‹ Contribution à l'étude de la néphrite hérédo-syphilitique du nourrissonChapitre 10 sur 29 · OBSERVATION PERSONNELLE · texte numérisé non relu

OBSERVATION PERSONNELLE

M... Jean.

Amené à la consultation des Enfants-Assistés le 19 novembre 1928, âgé de 3 mois 8 jours, parce qu’il vomit et qu’il a la figure bouffe.

Antécédents héréditaires. — Père inconnu.

Mère : traitée pour syphilis pendant la grossesse. Pas d’autres grossesses, pas de fausses couches.

Antécédents personnels. — Né le 11 avril 1928, à terme, pesant 3.150 grammes ; la grossesse a été normale, la mère n’a pas eu d’albuminurie.

Nourri exclusivement au sein pendant 2 mois et demi, puis à l’allaitement mixte (lait Dryco) avec prédominance d'allaitement maternel.

Histoire de la maladie. — Dès la naissance, l'enfant a eu des vomissements ; ces vomissements ont été surtout fréquents vers deux mois et se sont améliorés à partir du moment où l'alimentation par le sein maternel a été complétée. Néanmoins ils n’ont jamais cessé et c’est ce symptôme qui a inquiété la mère et a fait conseiller par un médecin l’envoi à l’hôpital.

A l’examen le 19 novembre 1928, on est en présence d’un nourrisson de 3 mois pesant 4.280 grammes, d’une taille de 54 centimètres, qui frappe d'emblée par ses œdèmes. Il s’agit d’un véritable état d’anasarque : le faciès est bouli, blanc blafard ; le dos du pied est tuméfié, ainsi que celui des mains ; on y note facilement le signe du godet ; de même les téguments de la région prétibiale, des lombes, sont infiltrés.Cet œdème semble remonter à une huïtaine de jours.

Les urines ne semblent pas très rares, d’après ce que dit la mère ; un échantillon les montre légèrement troubles ; l'examen histologique permet d’y constater des hématies assez nombreuses, quelques leucocytes (surtout des Iymphocytes) ; on ne trouve pas de cylindres.

Albumine = 1 gr. 20.

L'examen révèle en outre :

Un front lombé avec circulation veineuse collatérale assez marquée.

Un coryza bilatéral.

Un épaississement des plis radiés de l’anus avec quelques éléments d’érythème papulo-érosif au niveau des fesses.

Des ganglions sus-épitrochléens bilatéraux très nets, le droit étant gros comme un petit pois, mobile, -dur, roulant sous le doigt. |

Une rate débordant légèrement, de consistance ferme.

Un foie volumineux arrivant à l’ombilic.

Un testicule droit, dur, atrophié.

Une hernie inguinale droite et une hernie ombilicale.

L'état général est médiocre ; le pannicule adipeux, quoique présent partout, est très aminci.

La température est normale.

Les réactions de Wassermann et de Hecht sont positives dans le sang de la mère et de l’enfant.

Evolution. — L'enfant est maintenu au même régime alimentaire (allaitement mixte) ; 1l tette avec un certain appétit ; les vomissements disparaissent rapidement, les selles sont normales.

Du 19 au 23 novembre, on institue le traitement suivant : XXX gouttes par jour de la solution de lactate de mercure au millième. Les œdèmes ne sont pas modifiés.

Du 23 novembre au 10 décembre, on donne 0 gr. 20 de

Lab QE

théobromine par jour. De plus, l'enfant est soumis à un traitement simultanément mercuriel et arsenical.

Le traitement mercuriel est. constitué par 4 injections intraveineuses de cyanure de mercure (0 gr. 003 ; 0, 005 ; 0, 005 ; 0,005).

Le traitement arsenical est constitué par des injections sous-cutanées de sulfarsénol à doses progressives de 0 gr.005 à:.0° 27.108.

A partir du 30 novembre les œdèmes se résorbent avec rapidité ; le 10 décembre, ils ne sont plus perceptibles et le poids de l’enfant est tombé à 3.950 grammes.

Parallèlement les urines semblent augmenter de quantité.

Leur teneur en albumine est la suivante :

80‘ novembre '..:.:..7. RE D MERE AU TÉAÉCEMDrE PATATE TER RU 1ar#50 2e doceMDro ee Nec tt. 2 gr.

5 décembre (juste après la {re in-

jection de cyanure) —.......... O0 gr. 50 6” décembre :.....:::-:......... O0 gr. 25 PT déCeMOTEN NM Se O gr. :50 ni Co AA RER COS O0 gr. 50

Du 11 décembre au 21 janvier 1929 le traitement arsenical est poursuivi seul, les doses de sulfarsenol progressant lentement de 0 gr. 03 à 0 gr. 08.

