‹ Contribution à l'Étude de la Neuro-MélitococcieChapitre 42 sur 53 · AS · texte numérisé non relu

AS

Agée (82 ans), en excellente santé; 6 frères et sœurs bien portants.

Lui-même a toujours été un homme robuste; pas de maladie antérieure, pas d’éthylisme, pas de spécificité.

Marié, sa femme se porte bien: 10 grossesses; une fausse couche, 3 enfants morts nés, 2 en bas âge, 5 vivants en parfaite santé,

Histoire de la maladie. — Au début du mois de mai 1931, il éprouve de la lassitude, de l’inappétence; frissons, température, 38°3; deux semaines après, violente douleur à l’hypocondre avec méloena de sang rouge, de moyenne abondance, de trois jours de durée et algies lombo-fessières, irradiant dans les membres inférieurs.

Somatiquement, qu'un gros foie débordant de quatre travers de doigt le rebord costal; tempér ature toujours aux environs de 38°5.

Le médecin porte le diagnostic d’entérite amibienne avec hépatite et prescrit un traitement émétinien.

En quelques jours le foie diminue de volume, mais les algies s’accentuent: douleurs lombaires à type de rongement, spontanées, mais surtout exacerbées par les mouvements du rachis, la toux, l'effort.

Pendant un mois et demi, environ, le malade est torturé par ses paroxysmes douloureux; l’état général décline, la fièvre persiste, cependant que s’installe une parésie progressive des membres inférieurs. .

Le 15 juin, le patient entre dans le service du Professeur Ducamp.

L'examen clinique révèle les constatations suivantes: le malade est considérablement amaigri (il a perdu 20 kilogs), très anémié; il est en position demi assise dans son lit, les membres inférieurs immobilisés en demi flexion et légère rotation externe; impossibilité de décoler les talons du plan du lit; seuls les mouvements de fiexion et d’extension des jambes sur les cuisses et de celles-ci sur le bassin sont possibles. Les masses musculaires moyennement contracturées sont indolores à la pression.

Les réflexes rotuliens et achilléens sont exagérés; le clonus existe aux pieds et aux rotules inépuisables. Par contre, pas-de

Babinski, d’Oppenheim, de Gordon et de Schoeffer; Bechlerew. Mendel, égaleméñt absent. Les réflexes cutanés crémastériens, &bdominaux, et fessiers sont normaux, La sensibilité objective révèle de l'hopoesthésie cutañée, prédominant pour la douleur et le tact avec dysésthésie légère.

Subjectivement, le maläde accuse, toujours mais bien moins vives, des douleurs dorso-lombaires, avec troubles parésthésiques des mollets et de la face plañtaire des pieds.

On note également une amyotrophie importante des membres inférieurs; pas d’escarre; pas de trouble sphinctérien.

Aucun symptôme du côté de la face, des membres supérieurs, des yeux.

La colonne dorso-lombaire apparaît considérablement enraidié, avec forte saillie des masses musculaires paravertébrales; sa mobilisation déclénehe des douleurs.

Les autres appareils sont indemnes.

Urinié; sang, normaux. B.-W. et H. B. négatifs.

La ponction lombaire dontfte: un liquide xanthochromique, avec tension de 30 Claude en position allongée, sans coagulation massive.

7 gr. 20 de chlorures, 1 gr. 20 d’albumine, 4,4 éléments à la cellule de Nageotte. B.-W négatif.

+ En présence de cette dissociation albumino-cytologique, on

envisage la possibilité d’une compression médullaire, par mal de Pott, et une radiographie du rachis est demandée; elle ne révèle aucune image pathologique (Professeur Lamarque).

Le 18 juillet, le malade est envoyé dans le service du Professeur Rimbaud. Son état est inchangé. L’examen ne révèle

-rien de nouveau, à l'exception d’un Babinski intermittent bi-latéral; même enraidissement du rachis, les douleurs apparaissent toutefois bien moins vives.

Les examens humoraux ne font que confirmer les précédents.

Ponction lombaire: 2 gr. 10 d’albumine, 2,2 éléments, 7 gr. 30 de chlorures, B.-W. négatif dans le sang et le liquide, ainsi que le benjoin colloïdal.

