‹ Contribution À L'étude De La NeurasthénieChapitre 15 sur 22 · OBSERVATIONS · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS

OBSERVATION I. Dégénérescence et transmission hérédilaire.(1)

M. et Mme B... sont arthritiques, nés d’arthritiques ; on trouve dans leurs antécédents des obèses, des rhumatisants chroniques, des migraineux simples. Ils sont cousins germains. Ce sont des commerçants aisés, vivant bien et heureux ; ils ont deux enfants, l’un meurt à 45 jours, on ne sait de quoi, le second est un peu chétif, maisne présente aucun accident diathésique. Mme B. devient enceinte une troisième fois, mais à ce moment son mari perd sa fortune, la gène succède à l’aisance, les soucis et les peines accablent le jeune ménage. Sur ces entrefaites Mne B... accouche d'un enfant idiot. Quelque temps plus tard, les ennuis ont un peudiminué, mais la gêne persiste, un quatrième enfant naîtet peu après sa naissance, il est couvert d’eczéma.

OBSERVATION II. Dégénérescence et transmission héréditaire. (2)

Mme Zig... est une femme petite bien portante, jamais elle n’a eu d’autres maladies que la variole en 1870. Ses parents sont morts très âgés sans avoir jamais présenté de troubles arthritiques ; ils habitaient la campagne, cultivaient laterre et vivaient fort bien du fruit de leur travail. Jamais ils ne faisaient d’excès.

Mne Zig.. a connu tousses grands parents, ils ne présentaient aucune tare pathologique ; ils sont morts très vieux.

Cette dame vint à Paris et épousa un ouvrier peintre en décors. Ce dernier ne comptait dans sa famille aucun arthritique, lui même ne présentait pas les signes de cette diathèse. Il y a quatre ans, il devint

(1) IscH-WaLL. Arthritisme et Cancer. Thèse Paris 1890. (2) Doct. Isc-WaLL. Arthritisme et Cancer. Th. Paris 1890.

phtisique à la suite de misères et de privations de toute nature. Le travail manquait, il y avait à la maison trois enfants à nourrir, on vivait dans un galetas ; Les soucis, la faim, la vie dans un milieu insalubre eurent vile raison de sa santé. À ce moment, sa femme devenait enceinte d’un quatrième enfant. Or, les trois premiers, nès pendant que la famille était dans une aisance relative sont bien portants, et vigoureux, la quatrième est une fillette de 14 ans d'assez bonne apparence, mais nerveuse, sujette aux migraines et ayant déjà présenté une attaque de rhumatisme articulaire subaigu,

OBSERVATION III. Neurasthénie. Troubles gastriques. HERZOG.

Marie Schultz, 27 ans; antécédents héréditaires bons. Anémique depuis le moment où elle a été réglée. Aurait souffert de l'estomac depuis 20 ans. Elle a eu des conditions d'existence misérables (préoccupations, soucis, emcilations dues à des amours malheureuses).

Etat général mauvais, appétit disparu ; il est survenu des malaises et des douleurs de tête, maux d'estomac, renvois et vomissements, pas d'hématémèses.

Douleur de toute la région stomacale non augmentée par la pression.

Examen du suc gastrique :

1er essai. — Acidité totale = 4 pour 1000 dont :

0,13 pour 1000 d'acides volatils

DES » d'acide lactique

3,43 » » chlorhydrique.

2e essai. — Acidité totale — 8 pour 1000 dont :

0,16 pour 1000 d'acides volatils

0,26 » » d'acide lactique

2,59 » > » chlorhydrique.

3e essai. — Acidité totale — 4,32 pour 1000 dont :

0,08 pour 1000 d'acides volatils

0,84 » » d'acide lactique

3,74 » » chlorhydrique

La motricité est normale,

Mer OBSERVATION IV (4). Troubles gastriques . Neurasthénie.

Dèbut de la maladie à 22 ans ; le sujet a commencé à vomir quatre années plus tard. Il ressentait des douleurs intenses à l’épigastre après le repas, et se soulageait en provoquant des vomissements, qui étaient d'une acidité extrême. Après un premier renvoi alimentaire, il rejetait une ou deux heures plus fard; une quantité de liquide clair, beaucoup plus considérable que celle ingérée et qui le brulait au passage.

Depuis ce moment, le malade suit un traitement (charbon de Belloc, craie préparée, beaucoup d’alcalins); il a pris aussi de la noix vomique.

