‹ Contribution à l'étude de la néphrite hérédo-syphilitique du nourrissonChapitre 14 sur 29 · ANATOMIE PATHOLOGIQUE · texte numérisé non relu

ANATOMIE PATHOLOGIQUE

Nous serons brefs sur ce chapitre, auquel nous n'avons d’ailleurs aucun fait personnel à ajouter. Toutefois les documents qui existent épars dans la littérature sont assez nombreux ét assez précis pour nous engager à livrer ici les traits essentiels de l’anatomie pathologique des néphrites syphilitiques du nourrisson.

Les documents sont de divers ordres.

Les uns concernent des autopsies de fœtus, de mort-nés et de nouveau-nés ayant à peiné vécu. Ce sont les plus nombreux. Ils permettent de saisir Vaction sur le rein de l’hérédosyphilis, pure de toute autre intervention étiologique. Par contre, les lésions rénales ñe sont pas isolées ; elles coéxistent avec des désordres multiples, viscéraux et vasculaires, parmi lesquels l’atteinte hépatique est la plus marquée ; la hote rénale n’est qu’un détail de l’ensemble. Tels sont les faits étudiés par Hutinel à l’hôpital Lourcine (1883-1885), par Duranté (1901) et par de Sinety (1877), Gallus (1893), Karvouen (1900), Cassel (1904), Wiesner (1905), Brühas (1906).

Les autres ont trait à des nourrissons ayant vécu un temps variable de 2 mois à 2 ans : ils sont beaucoup

ir Ges

plus rares. Là encore les lésions rénales s'associent fréquemment à d’autres altérations viscérales, mais l'atteinte rénale est plus souvent prépondérante ou même isolée. Nous avons pu réunir six autopsies de malades répondant à ce type.

Macroscopiquement, on peut ne noter aucune altération nette, même au cas de lésions histologiques importantes. Aussi le premier fait à mettre en relief est-il que l’œil nu ne saurait prétendre à faire, à coup sûr, le diagnostic d’hérédosyphilis du rein.

Il existe cependant quelques cas exceptionnels de gommes du rein ; il en était ainsi dans une observation ancienne de Parrot, qui, dans son livre, donne le dessin d’un rein de nouveau-né, présentant, sur une coupe sagittale, des gommes ramollies centrées par un caillot sanguin. Plus récemment, l'observation de Haushalter et Richon présente un réel intérêt. Chez un enfant de 9 mois mort de convulsions le jour de son entrée à l’hôpital, ces auteurs ont trouvé à la surface du rein gauche de petites saillies rondes, régulières, violacées, variant du volume d’un grain de chènevis à celui d’un petit pois ; sur le rein droit existait une seule saillie analogue ; à la coupe, ces saillies étaient formées d’une masse de consistance semi-gélatineuse tranchant par sa teinte violacée sur le fond pâle du rein. Dans d’autres cas, le rein a paru simplement augmenté de volume (Krause) ou même atrophié. La coloration pâle de l'organe est souvent notée. Parfois on observe des taches jaunes diffuses ; Parrot a signalé un petit piqueté blanc jaunâtre ana-

PE 1, logue à des grains de farine ou de semoule ; Karvouen cite un cas de Tobeitz où les reins volumineux présentaient un piqueté hémorragique. Il est difficile de déterminer dans quelle mesure ces altérations banales sont dues à la syphilis.

Histologiquement, il s’agit de néphrite mixte, c’està-dire avec association de lésions interstitielles et de lésions parenchymateuses. L’un des deux types prédominant le plus souvent, on peut décrire une néphrite à type interstitiel et une néphrite à type parenchymateux. À ces deux ordres de lésions peuvent s'ajouter des gommes à structure spécifique ou de la dégénérescence amyloïde.

Dans le cas de néphrite surtout interstitielle, — cas le plus fréquent — ce qui domine sur les coupes ce sont les lésions du tissu conjonctif et des vaisseaux. Le tissu conjonctif est épaissi irrégulièrement et, en certains points, refoule et comprime glomérules et tubes urinifères. Les lésions ont divers aspects selon leur âge ; quand l'infection est de date récente, on voit une infiltration de cellules rondes, lymphocytes, plasmocytes, ou cellules embryonnaires disséminées en nappes ou conglomérées en flots. S'agit-il d’infection plus ancienne, un tissu de sclérose jeune tend à s'organiser ; on trouve un fouillis d'éléments conjonctifs, fait de cellules fusiformes ou plates dans lequel on retrouve des nids de lymphocytes.

Les lésions sont axées par les vaisseaux ; l’en-

dartérite oblitérante d’Heubner, la périartérite y sont constamment associées ; elles signent la na-

ture syphilitique de cette néphrite interstitielle.

À côté des lésions interstitielles, on note plus ou moins de lésions épithéliales associées, et il est hors de doute que l’hérédosyphilis peut créer des lésions parenchymateuses. Ce type est cependant, moins fréquent que le précédent. Il est caractérisé par des altérations des tubes et des glomérules, altérations qui occupent surtout la région corticale. Les cellules des tubes contournés présentent de la tuméfaction

trouble, des dégénérescences ; leur lumière est de

plus en plus obstruée par des cylindres hyalins ou granuleux (Massalongo). Les glomérules sont congestionnés ; les anses vasculaires dépouillées de leur épithélium ; parfois même, le peloton vasculaire est converti en une masse incolore, jaunâtre, contenant des noyaux épars.

Dans ces lésions diverses, ce qui éveille surtout l’idée de syphilis, c’est l'intensité et la diffusion des lésions artérielles (Maffucci, Massalongo, Marchiafava, Haushalter et Richon). Cependant on trouve çà et là des aspects véritablement spécifiques : gommes. miliaires ou îlots de lymphocytes en vaie d’organisation nodulaire (Parrot, Klebs, Bajinski). Enfin, très fréquemment, on peut mettre en évidence sur les coupes de la dégénérescence amyloïde.

IL faut signaler à part les lésions constatées par Durante dans un cas particulièrement intéressant. Le rein (comme d’ailleurs le poumon), était criblé de petites nodosités, saillant à la surface de l'organe, assez régulièrement circulaires, et affectant à la

en OÙ coupe une forme pyramidale. Alors que macroscopiquement, le diagnostic de gomme semblait certain, l'étude microscopique montra qu'il s'agissait de foyers de nécrose dus à des infarctus eux-mêmes

. secondaires à des lésions d’endartérite oblitérante

syphilitique des vaisseaux profonds.

Le tréponème a pu être coloré sur les coupes, particulièrement dans les reins de fœtus et de mort-nés.

Page 1