‹ Contribution à l'étude de la néphrite hérédo-syphilitique du nourrissonChapitre 9 sur 29 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

Cliniquement, l’hérédo-syphilis rénale peut se présenter de deux façons. Souvent, le tableau de l’hé-

rédo-syphilis est diffus ; la maladie frappe simulta-

nément la peau, les muqueuses et divers organes dont surtout le foie ; dans la séméiologie complexe qui en résulte, la note rénale est accessoire, voire même complètement masquée : ces faits connus de tous ne sont pas ceux que nous voulons envisager ici. Nous voulons surtout essayer de montrer qu'il est des cas où l’atteinte rénale domine la scène clinique ou même paraît isolée, en quelque sorte primitive, l'étiologie syphilitique ne se laissant dévoiler que secondairement, grâce à un examen plus minutieux.

À la vérité, de tels faits ont été jusqu’à présent rarement publiés. Nous n'avons pu en relever que quelques observations ; elles n’ont jamais, à notre Connaissance du moins, été groupées dans un tableau d'ensemble. Jointes à une observation personnelle longuement suivie, elles vont cependant nous permettre de tracer la physionomie de ce type.

La plus ancienne remonte à Bradley (1870). Il s'agissait d’une fille de 4 mois, atteinte depuis la veille d’un œdème des jambes, des bras et même de la face ; cet œdème était franc, s’accompagnait du

signe du godet (« readiley pitting on pressure ») ; les urines, très albumineuses, contenaient des cylindres épithéliaux et granuleux. Il n’y avait aucun contact scarlatineux ; des lésions squameuses de la peau apparues huit jours auparavant firent penser à la syphilis et instituer un traitement mercuriel (hydrargyrum cum creta et frictions à l’onguent napolitain). Au bout de trois semaines de traitement, œdèmes, albuminurie, cylindrurie, lésions cutanées avaient disparu.

Le cas de Hock (1894) concerne un nourrisson de huit semaines atteint d’un œdème de la verge qui donna l’idée d'examiner les urines. Celles-ci contenaient de l’albumine, de nombreux cylindres, des globules rouges et blancs. I coexistait d’autres symptômes de syphilis ; coryza à la naissance, érythème cutané. Ces signes disparurent sous l'influence du protoiodure de mercure, sauf l’albuminurie qui réapparaissait chaque fois que le traitement était suspendu.

Massalongo (1894) rapporte l'observation d’une fille de 6 mois, prématurée, née de mère syphilitique : athrepsie, syphilides cutanées, diarrhée, albuminurie, œdèmes de la face et des extrémités, convulsions, coma et mort. À l’autopsie, néphrite typique, à lésions portant principalement sur les vaisseaux.

En 1896, Audeoud, consacre un mémoire intéressant à la néphrite dans la syphilis héréditaire. Un des faits qu'il relate concerne un nourrisson de 2 mois soigné pour anasarque, albuminurie (9 gr.), cylindrurie, vo-

ve

missements, diarrhée, convulsions. L'enfant n’était porteur d’aucun stigmate hérédo-syphilitique net, mais la notion de la syphilis maternelle fit entreprendre un traitement par frictions et sirop de Gibert qui amena une amélioration extrêmement marquée ; malheureusement, une pneumonie intercurrente emporta le petit malade.

A Carpenter sont dues trois observations. L'une (1903) concerne un nourrisson de 5 semaines porteur | de lésions cutanées et muqueuses pour lesquelles un traitement mercuriel (hydrargyrum cum creta) est institué. Au cours de ce traitement apparaissent des œdèmes, une albuminurie avec cylindres hyalins, épithéliaux et hématiques. La mort survient rapidement et l’autopsie montre une néphrite caractérisée par l'intensité et la diffusion des lésions de sclérose conjonctivo-vasculaire. La deuxième observation (1906) de l’auteur a trait à un enfant de cinq semaines amené pour anasarque, avec grosse rate, et qui meurt rapidement ; le diagnostic est ici une découverte d’autopsie. La troisième enfin (1907) a trait à un nourrisson de trois mois infiltré d’œdèmes depuis huit jours ; on note en même temps une albuminurie massive de 23 gr. par litre, avec cylindrurie. Pas d’autres signes de syphilis qu’un coryza muco-purulent et des traces d’éruption cutanée. L'enfant est mis au traitement mercuriel (hydrargyrum cum creta), mais il est rapidement emporté par une péritonite à pneumocoques. L’autopsie montre une néphrite interstitielle avec sclérose des glomérules.

Dans un travail sur les œdèmes des nouveaux-nés et des nourrissons, d’Astros (1907) réserve un chapitre aux œdèmes des hérédo-syphilitiques. Trois de ses observations rentrent dans le cadre de la néphrite syphilitique du nourrisson, et concernent des enfants âgés respectivement de 3 jours, un mois et demi et quatre mois ; chez tous l’œdème était le symptôme prédominant ; chez deux d’entre eux la néphrite se manifesta en outre par des convulsions généralisées. L'auteur insiste sur le fait que la néphrite peut être la seule manifestation révélatrice de l’hérédo-syphilis.

Dans un second travail (1908) il rapporte un quatrième cas mortel survenu chez un bébé de 28 jours et caractérisé par de l’anasarque, une anurie, puis une oligurie avec albuminurie massive.

Un fait de Trolard et Laffont (1913) mérite d’être retenu : nourrisson de 2 mois atteint d’œdème progressif des membres inférieurs avec grosse albuminurie, persistant pendant deux mois, puis cédant rapidement à des frictions mercurielles ; ultérieurement, apparition d’une ascite considérable avec gros foie ficelé, également améliorés par un traitement spécifique.

Enfin signalons un cas observé par V. Hutinel (1919) : fillette de 19 mois, prise brusquement de fièvre à 3998, œdèmes, albuminurie massive. La réaction de Wassermann est positive dans le sang : dix injections intramusculaires de 0,003 milligrammes de benzoate de mercure amènent la disparition de ces symptômes.

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