Les antécédents héréditaires ne donnent rien d'intéressant. Le sujet est un nerveux, qui n’a pas eu de maladies antérieures : Les tracas ont eut une influence manifeste sur sa fonction stomacale.il n’a jamais eu d’hématémèses ; jamais de mélæna.

OBSERVATION. V — Neurasthénie. Troubles gastriques. (Malade suivi en ville) (2).

X. 35 ans, artiste peintre, sans antécédents nerveux héréditaires.

Antécédents personnels. — Aucune maladie avant ou après le début de l'affection. Apparition des douleurs gastriques il y a 12 ans, à la suite de l'absorption de 4 ou 5 absinthes, le sujet étant ordinairement d'une sobriété parfaite; douleurs à l'estomac, pyrosis, vomissements acides. Un mieux notable s’est produit pendant assez longtemps, puis sous l'influence de contrariétés, la gastralgie a reparu. Jamais les vomissements n’ont contenu de sang; pas de mélœna; pas d'attaques d'hystérie, mais état nerveux marqué.

Le malade a consulté à ce moment Raspail, qui Jui a fait la prescription suivante:

Bains d’eau sédative. Au moment des douleurs, prendre une tasse de bourrache contenant nu grumeau de camphre. Lotions d'eau sédative au creux épigastrique. Prendre tous les deux jours de la rhubarbe.

Il s'est produit une légère amélioration quin’a pas persisté longtemps.

(1) Monnier. Th. Paris 4890, d’après le Dr RÉMoND. (2} Thèse Monnier. Paris 1891.

Les douleurs continuant toujours, le patient a pris successivement de la pepsine, puis de la quassine, ce qui lui a procuré pendant un mois environ un soulagement notable.

A ce moment, il recevait d’un empirique le conseil de boire chaque matin un verre de son urine et lorsque ses douleurs gastriques le reprirent, il fit consciencieusementce remède. Pendant 15 jours il absorba chaque matin un verre de ses urines et, chose intéressante, s’il n’en obtint aucun soulagement de sa gastralgie, il n’'éprouva du moins aucun trouble sérieux, n’eût jamais de maux de tête, jamais de vomissements.

En 1888, il alla consulter notre maître le professeur Debove, qui ui prescrivit 60 grammes de poudre de viande à prendre par jour, déjayée dans 3 verres d’eau, et additionnée de 6 grammes de bicarbonate de soude et de 5 grammes de craie préparée ; le tout devait être absorbé au moyen du tube. |

Le malade qui se traitait chez lui eut une amélioration presque subite, mais ayant été géné dans ses affaires, et ne pouvant entrer à l'hôpital il suspendit son gavage, qui n'avait été pratiqué que pendant un temps insuffisant. Malgré cela le mieux était tel, que le malade se crut guéri et ne soigna que fort peu les quelques accès douloureux qu'il avait de loin en loin.

Etat actuel. — X. est maigre, d’un aspect chétif; il n'a pas de pyrosis, mais des crampes fort douloureuses, 2? ou 3 heures après le repas : s’il marche au moment de ses crises, il vomit et est aussitôt soulagé. Il n’a jamais vomi le matin à jeun ; le ballonnement du ventre est constant, e{ nous n'avons pas liouvé de dilatation de l'estomac. Au moment des crampes apparaissent des vertiges, puis 2 heures après les repas, surviennent des baillements. La bouche est pâteuse et amère le matin au réveil, la langue est toujours très chargée.

La gaielé influe beaucoup sur l'étal du malade et s'il a mangé en compagnie d'amis sa digestion se fait bien. Le temps orageux l’énerve au possible et sous cette influence ses douleurs s'exagèrent. L’insomnie est fréquente chez lui, etla sensation de vide cérébral alterne souvent avec l'état gastrique

Nous n'avons trouvé chez lui aucun signe d’hystérie, mais c'est un nerveux tacilement émotionnable, Il est très-sobre, fume un peu la cigarette

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sans que la diminution ou l'augmentation de la quantité de tabac consommée par jour, ait d'influence sur son état gastrique.

Il se sonde lui-même facilement avec le tuhe, et se fait de temps en temps quelques lavages dont il retire un soulagement momentané ; jamais en se sondant à jeun il n’a ramené d'aliments de la veille qui n'auraient pas été digérés.

Le {1 juin, nous administrons au malade un repas d’épreuve composé de 1/2 litre de lait et un petil pain blanc. L'estomac est vidé au moyen du tube; on retire 400 ec. d’un liquide blanchâtre, ne contenant que quel-

ques petits grumeaux peu nombreux. Le tube a été amorcé avec un peu d’eau.

