DIAGNOSTIC
Le diagnostic de la neuro-mélitococcie est relativement aisé quand les accidents nerveux apparaissent au cours de l’évolution d’une fièvre de Malte nettement caractérisée, se différenciant parfaitement elle-même comme on le sait des autres infections tant par son aspect clinique que par ses réactions de laboratoire.
Mais dans ces cas, malgré que l’atteinte nerveuse par le mélitensis soit infiniment probable. Il ne faudra pas souscrire aveuglément à cette éventualité sans avoir au préalable discuté le diagnostic étiologique, car, ne l’oublions pas, le mélitococcique n’en reste pas moins un homme et peut faire, au cours de sa maladie, particulièrement cachectisante, une infection associée ou peut voir s’exalter une infection latente qui peut, à elle seule, con- Gitionner le syndrome neurologique.
Le diagnostic par contre sera toujours assez délicat quand la localisation nerveuse sera la première manifestation de l'infection ou apparaîtra tardivement après la guérison apparente d’une mélitococcie.
Dans ces cas, le diagnostic sera fait tout simplement en pensant systématiquement à la mélitococcie surtout
dans les centres endémiques avérés, toutes les fois qu’on ce trouvera en présence d’un syndrome nerveux quel qu il soit qui ne fera pas spontanément sa preuve étiologique.
On y pensera avant tout chaque fois que le tableau neurologique réalisera des syndromes aussi spéciaux qu’une méningo-radiculo-névrite type Guillain et Barré ou qu’une méningo-encéphalite avec spasmes sylviens, surdité, réaction méningée biologique, qui sont reconnus actuellement. comme très Caractéristiques, spécifiques même, de la mélitococcie.
L. Rimbaud, Janbon et Passebois sont ainsi remontés dans un cas de la seule constatation d’un syndrome méningo-encéphalique, à la notion de fièvre ondulante, qui s’est trouvée confirmée.
On y pensera également lorsqu” on aura affaire à n’im-
porte quelle manifestation nerveuse s’accompagnant d’un syndrome liquidien, de xanthochromie avec hypercytose et hyperalbuminose silencieux cliniquement.
On y pensera enfin en présence de toute entité neur olo-
gique dont la cause échappe et pour lesquelles on a trop souvent tendance d’incriminer l’action d’un virus neurotrope indéterminé, en particulier du virus névraxitique.
L'hypothèse d’une neuro-mélitococcie étant ainsi em-
piriquement posée, on n’aura plus pour arriver à un diagnostie de certitude qu’à faire la preuve de la fièvre de Malte originelle.
On demandera d’abord la profession et le lieu d’origine du malade (éléments de grande présomption) ; la mélitococcie, rappelons-le, se contracte par le contact avec les animaux infectés ou avec leurs déjections beaucoup plus que par l’absorption du lait.-C’est une maladie des campagnes plus que des villes, des paysans plus que des citadins, aussi la notion de profession du sujet
(berger, garcon de ferme, employé d’abattoir, vétérinaire, etc., etc.) sera-t-elle d’un grand poids dans le diagnostic. On cherchera ensuite à découvrir dans les antécédents immédiats ou éloignés l’existence des manifestations cliniques habituelles de cette infection, telles que l’allure ondulante de la courbe thermique, les algies, les sueurs profuses.
A défaut de ces-signes évidents de quasi-certitude, on trouvera parfois au cours de l’anamnèse une période d’asthénie avec amaigrissement et sueurs qui aurait pu masquer une fébricule ondulante à type ambulatoire.
Mais en dernière analyse, c’est le laboratoire avec toutes les réactions spécifiques dont il dispose qui apportera les arguments décisifs :
On aura d’abord recours à la séro-agglutination de Wright en raison de sa technique simple et de la sécurité de ses résultats. Un moment très dépréciée cette réaction est reconnue actuellement comme la méthode la plus fidèle de diagnostic de l’infection mélitococcique à condition qu’elle soit correctement et rigoureusement pratiquée avec des souches microbiennes parfaitement éprouvées. Le professeur Lisbonne dont la compétence en la matière est indiscutable, considère qu’en présence des symptômes cliniques, une agglutination totale à partir des taux de 1/80 à 1/100° (taux reconnus précédemment nettement insuffisants) doit imposer la notion d’une infection ondulante active, évoluant depuis plusieurs semaines. Il affirme en outre n’avoir jamais constaté d’agglutination à des taux dépassant le 1/20° (ce qui est encore exceptionnel) en dehors de la mélitococcie. C’est dire la spécificité et partant la grande valeur diagnostique que l’on peut attribuer à une séro-réaction bien faite. Donc, en l’état actuel de nos connaissances, tout sérum qui agglutine le
brucella à des taux inférieurs oscillant autour du 1/100°, doit être considéré comme provenant du sang d’un sujet atteint certainement de fièvre ondulante.
