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OBSERVATIONS PERSONNELLES

Do ee

Sciatique Mélitococcique

(Observation inédite due à l'obligeance du D' Martin)

D... C.…, 44 ans, chef de canton à la Compagnie P. L. M.

entre dans le service pour lombalgies et raideur lombaire, séquelles d’une mélitococcie, ayant :débuté il y a 11 mois environ.

. .Antécédents personnels. — Le malade n’accuse aucune mala- die antérieure; constitution robuste habituelle; pas de spécificité avouée, pas d’éthylisme. Il à servi pendant la guerre dans l'infanterie; il a eu une plaie par éclat d’obus de la fesse gauche, sans lésions nerveuses, ni osseuses, ne lui ayant laissé aucune séquelle. ù

Antécédents héréditaires et collatéraux. — Orphelin à l’âge de 10 ans, il ne peut nous fournir aucun détail sur la mort de ses parents. Marié, sa femme a toujours été en excellente santé; elle n’a jamais été enceinte.

Histoire de la maladie. — Les deux conjoints firent une fièvre de Malte, presque simultanément; la femme accuse ses premiers symptômes une quinzaine’ de jours avant son mari. Il est intéressant de trouver à l’origine de cette infection conjugale, une contamination commune; ils possédaient en effet une chèvre, qui avorta de deux chevreaux; la femme qui assiste à l’avortement, donne quelques soins immédiats à l’animal, et qui plus est, s'empare, sans la moindre précaution, des -deux petits cadavres, qu’elle va enfouir dans un tas de fumier voisin ; quinze jours après exactement, elle commence sa fièvre

de Malte, qui évolua par la suite normalement. Le mari, en l’absence de sa femme malade, s'occupe de la chèvre, la traie régulièrement deux fois par jour, et pratique même un aprèsmidi un nettoyage complet de l’étable, manipule le fumier qu’il met én tas dans une cour.

Deux semaines environ après cette opération, il éprouve les premiers symptômes de sa maladie, lassitude, courbature générale, inappétence. Ceci se passe vers la fin du mois d’avril 1932. Ces malaises vont progressivement s’accentuer; il n’en continue pas moins à assurer son service à la compagnie, pendant près de deux mois. Mais vers le début de juillet, malgré sa bonne volonté, il se voit dans l'obligation d’interrompre son travail: il est très déprimé, asthénique; il accuse en outre depuis quelques jours des frissons, des crises sudorales abondantes, et une algie spontanée permanente, sous forme de rongement dans la région sacro-iliaque gauche, irradiant dans la fesse, ce qui l’oblige à s'asseoir sur sa fesse droite, la moindre pression exacerbant la douleur. La température est alors à 39°.

Le médecin appelé, pense immédiatement à la mélitococcie, diagnostic qui est immédiatement corroboré par une séroréaction de Wright, positive au 1/640°, effectuée le 11 juillet, à l'Institut Bouisson-Bertrand de Montpellier, au centre antimélitococcique.

Immédiatement, une médication spécifique est instituée: 2 injections de vaccin [ O D de Ranque et Senez, suivies de sépt injections tous les deux jours de vaccin du Docteur Julien de Joyeuse.

Entre temps, la fièvre persiste, rémittente, avec des oscillations de 1 à 2 degrés, atteignant son acmé le 20 juillet avec 39°5; le malade est abattu, hargneux, anorexique; la douleur isolée de la fesse gauche. persiste, les sueurs sont devenues permanentes (changements de linge fréquents). L'examen somatique permet de constater l’intégrité de tous les appareils, à l'exception d’une langue saburrale, d’une rate percutable Sur quatre travers de doigts, et d’une douleur à la pression de l’interligne sacro-iliaque gauche. Analyse d’urines normales.

Le 30 juillet, la température est redescendue à la normale; elle S'y maintiendra 13 jours; pendant cette phrase d'apyr exie,

seul le symptôme douleur va changer de caractère et d’inten-

sité: en effet, l’algie fessière s'étend à la face postérieure de la

cuisse, au mollet, à la région dorsale et externe du pied gauche;

c’est un rongement continuel, sourd, qui agace le patient avec

maximum d'intensité à la région malléolaire; la jambe est

lourde, les trois derniers orteils engourdis; la motilité est

conservée; la force segmentaire ne peut être recherchée soi-. gneusement, la contraction musculaire active déclenchant une

vive douleur.

Sur ce fond douloureux permanent, des crises paroxystiques apparaissent au rythme de quatre à cinq par 24 heures, d’une durée de demi heure à une heure; le malade les compare à une morsure profonde; elles surviennent en général spontanément, le plus souvent la nuit, empêchant tout sommeil, et arrachant bien souvent des cris et quelquefois des pleurs au patient, tellement elles sont aiguës.

Le 14 août, la température repart pour une nouvelle onde thermique, cependant que les phénomènes sciatalgiques, augmentent encore d’acuité; une nuit même, ces exacerbations sont à tel point intolérables, que le malade, à bout de résistance, veut mettre fin à ses jours, et fente de se jeter par la fenêtre de sa chambre; on a toutes les peines à le maintenir dans son lit.