Réaction de Gunzburg très-nette.

Hcl — 2,47 pour 1000.

Réaction franche du biuret.

Pas de réaction d'Uffelmann.

Nous avons prescrit au malade des lotions froides sur le thoraæ (qui sont souvent aussi bonnes et moins coûteuses que des douches), puis 1 gr de bromure de sodium par jour.

Sous l'influence de ce traitement, ses douleurs sont moins violentes; il

se sent plus fort et dans quelque temps pour complèter les chances de guérison nous le mettrons au gavage.

OBSERVATION VI. — Neuwrasthénie. Troubles gastriques. (1).

M. D... agent de change, 40 ans.

Antécédents personnels. — Une tuberculose du poumon droit, accompagnée d'hémoptysie, avec carie des troisième et quatrième côtes gauches. Guérison (les crachats, examinés vingt ans après à l’occasion d’une grippe intense, ne contenaient pas de bacilles, et le malade ne s’enrhume jamais).

Existence très agitée, préoccupations vives el nombreuses, fatigues.

(4) KyrrakipÈs. Contribution à l'étude des dilalahions gastriques. Th. Paris 1891.

ot

Après une série d'opéralions de bourse très pénibles, douleurs d’estomac, perte de l’appétil el des forces.

A ce moment, nous voyons M. D... il est pâle, amuigri, la physionomie est triste, l'esprit sans cesse préoccupé : idées hypocondriaques. Constipation opiniâtre ; dégoût des aliments, la physionomie est celle d’un cancéreux. Traité antérieurement par H C 1 qui a aggravé l’état.

L'examen du suc gastrique montre un excès notable d’acide chlorhydrique. L’estomac est très dilaté : le bruit de clapotage est perçu nettement à 4 travers de doigt au dessous de l’ombilic.

Traitement. — Douches froides. Bicarbonate de soude, par paquets de o grammes au moment où apparaissent les douleurs (4 heures environ après les repas). Régime : œufs, viande, pas de féculents.

Amélioration notable dès les premiers jours du traitement. Mais l'amélioration ne fait de sérieux progrès qu'après wa changement complet d'existence (repos à la campagne.)

OBSERVATION VII. Neurasthénie. Troubles gastriques. (1).

D... 34 ans. Employé dans un grand magasin de nouveautés. fatiques, soucis l'acration insuffisante. Hyperchlorhydrie nette. On lui prescrit 5 grammes à prendre au moment ou apparaissent les malaises caractéristiques. Ce malade a continué le traitement pendant six mois. Au bout de ce temps, les malaises ont disparu et l’acidité gastrique est normale. Il est vrai de dire qu'en même temps, les conditions d'existence ont äbsolument change.

OBSERVATION VIIT. — Newrasthénie. Vomissements pituitaires. (2?)

X... 82 ans. Pas d'antécédents héréditaires intéressants. Il a peut-être eu la syphilis, ses déclarations ne sont pas précises à ce sujet. ILy a

(1) THomas Kyrrakipés. Contribution à l'étude des dilatations gastriques. Th. Paris 91.

(2) T. Mouxrer. Thèse. Paris 1890, tirée du mémoire du docteur RÉMOND.

trois ans, après une série de contrariétés, il se mit à vomir après avoir eu pendant les semaines précédentes des accès depyrosis, Le malade vomit deux fois par jour, ? ou 3 heures après le repas. Le matin, à jeun, il rendait de l’eau qui peu à peua renfermé de plus en plus d’aiiments.

L’estomuc est distendu, le matin, à jeun, on perçoit le clapotement à quatre travers de doigts au dessous de l'ombilic. Par la sonde, on retire une pleine cuvette d’un liquide gris, sale, mélangé d'aliments et d'une odeur insupportable: celiquide très acide donne la réaction de Gunzburg.

OBSERVATION IX. Neurasthénie, dilatation de l'estomac, entéroptose, entérosténose, due à l’obligeance de M. le docteur ETTINGER, médecin des hopitaux.

Madame X... âgée de 29 ans a toujours jouid'une bonne santé, jusqu'à l’année 169). A cette époque, à la suite de très vives et très violentes émotions morales causées par des chagrins domestiques, elle commença à maigrir et à se plaindre de troubles digestifs ; ces troubles n’ont fait que s’accentuer progressivement jusqu’à l'année 1892, environ dix huit mois après le début des accidents.

A cette époque, elle présentait tous les signes d’un état général grave : amaigrissement extrême (le poids du corps a diminué de quarante livres depuis le début des accidents) fatigue continuelle, impossibilité ‘de se livrer à un travail physique ou intellectuel quelconque.

