu depuis longtemps : l’accroissement considérable du nombre des décès à Paris, du fait de ja tuberculose, pendant les années 1870-1871 a été dû avant tout au défaut de nourriture. Paris eut en effet à subir deux sièges : l’un par suite de l’investissement de la ville pendant quatre mois par les: armées ennemies, l’autre par les troupes régulières au moment de la commune (pendant deux mois).

BEZANÇON, Evror et MoiNE, rapportent que d’après les documents officiels, en janvier 1871 la ration était de 300 grammes, d’un pain; qui, en réalité était une sorte de pâte gluante, formée de riz, d'avoine, de chènevis, et de son; la ration de viande de cheval était de 30 grammes et était vendue 12 francs la livre. On conçoit que de telles conditions de vie entraînant un fléchissement de terrain, la mortalité tuberculeuse ait tant augmenté pendant ces deux années là. Mais le rôle de la sous-alimentation a été surtout établi grâce aux données de la guerre de 1914-1918. L'augmentation de la mortalité tuberculeuse est survenue dans les régions où la sous-alimentation avait amené un affaiblissement de la résistance humaine à l’évolution d'infections bacillaires anciennes ou récentes.

En France, les statistiques les plus démonstratives ont été établies par BRETON et DucAMP dans leur rapport au Congrès de Strasbourg :

Le Comité d’alimentation du Nord de la France, seul dispensateur de denrées, fournissait à tous indistincte-

ment une ration dont la valeur biologique moyenne répondait à 39 gr. 2 d’albumines et 1.460 calories. Certes ces apports aiimentaires ont été complétés dans les campagnes par les produits du sol, mais il n’en a rien été dans les grandes villes, et plus particulièrement pour Lille qui, entourée de remparts gardés, ne pouvait être ravitaillée en fraude, tandis que la surveñlance était moins sévère (cas plus difficile) pour Tourcoing et Roubaix. Une tella inégalité de souffrance explique la différence de décès par tuberculose d’une part entre les centres urbains et les campagnes et d’autre part entre les viiles voisines de Tourcoing, Roubaix et Lille. Dans cette dernière, en 1917, sur 2.533 consultants, le bureau d’hygiène avait relevé parmi les hommes 66 % de malades porteurs d'infection bacillaire caractérisée et 20 % parmi es femmes.

Dans les pays soumis au blocus, ce fut pire. L’Autriche et l’Allemagne eurent comme nous l’avons déjà vu le taux de mortalité tuberculeuse le plus élevé d'Europe. Or ces deux pays sont ceux où la population a subi progressivement les plus grandes restrictions alimentaires pendant la guerre, par suite de l’arrêt des importations et de l'insuffisance de la production intérieure. A l’inverse, à Londres et à Paris, villes qui souffrirent au minimum de restrictions alimentaires, la mortalité dans la première vilie subit un accroissement minime, tandis que dans la seconde, elle subit même une légère régression.

Cette action de la sous-alimentation est encore illustrée par l’étude de la mortalité tuberculeuse dans les trois principales provinces de l’Allemagne. Leur comparaison montre bien l'influence décisive de l’alimentation; la Saxe, pays essentiellement industriel, a eu une très forte mortalité; la Bavière, avant tout agricole, a eu un nombre de décès augmenté de 18 % (au lieu de 99 % pour la Saxe); quant à la Prusse qui se trouvait dans une situation mixte au point de vue industriel-production agricole, elle enregistra une augmentation de décès

de 70 %, bien inférieure à celle de la Saxe, tout en étant supérieure à celle de la population bavaroïse (ARNOULD).

La comparaison des mortalités tuberculeuses des villes allemandes avec celle des campagnes, conduit à des constatations semb.ables. Notamment durant l'hiver de 1916-1917, pendant lequel la sous-alimentation fut extrême, l’augmentation de la mortalité par tuberculose atteignit dans les centres urbains allemands presque le double de sa valeur dans les campagnes.

Ses répercussions sur les pays non-belligérants fournissent une preuve remarquable du rôle prépondérant de l'alimentation.

