A. — CHEZ L'ENFANT ANORMAL
La mythomanie physiologique chez l'enfant normal, devient pathologique chez l'enfant anormal par sa persistance, son intensité et ses associations morbides. Dans tous les cas la mythomanie représente un stigmate majeur de dégénérescence mentale et il se montre toujours dans l’expression clinique qu’elle revêt étroitement associé à d’autres marques de déséquilibration psychique. Nombre d'auteurs, Bourneville, J. Voisin, etc. ont insisté sur le mensonge considéré comme symptôme précoce de certaines variétés d’idiotie morale et associé chez les petits dégénérés vicieux à de multiples perversions des instincts et des appétits. (C'est ainsi que beaucoup de fillettes faibles d'esprit et malignes d'instinct accusent leur père de les avoir violées, leur mère de les avoir battues, etc. Ge sont ces petits êtres menteurs et malfaisants qui deviennent de faux enfants martyres sur lesquels s’apitoie la crédulité publique. Dans l’immense majorité des cas, les déséquilibrés mythomanes, même doués d’intel-
ligence, sont des débiles intellectuels qui présentent des lacunes nombreuses dans leurs jugements et leurs associations d'idées.
M. Collin, au Congrs de Tunis (1°-7 Avril 1912) attire l'attention sur de nombreuses observations de petites filles issues de souches d’intoxiqué (alcool) ou d'infectés (tuberculose) qui ont présenté un retard dans l'établissement des premières fonctions (premiers pas, premiers mots) et qui, bien au delà de trois ans, conservent d’une façon parfaite, les ap- ‘titudes données en même temps qu'elles se montrent déjà mythomanes, Il s’agit de son avis d’hystériques et il se demande s’il ne faudrait point exiger cette enquête sur l’hérédité de la première enfance pour porter le diagnostic d’hystérie, ce qui restreindrait l'extension du mot, et il insiste sur ce fait que les hystériques prolongent en partie le syndrome infantile, La mythomanie infantile est d’observation courante et même sous sa forme la plus intéressante, la fabulation, se présente fréquemment dans la pratique journalière des psychiatres et des aliénistes. La plupart du temps les récits imaginaires des enfants ne présentent pas de conséquences dangereuses parce qu'ils ne dépassent guère le cercle de la famille ou de l’école, Mais il peut en être autrement et l'histoire des erreurs judiciaires démontre l'extrême gravité de certaines dispositions mensongères et de certaines fables accusatrices fomentées par les enfants, surtout les fillettes devant les tribunaux. Les éléments pathologiques qui, chez
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l'enfant et l'adolescent, s'associent à la mythomanie sont : la vanité, la malignité, la cupidité, la lubri- Cité, etc,
LA MYTHOMANIE VANITEUSE est surtout intéressante à étudier chez les adolescents. Ses deux formes principales : hâblerie fantastique, et autoaceusation criminelle seront étudiées chez l'adulte. Une forme relativement rare mais curieuse de mythomanie infantile est représentée par les fugues qui peuvent non seulement provoquer dans l'entourage de ‘’enfant les émotions les plus pénibles, mais encore entraîner les conséquences judiciaires ou administratives les plus regrettables. Nous allons citer un cas de fugue, suivie de fabulation (publié par Dupré dans l'Encéphale, Août 1909) chez une fillette de 117 ans qui provoque dans la famille de l’enfant disparue une vive anxiété et dont l’histoire défraya pendant quelques jours la chronique de la presse quotidienne: la fillette hérédo-alcoolique, déséquilibrée, suggestible et imaginative, était déjà connue dans sa famille et à l’école pour ses tendancés à la dissimuülation et au mensonge. L'enfant, punie à l’école et redoutant les reproches de ses parents, ne rentra pas au domicile paternel, elle fait une fugue de deux jours ; pour expliquer son absence, elle imagine ensuite une fable compliquée d'enlèvement en voiture, par un individu qui la menace de mort et qui l’âäbandonne en pleine nuit dans un Bois. Ge roman est débité sur le ton de la plus grande assurarice, à plu-
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sieurs reprises : à un premier témoin rencontré sur la route, au commissaire de police, aux parents, etc. L'histoire ne comportait heureusement aucune accusation d’attentat ou de viol.
On retrouve dans cette observation, comme dans tous les cas analogues, les différents facteurs pathologiques du roman mythomaniaque : elle rentre ‘dans la catégorie des faits de mythomanie simple qu'on rencontre couramment chez les enfants et les débiles désireux de dissimuler une faute et d’échapper aux réprimandes et aux punitions. C'est une réaction de défense dans laquelle n’interviennent pas ou n'interviennent qu’à titre accessoire les mobiles ordinaires de la mythomanie, c'est-à-dire la vanité, la malignité, la perversité et la cupidité. Cette réaction mythomaniaque inspirée seulement par la crainte et la peur, peut être distinguée, sous le nom de mythomanie défensive, des autres variétés : vaniteuse, maligne, perverse, de la mythomanie agressive. Elle se rapproche à beaucoup d’égards de la mythomanie passive, due à la suggestion étrangère et dans laquelle n’entrent qu’au minimum, les éléments spontanés de l'invention personnelle. C’est une forme de mythomanie active mais simple, sans perversions instinctives, dictée seulement par la crainte des conséquences d’une faute.
À. Daudet, dans ses « Letres de mon moulin », a pris pour sujet d’un de ses contes intitulé « le Pape est mort », un épisode qu’on peut considérer comme un type de mythomanie simple, dictée à un écolier