Le caractère a notablement changé : il est devenu irritable à l'excès et les moindres choses sont l’occasion de préoccupations et de soucis exagérés.

Le sommeil à presque disparu ; c'est avec peine, que Madame X... peut s'endormir le soir. S'il lui arrive de s’éveiller vers deux heures du matin, par exemple, elle ne peut plus se rendormir avant la fin de la nuit, vers 5 ou 6 heures. Elle se réveille brisée, fatiguée. Pas de céphalée, mais de la lourdeur de tête et de la perte de la mémoire. C’est surtout du côté de la digestion que les troubles sont prédominants : la constipation est tenace, opiniâtre, dure le plus souvent cinq ou six jours, ou même davantage, les digestions sont lentes, pénibles, s’accompagnent d’éructations et surtout d'une sensation pénible de pesanteur dans la région épigas-

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frique et de douleurs angoissantes dans la région dorsale ; l'appétit, maloré cela est conservé.

L'examen démontre que l'estomac, à jeun, 546 heures après les repas, est très notablement dilaté: le clapotage s'entend, en effet, à trois travers de doigt au dessous de l’ombilic.

La palpation abdominale montre, en outre, que soit sur le trajet du colon transverse, soit sur celui de l’$S iliaque, le gros intestin est comme rétracté sur lui-même, formant une véritable corde. Cet examen est facilité du reste par la grande flaccidité des parois abdominales, amaigries et distendues par deux grossesses antérieures.

La menstruation a complètement cessé depuis 9 mois.

Diagnostic : Neurasthénie ; dilatation de l'estomac avec entéroptose et entérosténose.

Ici la neurasthénie ne semble quère trouver son explication que dans des causes morales, de très grands chagrins domestiques, abandon du domicile coujugal par un mari volage, perles d'argent.

La prédisposition même, n'est que difficilement établie, car il s’agit d'une jeune femme d’une bonne santé antérieure et dont les parents, père et mère, n'ont présenté aucune tare névropathique. On ne retrouve aucun accident de ce genre du côté des ascendants collatéraux.

OBSERVATION X. (personnelle). Neurasthénie essentielle cérebrogastrique.

H... actuellement 80 ans.

A. H. Grand-père paternel mort à 87 ans. Grand-père maternel mort à 79 ans. Grand-mère maternelle morte subitement à 53 ans. Grand-mère paternelle obése, morte à 63 ans. Père très bien portant, a aujourd’hui 97 ans, et n’a jamais été malade; mère morte à 60 ans d'hémorrhagie cérébrale, a une sœur ayant eu à 42 ans un rhumatisme articulaire aigu, et devenue obèse à 82 ans.

A. P. Rougeole à 12 ans, très bien portant jusque l'âge de 26 ans.

En juillet 1888, éprouve de grands ennuis dont il se frappe énormément; de très gai, il devient sombre ; ses nuits se passent dans l’insomnie, le travail intellectuel devient difficile et bientôt H..., accuse

une sensa{ion particulière de contriction de la tête (casque des neurasthéniques) et de vide cérébral, qui lui font croire qu’il est atteint d’une affection organique du cerveau. Ætudiant en médecine, H.…., lit alors avec avidité, tons les livres traitant des maladies cérébrales, il croit toujours être atteint, après ses lectures, de la dernière maladie qu’il vient. d'étudier.

H..., après un séjour de quelques mois à la campagne, séjour qui a amélioré légèrement son état, rentre à Paris où ses préoccupations le reprennent: l'insomnie reparait plus tenace que jamais, le sommeil, quand il existe, est peuplé de cauchemars, de sorte que le malade est absolument brisé au réveil; la céphalée, qui s'est accrue est remplacée à certaines heures par une sensation étrange de vide cérébral, de légèreté de la tête qui fait croire au malade qu'il est atteint de ramollissement cérébral ou de paralysie générale; l'amyosthénie est alors considérable, l’impotence fonctionnelle du cerveau est complète, cérebraslhentie, et H..…, qui a déjà abandonné ses études ne peut même plus lire un journal sans fatigue ; il est alors sujet à des contractions fibrillaires affectant surtout la face, principalement l’orbiculaire des paupières. Le malade absolument surexcité par son état, effrayé par tous les symptômes qui l’accablent, s'adresse alors à un grand nombre de médecins, qui le considèrent tous comme un hypocondriaque, lui conseillant simplement comme traitement, la vie au grand air, le reposintellectuel et les exercices physiques. Il se soumet pendant un mois rigoureusement à ces indications, loujours poursuivi par les mêmes idées fives, qui le portent à croire qu'il ne guérira pas. Il a alors de véritables accès de crises neurasthéniques, passe des journées entières à pleurer dans sa chambre, ne mange presque plus et après le repas il ressent une sensation de douleur et de plénitude dans l’estomac; des bouffées de chaleur lui montent au visage. Après les repas que le besoin de dormir se fait énergiquement sentir, mais après une demi-heure de sommeil, H..., se réveille la tête lourde et douloureuse avec une sensation de lassitude générale. La constipation est alors opiniâtre et les borborygmes assiègent le malade jour et nuit; on peut alors observer chez lui tous les signes d’une véritable flatulence : ballonnement de l’estomiac, et météorisme abdominal, éructations ; H..., est souvent pris de vertiges qui lui font craindre de traverser les grandes

