I. — LES DONNEES HISTORIQUES
La recrudescence de Ja tuberculose en temps de guerre n’est pas un fait nouveau. « La guerre est un facteur déterminant de la tuberculose », ont énoncé en 1930 Léon BERNARD, MoNTroux et JACQUET.
Les statistiques de BEzZANÇON, Evror et Moine sur la mortalité tuberculeuse à Paris depuis 1865, montrent que sur la ligne régulièrement descendante du taux de mortalité par tuberculose se situe un clocher assez élevé, correspondant aux années 1870 et 1871.
Alors que la mortalité par tuberculose en 1868 et en 1869 était à Paris, du taux de 528 décès pour 100.000 habitants, elle atteint en 1870, 664 décès et 737 en 1871, pour retomber à 462 en 1872. Ainsi donc la tuberculose fit à Paris 900 victimes de plus que les armes.
De même les graphiques montrent une élévation analogue du taux de la mortalité par tuberculose au cours de la grande guerre de 1914-1918. Tous les travaux français et étrangers font ressortir la nette recrudescence de la maladie qui augmenta progressivement dans tous les pays d'Europe du début à la fin des hostilités et diminua par la suite.
En France, en 1913, le taux de mortalité tuberculeuse était de 213 par 100.000 habitants, alors qu’en 1906 elle était encore à 229. Or ce taux s’est élevé à 267 et même à 278 en 1918, pour retomber à 220 à partir de 1920 et atteindre 120 en 1936.
Cet accroissement de la mortalité par tuberculose a surtout été sensible dans les départements occupés.
RU Fier
« Active ou latente, la tuberculose évoluant sous forme pulmonaire ou ganglionnaire, a donné en territoire occupé, à Lille par exemple, une mortalité double du chiffre habituel et cela malgré la diminution de moitié de la population » (BRETON et DUCAMP).
Voici quelques chiffres :
A Lille, pour 100.000 habitants la proportion de décès , était en 1913 de 306; elle passa en :
À Roubaix la mortalité tuberculeuse est passée de 248 (toujours pour 100.000 habitants) en 1913, à 498 en 1918; à Tourcoing de 196 à 555. De même dans les campagnes avoisinant ces villes elle passa pendant le même temps de 146 à 347.
Il en fut de même dans le reste de l’Europe; les états non-belligérants ne firent pas exception.
Au Danemark, par exemple, il s’est produit notamment dans les villes, une forte augmentation du taux de la mortalité tuberculeuse : le taux qui, en 1913, était de 126 décès pour 100.000 habitants est monté à 158 en 1917; dès 1918 il avait fléchi et se rapprochaïit du taux d’avant guerre.
Mêmes remarques pour la Norvège, la Suède. Aux Pays-Bas le maximum de mortalité a été atteint en 1918 avec 39 % d'augmentation.
Les pays de l’alliance furent plus durement touchés encore. En Allemagne, la mortalité par tuberculose a presque doublé pendant la guerre pour l’ensemble du pays : 37 % de plus en 1918 par rapport à 1913 (HAMEL),