Toute la gamme des analgésiques, associée à divers liniments calmants, sont essayés, sans le moindre succès. A noter, depuis l’apparition de ceite violente sciatalgie, l'existence de saignements de nez, presque quotidiens, sans cause provocatrice apparente, d’une durée de demi-heure à trois quarts d'heure; une de ces épitaxis fut particulièrement alarmante par son abondance et sa durée; elle aurait duré 7 heures sans arrêt et le malade accuse avoir perdu un litre de sang.

D... très déprimé par ces souffrances continuelles et par ces fréquentes spoliations sanguines est dans un état général très précaire: ses lèvres sont décolorées, ses téguments pâles, sont en permanence recouverts d’une sueur forte, aigrelette; la respiration superficielle est rapide; il s’alimente excessivement peu, avec des bouillons légers de viande et quelques fruits; aussi, l’amaigrissement est-il considérable, il à perdu 20 kilogs.

Voici ce que révèle à cette époque, l'examen clinique: le membre malade, est en rotation externe et légère flexion; les masses musculaires sont hypotones et douloureuses à la pression; l'exploration sur le trajet du sciatique, aux points classiques de Walleix est excessivement pénible; il existe un Lasègue à 45° et un signe de Bonnet indéniable.

Tous ces signes sont négatifs au membre inférieur droit.

La mobilisation passive du membre intéressé, permet de constater l'intégrité des divers articles; la colonne vertébrale est également indemne; l'articulation sacro-iliaque est toujours très douloureuse à la pression.

Le réflexe achilléen gauche est difficile à mettre en évidence; en tout les cas s’il existe, il.est très diminué en comparaison du droit. Les autres réflexes sont présents.

A part cette sciatalgie ‘gauche, le malade n’accuse aucune autre douleur articulaire ou névritique. DURE variable, hypotension artérielle. Par ailleurs, rien à signaler aux autres appareils.

Urines normales.

Depuis le début de sa maladie, le malade s’est quotidiennement levé tous les après-midi pendant une demi heure où deux heures, suivant son état de faiblesse: il peut effectuer actuellement les quelques mètres qui séparent son lit de sa chaise longue, en s’appuyant fortement sur deux cannes; assis il repose entièrement sur sa fesse droite, sa jambe gauche à demi fléchie repose sur des coussins.

Le 20 août, on note une diminution très nette dans la fréquence, la durée, et l’intensité des crises douloureuses; quelques jours après, le malade n’éprouve plus que des douleurs sourdes parfaitement tolérables, ce qui lui permet de prendre quelques repos pendant la nuit; l’appêtit, en outre, semble revenir; la température se maintient toujours aux environs de 38°.

Le 1° septembre le léger bien-être Der mais une douleur lombaire vient de succéder aux phénomènes sciatalgiques.

Cette lombalgie n’est pas permanente: lorsque le malade est au repos, immobile dans son lit, ou dans sa chaise longue, il ne souffre pas; le moindre effort au contraire, un mouvement léger, la toux, l’éternuement, provoquent une vive douleur irradiant dans les deux fesses,

Progressivement, cette rachialgie va s’accroître, alors que l’exploration du trajet du sciatique devient de moins en moins douloureux.

Le 15 septembre, le malade accuse une raideur très nette de sa colonne lombaire; le rachis semble bloqué, ne permettant qu’une ébauche de flexion, d’extension et d’incurvation latérale; l’ensellure lombaire est remplacée par une colonne lombaire rigide, dont les masses musculaires para-vertébrales, sont saillantes, contracturées; la pression en est moyennement sensible. Le malade ne peut s’asseoir sur son lit sans le secours de ses mains, et avec d’infinies précautions. La station debout quoique pénible est possible; à sa faveur il est possible de constater un important apalatissement de la fesse et un abaissement du pli fessier gauches; la prise d’un objet placé à terre est impossible par la seule flexion du rachis, le malade est obligé de fléchir ses membres inférieurs; pour se relever il éprouve de la difficulté, mais peut terminer le mouvement Sans aide. La marche est également pénible; le patient avance avec précaution tout d’une pièce appuyé sur deux cannes.

Comme signes neurologiques, on note une aréflexie achilléenne gauche et un signe de Lasègue bilatéral à 90° plus manifeste à gauche. ñ

Au cours du mois de novembre, l’état général devient meil-

leur, les forces renaissent, l’appêtit quoique irrégulier est convenable, les sueurs sont peu abondantes, les nuits bonnes. La golonne lombaire a repris une certaine mobilité, les algies sont moins vives aux divers mouvements.

Au début de décembre, l’amélioration persistant, le malade croit être rentré définitivement en convalescence, d'autant plus que depuis une dizaine de He la température est revenue à 37°, fait qui ne s'était pas produit depuis quatre mois. Mais le 10 décembre, la température repart atteignant en quelques jours, 39°, alors que les signes généraux de l'infection réapparaissent; c’est alors que le médecin traitant, ayant entendu vanter les succès thérapeutiques obtenu par les arsénobenzenes, prescrit cette médication (série de sept injections: la première à 0,15, la deuxième, 0,30; les cinq autres, à 0,45); début du traitement le 25 décembre.

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