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places (agoraphobie); il tombe d’ailleurs plusieurs fois sur le parvis Notre-Dame en se rendant à l’'Hôtel-Dieu ; quelquefois ses vertiges sont de simples étourdissements; d’autre fois, ils se produisent avec sensation d’oscillation du sol et de chutes.

À ce moment (Janvier 1889) on traite alors H. pour une dilatation de l'estomac; après un repas d'épreuves, l'analyse du suc gastrique est consciencieusement faite; on portele diagnosticde hyperchlorhydrique, on conseille le lavage de l’estomac, bicarbonate de soude à haute dose, antiseptie intestinale et régime sec. H.... ne doit boire qu'un verre d'eau à chaque repas.

C'est alors que les troubles généraux s’aggravant de plus en plus, la céphalalgie et la cérébrasthénie ne quittent plus le malade, la dilatation del’estomac est d’ailleurs nettement accusée, le clapotage s'entend à trois travers dedoigts au-dessous de l’ombilic: et en moins de4 mois de régime le malade a perdu énormément de son poids, il ne boit plus et est abso- Ilument déséquilibré : il s’effraie de la grandeur de ses pupilles qui sont très dilatées et inégales ; il a de plus de l’asthénopie et de la photophobie: H... n’a plus de volonté et il faut que ses amis l’encouragent constamment pour lui faire supporter sa douloureuse existence. L'un deux lui conseille alors un traitement anti-nerveux qu'il déclare avoir vu donner de bons résultats dans certains cas analogues. — Le malade a l'ordre de ne plus s'occuper de son estomac, de s’efforcer de manger, il prend de 4 à 6 grammes de bromure de potassium par jour pendant trois mois, suit un régime tonique et reconstituant. Le verre d’eau est successivement remplacé par de l’eau rougie, voir même un peu de vin pur, un peu de café et d'alcool qui sont très bien supportés, orûce au bromure qui paraëll limi- Ler leur action exilante. Les douches également ordonnées et d’abord mal supportées, ainsi que l'électricité statique, améliorent de plus en plus l’état du malade; la constipation disparait etavec elle les borborygmes ; la Cérébrasthénie elle-même s’atténue et H... dont le sommeil est revenu au bout de quinze jours de ce traitement, se sent beaucoup moins fatigué au réveil; ses préoscupations morales, bien que persistant toujours ne retentissent plus aussi douloureusement sur son état général. H... est plus résigné, s’affecte beaucoup moins au sujet de sa santé, son irritabilité est diminuée, la céphalalgie n'est plus quotidienne et six mois après le

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début du traitement anti-nerveux, H... a pu reprendre ses études etil ne lui reste actuellement (4 ans après le début de ses accidents neurasthénques) qu’un estomac toujours dilaté, (le clapotage est encore très net),une certainoirritabilité de caractère et un peu d’affaiblissement de la mémoire Il lui est aussi resté une diminution assez considérable du pouvoir de l’atention (hétérophémie et surtout de la dyslalie neurasthénique qui fait que H... trouve difficilement ie mot dontil a besoin dans la conversation et qu’il en prononce souvent plusieurs avant de trouver celui qu’il cherche ; il lui arrive encore quelquefois de demander un objet pour un autre par exemple un livre pour son journal. A l'heure actuelle, le travail intellectuel est redevenu relativement facile : H.. a repris toutes ses occupations et études et sa santé est relativement prospère.

Un certain nombre des observations suivantes nous ont été communiquées par notre ami le D' Levillain dont on connaît l’intéres sant travail sur la Neurasthénie. Ces observations nous paraissent concluantes dans le sens de l'interprétation étiologique que nous proposons. Toutefois le D' Levillain croit jusqu’à nouvel ordre de voir réservér son opinion sur l'intensité d'action et la fréquence des causes morales dans le développement de la neurasthénie.