Pendant cette période lenfant n’a plus d’œdèmes ; les urines ne contiennent plus d’albumine. Le poids passe à 4.300 grammes, la taille monte à 56 em. 5 ; le foie et la rate semblent diminuer de volume ; les deux testicules sont de volume et de consistance égaux. Le coryza a disparu. Le ganglion épitrochléen gauche n’est plus perceptible ; le

droit a un peu diminué de volume.

— 18 — à Le taux de la cholestérinémie est de 2 gr. 90 par litre.

Du 21 janvier au 4 septembre 1929, l'enfant est venu

régulièrement. Un traitement antisyphilitique est poursuivi sans interruption, le traitement mercuriel (lactate) alternant avec le traitement par le sulfarsenobenzol.

La croissance se poursuit régulièrement. À 6 mois, l’enfant pèse 5 kgs ; à 9 mois 7 kgs. 300.

Les urines ne contiennent pas d’albumine.

Le 10 mai on note dans le sang 0 gr. 24 d’urée par litre de sérum. La cholesterinémie reste élevée, à 2 gr. 42

À noter que le 18 juin, malgré un traitement ininterrompu, les réactions de Wassermann et de Hecht restent positives.

Cependant, l’enfant âgé de 13 mois, pèse 9 kg. 250, Il garde un front bombé, une rate palpable; il n’y a aucun

signe de rachitisme, sauf un ventre un peu gros et flasque.

En résumé, nous avons vu évoluer chez un enfant de 3 mois nourri au sein une néphrite subaiguë, caractérisée par une anasarque, des vomissements, une albuminurie importante. Ces symptômes coïncidant avec divers stigmates d’hérédosyphilis et une réaction de Wassermann positive font instituer un traitement mercuriel et arsenical ; l’enfant guérit rapidement, a une croissance normale et se maintient guéri à l’âge d’un an.

À laide de cette observation personnelle et de 14 autres cas que nous avons pu retrouver dans la littérature et que nous rapportons à la fin de cette étude, nous allons essayer de fixer les grands traits de la néphrite hérédosyphilitique du nourrisson.

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ETIOLOGIE

À en juger par la difficulté de rassembbler des faits probants, la néphrite syphilitique du premier âge est certainement rare. Toutefois nous manquons de documents permettant de préciser si cette rareté est apparente ou réelle.

Dans quelles proportions l’hérédosyphilis précoce lèse-t-elle le rein ? Sur 31 hérédosyphilitiques mortnés ou morts rapidement dont il a pu étudier les urines, Cassel a trouvé 6 cas de néphrite caractérisée par de l’albuminurie et des celulles dans les urines. C’est là une proportion importante, qui n’a rien pour étonner si l’on se rappelle que l’hérédosyphilis précoce est une infection septicémique au premier chef.

Mais plus intéressant est d'essayer de se rendre compte dans quelle mesure les lésions rénales, quand elles existent, s’expriment cliniquement. En ce point également nous sommes bien démunis de renseignements. Dans sa thèse, faite sous l’inspiration du professeur Hutinel, Jeanne Queslier cite 73 cas de nourrissons hérédosyphilitiques ayant vécu de quelques heures à 2 ans et chez lesquels fut faite la preuve de lésions rénales : or dans dix cas seulement, ces lésions eurent une manifestation clinique reconnue. Il fau-

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drait donc admettre que chez le nourrisson les lésions syphilitiques du rein sont le plus souvent latentes et n'ont qu’exceptionnellement une expression flagrante pour le clinicien. En réalité, pour interpréter de tels chiffres, il faudrait savoir avec quelle fréquence les examens d'urine ont été pratiqués et l’on sait combien il est difficile — parfois même vraiment impossible — de recueillir les urines des nouveau-nés et des nourrissons.

Il faut tenir aussi grand compte du fait que, chez le nourrisson, l’exploration du système cardio-vasculaire est délicate. Or, surtout dans le cas de néphrites sans œdèmes (qui passent le plus facilement inaperçues) l’étude de la tension artérielle, pratiquement impossible avec ses moyens actuels, serait cependant de la plus haute utilité. Les conditions cliniques sont les principales causes du peu de progrès de nos connaissances en pathologie rénale chez le nourrisson.

Parfois il faut aussi tenir compte que, dans nombre de faits d’hérédosyphilis précoce, la note rénale est masquée par les désordres diffus provoqués par l’infection tréponémique, véritable infection générale à cet âge de la vie. Lésions cutanées et muqueuses, gros foie avec ou sans ictère, grosse rate, athrepsie : devant de tels tableaux qui paraissent expliquer sufisamment l’état de l’enfant, on pense peu à rechercher l’élément rénal associé.

Ces remarques permettent de comprendre que sans doute la néphrite hérédosyphilitique précoce est moins exceptionnelle qu'elle ne le paraît.

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