Début. août, le Professeur Rimbaud prend un mois de acance et charge son chef de clinique d'assurer Île service

hospitalier,

Laes te FR

C’est alors, qu’un élément étiologique de valeur est rapporté.

accidentellement par le laboratoire: un séro de Wright positif ‘au 1/1280°. Voici comment: le centre des recherches pour Ia fièvre ondulante, dans le but de déceler les mélitococcies igno=, rées, demanda au laboratoire de Bactériologie de l’Institut Bouisson-Bertrand, de lui faire passer un échantillon de tous les sérums, qui leur étaient adressés pour B.-W.; c’est donc à la faveur d’un B.-W., demandé à Bouisson-Bertrand, pour notre malade, que le centre antimélitococcique révéla un séro de Wright très fortement positif. A cette époque, en effet, la notion de myélite mélitococcique n’étant pas répandue comme : aujourd’hui, cet élément étiologique ne fut pas retenu. Pendant le courant du mois d’août, on constate une légère atteinte psychique: le patient devient triste, hargneux; à toutes les conversations, comme un leit-motiv, il exprime les angoisses que son état lui inspire, et la peur qu’il a de voir ses enfants et sa femme sans pain; même le petit lopin de terre qu’il possède est devenu pour lui un objet d’inquiétudes; et invariablement ces doléances se terminent par une violente crise de larmes; on lui fait remarquer qu’il n’a aucun motif de se tourmenter, que sa famille n’est nullement privée de secours, bien au contraire: « Je le sais bien, dit-il, qu’ils ne risquent rien, mais c’est plus fort que moi, c’est une idée fixe qui me tourmente, il me semble toujours qu’il va leur arriver un malheur ».

Cet état permanent de dépression psychique, est entrecoupé parfois de courtes périodes d’euphorie.

Au commencement de septembre, légère amélioration; psychiquement, le malade est moins déprimé; il déclare qu’il éprouve un indiscutable bien-être, que l’appêtit est revenu, qu’il souffre moins; que ses jambes lui paraissent moins lourdes. En effet, rapidement, en quelques jours, il lui est possible de fléchir et d'étendre ses membres inférieurs avec plus de force, sans toutefois pouvoir encore les décoller du plan du lit.

Malhèureusemenñt, cette amélioration est de courte durée, car le 12 septembre, pour la première fois nous voyons apparaître la fièvre (38°5), qui dure une huitaine de jours; les douléurs radiculaires dorso-lombaires réapparaissent, avec des

signes nets d’irritation méningée. Kernig important, sans raideur de la nuque, nausées, strabisme léger, Hyperesthénie.

Une nouvelle ponction lombaire est effectuée, qui donne: 2 gr. 70 d’albumine, 2,4 éléments au Nageotte, 7 gr. 30 de chlorures, B.-W. et benjoin colloïdal toujours négatifs.

En quelques jours, nausées et strabisme disparaissent, le Kernig et l’hyperesthésie persistent très marqués. Les autres signes neurologiques sont inchangés.: A noter, le 18 septembre, une hyperréflectivité aux membres supérieurs.

Le malade, accusant toujours de la douleur à la pression des apophyses épineuses lombaires, une radiographie: de cette région est demandée; les résultats de cet examen pratiqué par le Docteur Parès, sont les suivants:

Légère prolifération des angles antérieurs de quelques corps vertébraux (vue de profil); une scoliose lombaire au niveau des ::: quatrième et cinquième vertèbres, dont la structure est modi+ . fiée (raréfaction osseuse), avec aplatissement dû disque intervertébral entre la quatrième et la cinquième lombaire.

Ces lésions osseuses, pour si intéressantes qu’elles paraissent, n'étaient nullement de nature à éclairer l’étiologie de cette paraplégie: l’idée de compression médullaire, par mal de Pott tuberculeux, ne pouvait être retenue, les lésions osseuses, cause de la compression, ayant été indiscutablement postérieures au syndrome paraplégique, et se trouvant, en outre, bien plus bas que le segment médullaire intéressé. Il fallait donc admettre deux localisations différentes, médullaires. et osseuses, et non pas un processus d’ostéite primitif, conditionnant secondairement le syndrome médullaire.

Au fil des jours le tableau clinique, change de caractère: nous avons vu progressivement l’état général devenir meilleur, les radiculalgies s’atténuer, les troubles moteurs régresser, et avec eux les signes objectifs de spasmodicité. C’est ainsi que fin octobre, le malade n’accuse plus que de vagues douleurs dorso lombaires, peut s'asseoir à demi dans son lit, mobilise ses membres inférieurs avec facilité, et décolle même sans trop de peine le talon à 10 centimètres au-dessus du plan du lit. Mais le Kernig et l’hyperesthésie cutanée persistent toujours. Le malade on ne peut plus ravi de cette rapide amélioration, dans un état d’euphorie indescriptible, demande avec

insistance qu’on l’autorise à se lever, car il dit se sentir des forces nouvelles.