OBSERVATION XI. Neurasthénie cérébro-gastrique. (LEVILLAIN).

P.. Médecin, 57 ans, n’a pas d’antécédents héréditaires morbides. A 26 ans, impression morale vive due à la perte d'un enfant. Dernièrement, perte de sa femme, ce qui l'a vivement affecté.

Exercice médical très fatigant, préoccupations intellectuelles, politit ques et autres.

Le malade paraît être un névropathe de longue date.

A seize ans, il a vu mourir sous ses yeux son frère noyé; à parlir de cemoment, la mémoire a diminué. Ilraconte avoir eu une émission permatique involontaire au inoment d’une composition écrite inachevée à l'heure voulue.

De 30 à 40 ans, le malade a fréquemment des poussées d'herpès, soit au niveau du genou, soit sur la région lombaire.

Le malade accuse des douleurs fulgurantes au bras gauche, affaiblissement musculaire général, atonie gastro-intestinale provoquant de la dyspepsie flatulente avec pyrosis, atonie du gros intestin entraînant un peu de prolapsus rectal,

Sommeil pénible, diminution du réflexe rotulien. Céphalalgie en casque, affaiblissement du sens génital. Ces différents symptômes ont persisté pendant 25 ans. Aujourd’hui l'états’est amélioré les forces musculaires se sont un peu relevées. Mais ce qui fatigue surtout le malade ce sont les sensations douloureuses en plaque, au niveau de la région occipitale, la rachialgie et l’atonie gastro-intestinale.

Le travail exagéré ou la fatigue physique favorise l'apparition de la gastraloie.

Grande indécision dans le caractère.

Le traitement suivi par le malade a varié à l'infini il a épuisé les eupeptiques, les toniques, les douches ete, et la seule chose qui l'ait réellement soulagé, c’est le traitement électrothérapique.

OBSERVATION XII. Neurasthénie, forme gastro-intestinale LEVILLAIN.

Eug... P. notaire, 36 ans — À. P. migraines vulgaires.

Hérédité arthritique (père rhumatisant).

Bien portant jusqu’en 1889, où, il éprouva une série de chagrins. Longue maladie de sa femme, mort de son père et surtout mort imprévue d'un de ses amis, qui l'ont vivement affecté et paraissent avoir été le point de départ de ses accidents.

Début par des vertiges avec agoraphobie et surtout phobie pour la foule et les réunions bruyantes ; a dù quitter l'Exposition Universelle, bien qu'il y fût venu pour se distraire et s’enlever aux idées tristes et à l'inquiétude causée par la mort brusque d'un de ses amis. Dès lors, le malade s'étudie et son attention se porte vers les voies digestives. Bientôt il ressent de la pesanteur après les repas, des crampes et des envies fréquentes d'aller à la garde-robe avec la coccydmie de Beard: grande prostration psychique et physique. Amyosthénie intense, céphalée (casque

avec visière) état vertigineux, « en marchant, il me semble que j6 suis ivre ». Sommeil très léger avec rêves. linpuissance genitale, rèves d'enterrements et d'accidents : phobie des voyages à la suite d’un accident de voiture.

Impressionnabilité extrême. Abattement et irritabilité, désemparement complet et impossibilité de travailler.

OBSERVATION XIII, due au Dr LevirraiN. Neurasthénie. forme gastrique

Mar... Jos..…., 32 ans journaliste. À. H, père vivant, 89 ans, sciatique, mère morte à 60 ans d’apoplexie cérébrale, oncles et tantes très nerveux.

A. P. rougeole et pneumonie dans l’enfance,pas d'autres maladies, mais toujours un peu nerveux, très sensible aux orages, jeunesse gâtée, situation de fortune permettant alors toutes les distractions : pêche, chasse, voyages; fait ses études et prend diplôme sans fatigue, puis à 26 ans des revers de fortune l’obligent à chercher une situation. Ilentredansle journalisme où les soucis d'argent et l'obligation d'un travail inaccoutumé paraissent présider au début des accidents. L'état actuel est caractérisé par les principaux symptômes de la neurasthénie: céphalée, douleurs oculaires et batfements temporaux, sensation de vide, accès douloureux, migraine, formes se produisant à la suite detravaux pénibles ; compte ren-

dus de cour d'assises où il éprouve des impressions morales désagréables,

durant seulement 4 à 2 heures; pas de casque ni de constriction habituelle.

