‹ Contribution à l'étude de la Myélite TyphiqueChapitre 18 sur 26 · OMES · texte numérisé non relu

OMES

Le 3 septembre, la malade se plaint d’éprouver des fourmillements et des élancements dans les pieds et dans les jambes. Quelques jours après, on constate de la parésie dans les muscles des membres inférieurs, parésie accusée surtout dans le membre inférieur gauche. Les pieds ont une attitude spéciale. Cette attitude ‘est plus marquée dans le pied gauche. Ils reposent en partie à plat sur le lit et sur le bord externe, par suite de la paralysie des muscles fléchisseurs de la jambe et des muscles péroniers latéraux. La malade peut difficilement fléchir le pied sur la jambe. Puis les mouvements de flexion des jambes sur les cuisses et des cuisses sur le bassin disparaissent à leur tour. Des muscles fléchisseurs ont été atteints les premiers parla paralysie. Des escarres apparaissent au sacrum.

L'exploration de la sensibilité sous ses différents modes donne les résultats suivants :

Les piqûres sont peu senties dans le membre inférieur droit, surtout à la cuisse ; elles ne sont plus senties dans le membre inférieur gauche au niveau de la région antéroexterne de la jambe où on constate une anesthésie complète.

Sous l’influeneé des courants induits, on remarque que la sensibilité cutanée est amoindrie, surtout dans le membre inférieur gauche. Il en est de même de la sensibilité musculaire, principalement dans les muscles péroniers latéraux.

Les mouvements réflexes persistent un peu dans la jambe droite, mais ils ont disparu à gauche.

Le 16 septembre, la malade éprouve des fourmillements et des élancements dans les mains et dans les doigts; les jours suivants, ces fourmillements se propagent aux avantbras; on constate alors dela parésie dans les muscles fléchisseurs et extenseurs des doigts ainsi que dans les muscles interosseux ; puisla parésie s'étend aux bras et les mouvements de flexion et d'extension des avant-bras sur les bras, ceux aussi d’élévation et d'abaissement des épaules ne se font plus facilement, surtout dans le membre supérieur

gauche.

Néanmoins, la paralysie n’est pas aussi complète dans les membres supérieurs que dans les membres inférieurs, et les troubles de la sensibilité sont moins accusés.

A ce moment apparaissent des troubles cérébraux : hallucinations, délire.

La paralysie demeure stationnaire jusqu'au 7 octobre, époque à laquelle les mouvements reparaissent dans les membres supérieurs.

Le 18 octobre. — Les membres inférieurs sont moins paralysés, les mouvements articulaires reparaissent.

Le 9 novembre. — Elle parvient à marcher seule, et le 11 novembre elle sort de l'hôpital.

A l’époque où nous revoyons la malade, le 3 mars 1885, sept ans après le début des accidents paralytiques, nous constatons qu'elle présente encore les troubles fonctionnels suivants :

Membre inférieur gauche. Sensibilité cutanée. — La sensibilité cutanée est très amoindrie; elle sent très imparfaitement les piqüres qu'on lui fait, surtout au niveau de l’articulation tibio-tarsienne sur le dos du pied.

Sensibilité au froid et au chaud. — La sensibilité au froid et au chaud est un peu diminuée. Cependant l’application sur le pied d’un corps froid ou chaud déterminée encore une sensation appréciable.

Mouvements. — Les mouvements de flexion et d’extension des orteils sont conservés ; il en est de même des mouvements de flexion du pied sur la jambe. Quand nous faisons marcher la malade, nous observons de la faiblesse dans les muscles péroniers latéraux, de sorte qu'elle est forcée de marcher sur le bord externe des pieds; de plus, elle nous dit que dans une marche un peu longue, sa jambe fléchit sous elle, que son pied vient alors frapper profondément le sol, et qu’elle est obligée de regarder devant elle pour ne pas marcher de travers. Elle ressent parfois aussi des four-

millements et des élancements dans le pied et dans la jambe.

ue

Membre inférieur droit. Sensibilité cutanée. — La sensibilité cutanée est amoindrie à la cuisse, mais les muscles de la cuisse sont moins affaiblis que dans le membre inférieur gauche. La jambe et le pied ne présentent pas de troubles fonctionnels.

Membres supérieurs droit et gauche. — La sensibilité est conservée dans ses différents modes; tous les muscles se contractent vigoureusement.

Symptômes céphaliques. — Nous avons constaté qu’elle éprouvait quelques hallucinations de la vue, que son caractère était bizarre et qu’elle ressentait de temps à autre des élancements dans la tête et dans les yeux.

En somme, l’état général de la malade est satisfaisant et les troubles fonctionnels qu’elle éprouve encore l’empêchent de vaquer à ses travaux.