Le 31 octobre, il se iève depuis trois jours et a, parait-il, elfectué quelques essais dé fnäréhe; en notre présence, il effectue effectivement quelques pas, fortenieht appuyé sur deux années,

is examen neurologique dé ée jour permet de constater: une atténuation des signes objectifs pyrantidéux; le clonus du pied persiste mais s’épuise en quelques secondes; quelqués secousses eloniques le la rotule droite; à gauche une ou deux secousses à la première excitätion: Pas de Babinski (recherche gènée par l’hyperésthésie plantaire). Réflexes erémastériens et abdominaux existent.

Le malade accuse des sensations paresthésiques aux membres inférieurs avec prédominance à la face plantaire des pieds; là rachialgie persiste atténuée, sans exacerbation paroxystique, et h’est pas accrue par la position debout; les tentatives de flexion du tronc l’augmente mais d’une façon supportable.

La mensuration des cuisses effectuée à 20 centimétres audessus de la rotule, est égale des deux côtés avec 42 cm.: les imollets sont également égaux avec un diamètre de 30 cm.

Pas d’autre signe neurologique lésionnel; les autres appareils sont normaux,

Le 10 novembre, alors que lamélioration se précise, le malade se plaint de douleur à la pression de la septième cervicale et présente de la raideur de la nuque; cette douleur est accrue, le patient nous dit, quand il ferme les mains avec force. Ces nouveaux troubles persistent une semaine, puis tout rentre dans l’ordre.

Le 30 décembre, douleurs en ceinture de la région thoracique basse; hyperésthésie manifeste au toucher et à la douleur depuis le pli inguinal jusqu’à la ligne mamelonnaire. Réflexe contro-latéral à la recherche du rotulien. Dermographisme considérable, généralisé.

Quelques jours après, les phénomènes douloureux disparaissent et le malade, considérablement amélioré au point de vue état général et fonctionnel, demande à rentrer chez lui. Le 10 janvier, il sort de l'hôpital par ses seuls moyens, après lui avoir fait subir un dernier examen CAMURE :

Gb VS re

La force musculaire est normale aux membres supérieurs, les réflexes sont normaux; on: note Simplement un léger aplatissement de l’éminence hypothénar; on ne peut pas véritablement parler d’atrophie musculaire .

Aux inembres inférieurs, la force segmentaire est presque normale: les réflexes Folullens sont exagérés avec quelques secousses cloniqües des rotules rapidement épuisées. Trépidation épileptoide des pieds: ébauchée à gauche, plus accentuée à droite. Pas de Babinski, ni de Mendel:

Réflexes crémastériené ét abdominaux normaux. Médiope exagéré. On ne note aucun signe de la série cérébeléuse: les épreuves du talon au genou, et du doigt au bout du nez sont normales; pas d’adiadococinésie.

La sensibilité objective, n’est pas troublée; persistance de la lombalgie sans irradiations, avec troubles paresthésiques transitoires à la plante des pieds.

Le rachis est enraidi dans sa position dorso-lombaire, ce qui limite les mouvements de flexion du tronc: le malade, assis dans son lit ne peut atteindre avec l'extrémité de ses doigts, le bout des pieds; debout il ne peut ramasser un objet déposé à terre, sans fléchir les jambes. La pression forte des apophyses épineuses lombaires est très sensible. |

La démarche qui est maintenant possible sans le soutien de cannes, est quelque peu hésitante, légèrement spastique; l'allure générale est soudée.

Les autres appareils sont indemnes,

Arn.…., après sa sortie de l’hôpital, va faire un séjour de six mois en Espagne, auprès de sa mère. Il nous donne de ses nouvelles à plusieurs reprises; l’amélioration se précise progressivement, ses forces reviennent petit à petit, et finalement il peut marcher presque normalement, sans fatigue même pour des distances assez longues. Mais il continue, paraît-il, à souffrir par intermittence de sa région dorso-lombaire avec quelques irradiations en ceinture à la base du thorax: douleurs sourdes, peu vives; il accuse également des paresthésies à la plante des pieds.