Rachialgie et scapulalgie très acceutuées, maux de reins fréquents et lourdeur de plomb sur les épaules.

Troubles gastriques légers, inappétence, un peu de pyrosiset de pesanteur après les repas, constipation.

Sommeil agité quelquefois, rêves pénibles, (enterrements, accidents) soubresants musculaires et crampes.

Troubles sensoriels : fourmillements dans les extrémités, bourdonnements d'oreille, bruissements pendant le travail de rédaction, sensations pénibles de chaleur sèche aux extrémités.

Etat mental : instabilité, colères violentes, brise ce qu'ila sous la main:

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très émotif, impressionnable jusqu'aux larmes pour des futilités, un peu de pathophobie, craint d’avoir une lésion rénale ou d’être menacé de tuberculose pulmonaire par déchéance progressive de ses forces.

Traitement psychique au cours des séances de Franklinisation, séjour à 500 (Royat) eau thermale légère, grande amélioration en 4 semaines Depuis, nouvelles de guérison complète.

OBSERVATION XIV. due au Dr Levizzain. Neurasthénie, Arthrilisme.

CG... de C..., avocat 31 ans. Vivant dans ses propriétés et s'occupant très activement de questions sociales et agricoles.

A. H. arthritisme, migraines chez la mére, rhumatisme chez le grandpère maternel.

A. P. lui-même a eu à diverses reprises, des poussées d’eczéma, toutefois se porte habitueilement très bien, physionomie respirant la santé, dehors très mondains, plein d’entrain et d'apparentegaité : car, au fond de lui, couve un chagrin profond du à la mort imprévue de su jeune femme, chagrin qui parait avoir présidé à l'éclosion de ses malaises : ils datent de cette époque et sont caractérisés par de la céphalée à forme de pression et de constriction, de l’insomnie ou des sommeils troublés par d’affreux cauchemars, le matin il se réveille brisé, avec amyosthénie douloureuse, la tête lourde, les idées confuses et la sensation intracrunienne d'une outre pleine à en crever.

Il n’a plus la même énergie qu'autrefois, ni le même zêle pour l'étude des questions qui le passionnaient. [ dissimule sous un extérieur élégant, une tristesse et un découragement profonds. L'éducation de son fils et ses convictions le rattachent seules à la vie; car il est hanté par des idées de suicide. Les désirs génitaux, autrefois intenses, font complètement défaut; constipation, pas de troubles dyspeptiques autres qu’un peu de gonflement après les repas, de temps ‘en temps, accès de fièvre, dont l'un fut un jour, immédiatement enrayé par le bain statique.

Traitement franklinique simple, disparition dela céphalée et de l’amyosthénie qui était un des phénomènes dominants: sommeil de 6 heures,

rêves moins fréquents et moins tristes et surtout guérison complèted'une parésie des membres inférieurs que le malade trainait avant le traitement.

OBSERVATION XV, due au Dr LEVILLAIN. Aystéro-neurasthénie. Arthrilisme

Me Bu... 40 ans rentière, mariée à 93 ans, pas d'enfants.

A. H. Père rhumatisant et névropathe, mère três nerveuse, oncle ayant eu de la « faiblesse céréhral2, avec scrupules exagérés. »

A. P.migraines avec vomissements dès sa jeunesse, maïs en dehors de cela très bonne santé, aucune maladie ni trouble spécial jusqu’à l'âge de 35 ans où sa mère meurt rapidement de congestion pulmonaire.

Alors émotion morale très vive et début d'une série d'accidents divers constituant un mélange de désordres gustriques et neurasthéniques dont les plus saillants ont été des {roubles de la sensibilité, sensation de froid et d’engourdissement dans les membres inférieurs qu'elle ne pouvaitréchauffer, même en pleine été:prostrution psychique et physique considérable l’obligeant à garder le lit ; crises de larmes, vomissemelns à tout propos sous l'influence de la plus petite contrariété. Etat mental de tristesse et d’insousiance refusant de voir q:i que ce fût même ses parents et son mari:pseudo-grossesse avec développement de l'abdomen, gonflement des seins, arrêts des règles, et guérie subitement dans une crise de colère contre son médecin ; celui-ci lui ayant annoncé brutalement qu'elle n’était pas enceinte; céphalée, pression, bandeau de fer, impossible de trouver à assembler ses idées ; plaque cervicale et sacrée ; {ro u bles gastriques digestions lentes,ballennementet rougeurs du visage après les repas, sommeil assez bon, mais rêves fréquents et toujours pénibles:

Amiosthénie du matin tellement accusée qu'elle a le plus grand mal à se lever. Etat vertigineux permanent. légère agoraphobie: pas de stigmates permanents de l’hystérie.

