MOMENT D'APPARITION DE LA NEURO-MÉLITOCOCCIE
Quelle est la place des manifestations nerveuses dans l’évolution de la fièvre de Malte?
Un point particulièrement important sur lequel 1l convient d’insister est indiseutablement le caractère tardif, souvent même ultra-tardif des complications neurologiques de la mélitococcie.
La connaissance de cette importante notion est absolument indispensable pour le dépistage de la neuro-mélitococcie, On conçoit en effet qu’autrefois (ce qui explique en grande partie l’individualisation toute récente des mani-
festations nerveuses), lorsque l’attention des praticiens n’était pas encore attirée sur cette éventualité, on n'ait pas pensé à rattacher à la fièvre de Malte, les syndromes neurologiques lointains. A l’avenir, par la simple connais-" sance de ce fait qui ne manquera pas d’en faciliter Île diagnostic, les manifestations nerveuses mélitococciques doivent y gagner vraisemblablement en fréquence, voire même en diversité, en raison du polymorphisme clinique auquel le mélitocoque nous a déjà habitués.
Sans doute, il est quelques localisations nerveuses du début, des formes précoces. Nous avons vu, en effet, des sciatiques apparaître avec une poussée fébrile sudorale comme un des premiers symptômes d’une fièvre méditerranéenne. Nous avons vu également des méningites fébriles d’allure primitive, avec réaction albumino-lymphocytaire et culture liquidienne positive pour le melitensis, demeurer l’unique manifestation et résumer à elle seule toute l’histoire clinique d’une mélitococcie.
Mais dans ces cas, il est juste, nous semble-t-il, de faire remarquer que la précocité des accidents nerveux n’est en général qu’apparente. Si on se donne en effet la peine d'interroger soigneusement ces malades, on décèle très souvent dans l’anamnèse une phase d’asthénie prémonitoire avec anorexie, amaigrissement progressif, parfois même une période de fébricule, qui signent vraisemblablement la véritable atteinte de l’organisme par le melitensis.
Dans la majorité des cas, les phénomènes neurologiques surviennent manifestement assez tard au cours de l’évolution de la maladie. Souvent la mélitococcie est encore en pleine phase active; plusieurs ondes fébriles se sont déjà déroulées, le malade anorexique, déprimé, a vu son état général s’altérer progressivement, quand les premiers
symptômes paraplégiques apparaissent, quand les crises angiospasmodiques cérébrales éclatent.
Mais parfois le mélitococcique goutte depuis quelque temps les joies de la convalescence, son appétit et ses forces anéanties de la période aiguë sont recouvrés, sôn embonpoint revenu, il a souvent même pu reprendre son travail, quand 3 mois, 5, 6 mois après la dernière poussée thermique il accuse les premiers signes de sa paraplégie naissante ou bien éprouve céphalées vagues, bourdonnements d’oreilles, vertiges, troubles encéphaliques, ete...
Mais un fait assez curieux qui ne manque pas de surprendre vient de nous être révélé par l’individualisation récente des syndromes méningo-encéphaliques mélitococciques. Certains de ces syndromes en effet peuvent apparaître d’une facon ultra-tardive séparés de l’infection première par une phase de latence particulièrement longue de un an, un an et demi, trois ans et même quatre ou cinq ans.
On conçoit aisément que tout d’abord, vu ce long intervalle de quelques années, la filiation de ces états neurologiques avec une mélitococcie ayant évolué longtemps auparavant ait été discutable. Présentement en se basant sur des éléments d’analogie tirés de la clinique (similitude symptomatique évidente entre ces états lointains et ceux contemporains de l'infection maltaise), car à cette époque ultra-tardive les tests biologiques et bactériologiques font défaut, le problème de l’étiologie mélitensique a été unanimement résolu par l’affirmative.
-. Ces faits ne manquent pas de poser la question de la chronicité de la mélitococcie chez l’homme, à laquelle nous n'’étions pas encore habitués. Certes, si cette notion nouvelle nous étonne quelque peu d’emblée, à la réflexion elle apparaît parfaitement plausible. Il semble bien en effet que chez la brebis et la chèvre, cette infection se caracté-
rise par une allure torpide et chronique. Il en est également de même pour l’infection expérimentale du cobaÿe.
Le Professeur Roger qui semble souscrire pleinement à cette possibilité,y voit même un nouveau point d’analogie entre la tuberculose et la mélitococcie: « On a beaucoup comparé, dit-il, à certains points de vue, tuberculose et fièvre de Malte, l’analogie pourrait être poursuivie sur le terrain de l’évolution, passage à la chronicité avec poussées évolutives ».
En présence de ces considérations on ne peut s’empêcher d'évoquer la remarquable prophétie de Nicolle: « La mélitococcie «st en train d’évoluer, elle a tendance à devenir chronique. C’est une maladie qui plus tard deviendra par ses manifestations et sa chronicité, une des affections les plus fréquentes et les plus tenaces. La mélitococcie est une maladie d’avenir ».