Au Danemark, par exemple, aucun facteur de misère physique ou morale ne peut être invoqué; de même il n’y eut pas de 1914 à 1918 de crise de logement et pourtant la mortalité augmenta. Plus tard il y eut crise de logement et la mortalité subit sa courbe descendante (MADSEN). Mais la masse peu aisée des populations urbaines se trouva complètement privée des aliments d’origine animale, du fait de l’importance des exportations et de l’augmentation des prix qui avaient déterminé une pénurie importante de viande, poisson et beurre. Par contre, en 1917, le blocus général obligea le Danemark à cesser toute exportation et à utiliser toutes ses ressources intérieures, ce qui permit d’assurer aux populations une consommation alimentaire à peu près normale. (KNup et FABER) ;

Cet état de chose se reflète dans les statistiques qui situent au Danemark le maximum de mortalité par tuberculose en 1917, alors que dès 1918 il fléchissait et se rapprochait du taux d’avant guerre. Or ce maximum de mortalité en 1917 ne cadre pas avec celui des autres pays d'Europe : Italie, Allemagne, Pays-Bas, Angleterre où le plus grand nombre de décès par tuberculose a eu lieu en 1918. Cela s'explique par le fait que le blocus atteignit toute son acuité cette année là dans les pays belligérants.

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La démonstration inverse du rôle néfaste de la sousalimentation nous est donnée par la baisse rapide des décès par tuberculose dès que les conditions de vie, surtout alimentaires, devinrent normales dans les pays belligérants, alors que la mortalité resta stationnaire en Autriche, où les mauvaises conditions d’existence survécurent longtemps à la guerre.

Telles sont les données les plus probantes qui permettent d’accorder un rôle prépondérant à Ja sous-alimentation dans l’accroissement de la tuberculose en temps de guerre et de disettes.

Or il est indubitable qu’une sous-alimentation certaine a commencé à sévir dans nos villes. Il est donc à craindre que son rôle néfaste se fasse de nouveau sentir.

MM. BEZANCON, EvRoOT et Moine l'avaient prévu dès juillet 1940, et depuis ce premier cri d’alarme, les effets de la sous-alimentation ont été soulignés par de nombreux auteurs. « Mais l’étude de la question pour la période actuelle, n’est qu’amorcée bien que sérieusement amorcée. Comme les difficultés alimentaires au milieu desquelles nous vivons ne sont pas proches de leur terme, et que même elles menacent de s’accroître, nous ne pourrons pas avoir, avant plusieurs années, achevé l’étude de leur répercussion sur la tuberculose » (AMEUILLE).

J1 y a lieu de rechercher si vraiment le ravitaillement actuel apporte un déficit alimentaire si inquiétant qu’il nous mette dans les mêmes conditions de nutrition que celles des pays aui accusèrent la plus grande mortalité par tuberculose durant les années 1914-1920. Pour cela il est nécessaire de rechercher les divers éléments de l'alimentation et d’essaver de trouver les constituants qui par leur absence peuvent amener une recrudescence de la tuberculose.

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Les accidents occasionnés par la sous-alimentation

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peuvent relever de deux éléments différents. Il peut s’agir en effet :

— Soit d'insuffisance quantitative globale,

Soit de déficit alimentaire qualitatif,

ces deux éléments agissant soit isolément soit en association, cette dernière éventualité étant d’ailleurs beaucoup plus fréquente.

L’insuffisance quantitative globale, joue sans nul doute un rôle important dans l’accroissement de la tuberculose.

Expérimentalement son influence a été étudiée par MOURIQUAND, MICHEL et BERTOYE sur la marche de la tuberculose du cobaye.

L'animal tuberculeux soumis à un régime restreint mais équilibré, juste suffisant pour assurer l’équilibre nutritif d’un sujet sain meurt plus précocement que le témoin recevant une alimentation de même qualité, mais plus abondante. L’extension anatomique n’est pas plus rapide, mais des lésions moindres suffisent à provoquer la mort. « Ainsi, le régime équilibré restreint, suffisant pour toutes les fonctions de la vie normale, ne l’est plus en présence d’une infection clinique te'le que la tuber-. culose. »

Les restrictions globales entraînent avant tout une baïsse des calories, et le manque des calories entraîne l’inanition.

Or il est certain que le déficit énergétique actuel est considérable, surtout dans la ration alimentaire des travailleurs de force (PERRAULT).

On'sait que le strict minimum requis de l’apport quotidien alimentaire en calories est de

— 2.400 calories pour l’adulte normal se livrant au travail musculaire modéré (correspondant à la calorie A. des cartes de rationnement).

— 3.200 calories pour les travailleurs de force, première catégorie (T. F. 1). |

— 4.000 calories pour les travailleurs de force, deuxième catégorie (T. F. 2).

Or en avril 1942, le rationnement officiel fournissait en calories brutes (c’est-à-dire à diminuer de 15 à 20 % pour obtenir le chiffre utilisable)

— pour la carte A. : environ 1.250 calories pour l’alimentation de base, plus 100 calories pour l’alcool de vin ;

— pour la carte T. F. 1 1.550 + 200 calories environ

— pour la carte T. K. 2 1.650 + 200 calories envi- TON;

Donc le déficit est de l’ordre de :

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