Franklinisation, cure thermale, peu d’améliorationimmédiate, atténuation de la plupart des troubles neurasthéniques à la suite d’une nouvelle cure électro-statique.

SES OBSERVATION XVI, due au D' Levizzain. Neurasthénie. Arthritisme.

Cam. banquier, 44 ans.

Dès l'enfance, bronchites fréquentes et crises d’asthme nocturnes. Ces accès d'asthme ont disparu à l’âge de 34 ans et ont été remplacés par des accès de migraine ; de temps en temps a présenté des plaques d’herpès aux lèvres et à la verge.

L'état neurasthénique qu'il présente actuellement paraît ne s'être développé qu'à La suile d'émotions morales très pénibles : d'abord la perte d'une femme très aimée : «dès le lendemain de la mort, dit-il, je fus pris d’une sorte d’engourdissement général, d’affaissement profond, avec frayeur pour la santé de mon enfant ». Un an après cet enfant mourut subitement la nuit au cours d’une crise convulsive et c'est de là que date la céphatée permanente, en forme de casque, quelquefois unilatérale, à prédominance frontale.

Le sommeil est assez bon, mais très agité par des rêves pénibles. Au réveil c’est un sentiment de découragement, de lassitude profonde, de dégoût de la vie.

Sensations de fatigue musculaire très accusées surtout le matin et dans les membres inférieurs.

Troubles gastriques. Gonflement l’obligeant chaque jour à se déboutonner, renvois fréquents, constipation opiniâtre.

Etat mental:hyperexcitabilité considérable, colères violentes pour des niaiseries, pleure comme un enfant, ne tient pas en place, idées noires,

Un nouveau mariage, dans des conditions fâcheuses (femme trop jeune, famille désagréable) n'ont fait qu'aggraver tous ces phénomènes au point que le malade a dû renoncer à ses occupations.

OBSERVATION XVII. (Personnelle) Newrasthénie cérébro-cardiague :

Madame $S. 22 ans.

A. H. Père et mère nerveux.

A. P. Maladies de l'enfance bénignes, rougeole, variole. A onze ans quelques troubles gastriques.

Très impressionable, elle est frappée de la mort d'une de ses compagnes de pension vers l’âge de 12 ans. Alors les idées mystiques et religieuses s'emparent de la jeune fille. D'une gaieté apparente en société, elle ne confie ses peines intimes qu’à ses amies et ne laisse rien paraître de ses accès de mélancolie.

Profondément et longtemps contrarieé dans ses projets et ses ajfeclions, vers l’âge de 18 ans, les troubles nerveux s’accentuent de plus en plus et bientôt la neurasthénie se confirme. Le débat de la névrose est assez lent. Ce ne sont d'abord que quelques symptômes vagues: vide cérébral, insomnie avec cauchemars, phobies diverses principalement photophobie, nosophobie, angoraphobie et phophophobie, puis apparaissent les véritables manifestations de la névrose cérébro-cardiaque.

Mme $. accuse des palpitations des sensations angoissantes d’angine de poitrine. Deux fois elle a des vertiges qui aboutissent presque à la syncope.

La céphalalgie est intense, la malade se plaint d’avoir la tête serrée

comme dans un étau. Bientôt elle est hantée par la crainte d’être gravement malade, elle s'occupe continuellement de sa santé et tourne à la véritable hypochondrie. Elle a ressenti à un tel point la sensation du vague cérébral qu'elle raconte avoir été à certains moments obligée dese secouer violemment pour se rappeler à l'existence (expression de la malade). L'aspect du monde extérieur lui paraît changé, la maladé dit à son entourage qu'elle n'estplus elle.

Un séjour de quelque temps à la campagne améliore l’état de Mme $. mais bientôt survient une fièvre scarlatine à 19 ans qui ramène à nouveau une recrudescence de la névrose.

Mme $. se marie peu de temps après, à vingt ans, et le mariageexerce sur elle une influence salutaire, la plupart des phobies s’atténuent.

Un traitement tonique (suraliinentation) el sédatif pur le bromure de potassium à la dose de quatre grammes par jour pendant trois mois avec douches froides très courtes, quinze secondes en jet brisé, fait dis. paraître la plupart des symptômes de la névrose ;les palpitations, seules, paraissent vouloir persister ; bien que leurs manifestations soient moins

fréquentes.

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