OBSERVATION III (Soutrr, Deutsch Archiv für klin. Med., 1899, p. 195.)

J. V..., garçon de café, dix-neuf ans.

Antécédents personnels. — Diphtérie en 1895, rien autre à signaler. | Antécédents héréditaires. — Rien à signaler.

Début de l’affection le 15 janvier 1898, anorexie, céphalée, asthénie; ces symptômes obligent le malade à garder le lit jusqu’au 19 janvier où il est amené à la troisième clinique médicale. Depuis le début de l'affection, le malade a eu trois selles brunâtres par jour. Une des sœurs du patient qui est tombée malade trois mois auparavant est hospitalisée à la même clinique pour une fièvre typhoïde grave; il paraitrait qu'un autre frère plus jeune aurait lui aussi contracté la fièvre typhoïde, mais on manque de renseignements précis.

État actuel. 19 janvier 1898. — Le malade est un jeune homme de petite taille ; il semble affaibli, mais cependant

il a pu sans aide aller du bureau des entrées jusqu'à son lit, situé au premier étage. Sa démarche et ses mouvements ne présentent rien de particulier.

A l'examen, la sensibilité est normale. La température est de 4o°, le pouls bat à 114 à la minute: il est dicrote. La respiration — 32.

On observe de la turgescence et de la rougeur du visage. Les lèvres sont couvertes d’un enduit fuligineux brun: la langue est fortement chargée.

Thorax. — Légère diminution du murmure vésiculaire au sommet droit, en avant et en arrière ; à ce niveau quelques

râles.

Cœur. — Rien à signaler.

Poumons. — Rien à signaler.

Abdomen. — Le ventre ést légèrement ballonné.

Dans la région iléo-cœcale. gargouillement et sensibilité à la pression.

Rate. — Elle est perçue à deux travers de doigt des fausses côtes.

Selles diarrhéiques, brunâtres.

Urines : trace d'albumine. pas de sédiments, l'indican est augmenté, la diazoréaction est positive.

L'expectoration est rare, muco-purulente, contenant des diplocoques, mais pas de bacilles de Koch.

On fait le diagnostic de fièvre typhoïde, diagnostic vérifié par la marche ultérieure de la maladie ; fièvre, tachycardie, séro-diagnostic.

Le cinquième jour après l'entrée du malade à l'hôpital (23 janvier et neuvième jour de la maladie), dans la matinée, le malade laisse échapper ses selles sous lui.

On attribue ce phénomène à l’état très marqué de faiblesse musculaire du malade, et à la liquidité des selles.

Un examen plus minutieux ne permet pas de constater d'autres troubles que cette incontinence des fèces.

Mais dans l'après-midi de la même journée, il se produit des symptômes plus graves.

A es

À cinq heures du soir, le patient est étendu sur son lit sans forces, et pendant une heure, il a de l’incontinence vésicale et rectale (dix évacuations).

La sensibilité est normale, pas de douleur ; le malade se plaint seulement que son corps est engourdi, «comme mort ».

A l'examen on constate une paralysie motrice absolue des extrémités inférieures, avec suppression de tous les réflexes.

Les membres supérieurs sont également paralysés sauf au coude et à l’épaule ; on peut en effet faire exécuter à ces régions de légers mouvements articulaires, mais tout cela sans force ; pas de troubles pupillaires ; pas de troubles de la sensibilité, ni de la motricité de la face.

En même temps que cette paraplégie motrice presque complète des quatre extrémités s’installe, on constate une anesthésie absolue des quatre membres, de l’abdomen et d’une partie du thorax. Cette anesthésie s'arrête au niveau d'une ligne horizontale correspondant en avant au niveau du troisième cartilage costal, en arrière au niveau de la troisième apophyse épineuse dorsale. Au-dessus de cette ligne la sensibilité est intacte.

Cette paraplégie motrice des quatre extrémités, accompagnée de paralysie rectale et vésicale, s'était installée brusquement, sans douleur etsans phénomènes d’excitation apparents. Il est incontestable que l’incontinence rectale a précédé toutes les autres manifestations, puisqu'elle existait déjà dans la matinée. Tout ce tableau symptomatique indiquait qu'il s'agissait d’une lésion de la moelle cervicale. Mais le type respiratoire permettait une localisation plus exacte de la hauteur de la lésion.

La fréquence respiratoire était de 36 respirations à la minute. Le patient souffrait d’une dyspnée subjective et objective très marquée, mais d’un mode tout particulier. A chaque inspiration, tout le thorax, au lieu de s'élever comme normalement, était au contraire tiré en bas, resserré et sa circonférence rétrécie de telle façon que la cage osseuse était rétractée vers le bas.

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