De retour en France, se sentant très vigoureux et aucunement diminué fonctionnellement, il prend une petite propriété de vignoble à mi-fruit et se met alors avec ardeur au travail.

Nous l'avons revu par la suite, chez lui, un an environ après sa sortie de l'hôpital, un soir qu’il revenait des champs; avec une joie non dissimulée, il nous déclare spontanément avoir recouvré une santé parfaite et sa vigueur d’autrefois. En effet, son état général est bon, il a gagné considérablement du poids, son appêtit est excellent; il a repris les travaux de Ja campagne dépuis trois mois environ, sans éprouver la moindre fatigue, et pourtant il a effectué de nombreuses journées de labourage, ce qui, pour un ancien paraplégique, est un indiscutable critérium.

Aussi, notre examen neurologique et clinique général, auquel il sé prête avec complaisance, ne révèle-t-il rien d’anormal: la force segmentaire des membres inférieurs, est absolument normale; la démarche s’effectue normalement sans le moindre signe de spasmodicité. Les signes pyramidaux ont disparu.

Tout au plus, existe-t-il comme unique séquelle de cette impoténce, un léger enraidissement.de la portion lombaire de la colonne vertébrale, mais sans la moindre douleur provoquée à la pression forte,

OBsERvATION IX

Quadraplégie Militococcique : Paraplégie spasmodique des membres inférieurs (Myélite). Diplégie flasque des membres supérieurs (Radiculo-Névrite). $

(Observation inédite due à l’obligeance du D: Bentkowski)

B,... Flan., 35 ans, à La Davalade, près Saint-Etienne-Vallée- Française (Lozère).

Antécédents. — On ne note aucun antécédent personnel important à l’exception de quelques bronchites saisonnières. Jeuné homme sobre, ne fume pas, ne bois pas. Aucun stigmate de spécificité.

Rien de précis non plus dans ces ‘antécédents héréditaires: père et mère morts d’affections inconnues.

Travaille comme domestique dans une ferme, où il s’occupe des travaux des champs et d'élevage: il vit en promiseuité . quasi constate avec un troupeau de 30 chèvres et-de 5 brebis:

fait quotidiennement leur litière, les trait régulièrement, et transporte en temps utile leur fumier de l’étable aux champs. Il boit en outre fréquemment, le matin, à la traite, un bol de lait cru; il mange souvent des fromages frais.

‘On note en outre, des avortements épizootiques dans le troupeau, et dant tout le cheptel ovin et caprin de la contrée.

- La mélitococcie dans la région est à l’état endémique; il est exceptionnel de troùver une famille, qui n’est pas eu au moins un de ses membres atteint par cette maladie.

Histoire de la maladie. — Notre malade, homme robuste jusqu’à ce jour, effectuait allègrement les travaux les plus pénibles. Mais depuis le début de mars 1931, quelque chose était changé en lui; il éprouvait une grande lassitude, son appêtit fidèle l’avait abandonné, il suait abondamment RICE palement la nuit, il accusait de l’insomnie.

Cet état d’asthénie se prolonge avec des alternatives de mieux et de plus mal, pendant les mois de mai et d’avril; il n’en continue pas moins à assurer son travail; mais, au début du mois de juin, il éprouve de la difficulté à mouvoir sa tête, les muscles de la nuque et des épaules sont douloureux. Ces nouveaux troubles l’incitent alors à aller consulter un médecin à Saint-Jean-du-Gard, localité distante de son lieu de résidence d’une vingtaine de kilomètres.

Première consultation: le malade à une attitude figée, les muscles de la nuque et du cou sont contracturés, la flexion et la rotation de la tête sont limitées et douloureuses; douleurs spontanées également au niveau de cette région, avec parfois irradiations aux épaules et dans les deux bras; pas de fièvre. Prescription d’un baume analgésique en application locale.

Deuxième consultation, huit jours après: mêmes signes locaux, accompagnés cette fois de fièvre, 38°5, avec frissons, sueurs abondantes, anorexie, céphalées, et arthralgie du poignet droit sans gonflement. Le médecin prescrit du salicylate de soude, un vésicatoire sur la région cervicale, et une série de pointes de feu. Ce traitement demeure inefficace, l’état général décline progressivement, cependant qu’apparaissent des signes neurologiques de valeur tels qu’une fonte musculaire importante des interosseux et digito-palmaires.

En présence de ce tableau clinique, le médecin ne manque

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