Cette séro-agglutination, tout comme pour la dothiénentérie, persiste durant de longs mois, même des années. Elle apparaît de ce fait comme une méthode très précieuse pour le dépistage de la neuro-mélitococcie, en raison du caractère essentiellement tardif de celle-ci. |
Malheureusement, ce procédé de diagnostic comporte certaines anomalies qu’il faut bien connaître : le séro-diagnostic de Wright peut, dans certains cas, n’être positif que tardivement : après deux ou trois mois de maladie; aussi est-il à conseiller de ne pas s’en tenir à un seul résultat négatif et de renouveler cette recherche à plusieurs reprises assez éloignées. Parfois même il peut rester absolument négatif tout au long de mélitococcies clitiquement indubitables. Burnet et après lui, Lisbonne, admettent une proportion de négativité de 10 p. 100; ce qui revient à dire qu’un résultat biologique négatif ne doit pas être considéré comme une preuve absolue de non infection mélitensique.
C’est dans ces cas et dans ceux ultra-tardifs à sérodiagnostic devenu négatif ou insuffisamment probant, que lantra-dermo-réaction soit à la mélitine, soit à l’abortine pourra être d’une grande utilité. |
Sa technique est simple: injection rigoureusement intradermique de un dixième de centimètre eube de mélitine, sur la face externe des bras. Il est conseillé de faire pour éviter toute erreur d’interprétation, comparativement sur l’autre bras, une injection témoin de bouillon pur ordinaire. Positive, cette épreuve se caractérise après un temps variable de 6 à 10 heures par une réaction locale vive avec large placard œdémateux,
x 74 ET
me 113 — tendu, prurigineux, de la grosseur d’un écu. Elle disparaît dans les 48 heures. je
Moins spécifique peut-être que la séro-agglutination elle présente sur celle-ci l’avantage d’être en général encore plus durable, puisqu'elle persiste après guérison jusqu’à 3 ans plus tard (Burnet), permettant ainsi lé diagnostic rétrospectif de l’affection. Elle apparaît donc comme la réaction de choix des syndromes tardifs voire même ultra-tardifs à séro-réaction éteinte ou douteuse. Un fait curieux à signaler qu’il sera intéressant de suivre, c’est que cette intra-dermo-réaction a paru réactiver dans certains cas une séro-agglutination antérieurement inapparente.
Il ne faudra pas trop compter sur l’hémoculture pour signer le diagnostic d’une neuro-mélitococcie, Si elle est fréquemment positive à la phase active de la fièvre de Malte, sa négativité est la règle à la période tardive de la maladie où apparaissent d’ordinaire les complications rerveuses. LE A
L’agglutination du liquide céphalo-rachidien a donné des résultats très inconstants. D'ailleurs elle n’a été tentée que très rarement, peut être en raison de la notion classiquement admise du non passage des agglutinines dans le L. C.R. |
Pourtant dans quelques cas (H. Roger, L. Rimbaud et Janbon, Liésbros et Barbier) elle se révéla fortement positive. Dans un de nos cas même, le taux d’agglutination dans le L. C.-R. était nettement supérieur à la séro-agglutination du sang.
Ranque et Senez ont préconisé une nouvelle technique qui permettrait d’après eux, de pratiquer le séro-diagnostie dans le L. C.-R. en mélangeant en parties égales la culture mierobienne et le liquide. Ce procédé aurait donné
= jid— des agglutinations manifestes dans certains cas rapportés par H. Roger. À l’avenir il serait indiqué de recourir à cette méthode, après échec de la technique classique.
Plus intéressant à notre avis serait l’ensemencement du tiquide céphalo-rachidien. Desage et Pellerin, Lesbos et Barbier ont réussi à isoler une culture pure de micrococeus melitensis. À notre sens la pratique de la rachiculture systématique doit se généraliser; elle est incontestablement le meilleur moyen d'établir le diagnostic sur des bases irréfutables.
Signalons enfin que l’on peut également faire appel à l’inoculation du liquide céphalo-rachidien dans le péritoine äu cobaye. Certains auteurs, Desage et Pellerin en partieulier, ont pu déterminer par ce procédé d'investigation une péritonite à melitensis, qui leur a apporté la preuve absolue,non seulement de l’origine mélitococcique des troukles, mais encore de la présence du germe lui-même dans le liquide céphalo-rachidien.
Mais en terminant cette délicate étude du diagnostic, nous croyons utiie de faire observer,que certaines épreuves de laboratoire, en dépit de leur spécificité certaine, ne seront malheureusement pas toujours un argument suffisant permettant d’affirmer que les troubles nerveux considérés sont bien dus au mélitocoque : le séro-diagnostie sub-normal ou l’intra-dermo-réaction ne sont qu’une preuve que l’organisme a été touché par le brucella melitensis sans aucune précision sur la date. Plus la région où habite le malade est infectée par la.fièvre de Malte et moins de telles réactions garderont de valeur en présence d’une affection neurologique en apparence isolée. Ainsi dans un pays d’endémie maltaise, il ne doit pas suffire à notre sens de constater semblables réactions pour affirmer l’étiologie mélitensique d’une hémiplégie ou d’une sclérose en pla-
Se
ques. Il y à trop de chances en effet que le malade aît eu dans son passé une atteinte discrète et méconnue de fièvre de Malte, sans liaison aucune avec les signes neurologiques actuellement constatés.
Ces considérations disent combien dans certains cas le diagnostic peut être embarrassant et avec quelle prudence il doit alors être porté, sous peine de voir s’accroître démesurément et faussement le domaine de la neuro-mélitococcie.