‹ Contribution à l'Étude de la Neuro-MélitococcieChapitre 43 sur 53 · RAS · texte numérisé non relu

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pas de penser à la possibilité d’un mal de Pott cervical, avec phénomènes radiculaires symptomatiques, et conseille au patient un examen radiographique à Alès. |

A partir de cette date, le médecin n’entend plus parler de son malade et le croit guéri; aussi, est-ce avec une réelle surprise qu’il reçoit le 9 août, plus d’un mois après sa dernière consultation, une lettre du radiographe, qu’il n’espérait d’ailleurs plus, lui disant, que son malade ne présentait aucune lésion osseuse radiographiquement décelable, mais par contre un syndrome quadraplégique, symptomatique d’une affection médullaire, syringomyélie ou sclérose en plaque.

Au recu de ces nouvelles alarmantes, le médecin traitant, n'hésite pas à se rendre auprès de son client; il le trouve dans un état général lamentable, très amaigri, ayant perdu près de 20 kilogs, considérablement anémié; il est immobilisé dans son lit, demi assis, donnant en effet, l'impression d’être paralysé, ankylosé; les yeux seuls se meuvent donnant une impression de vie; la tête ne peut être relevée de dessus l’oreiller; les téguments sont couverts d’une sueur d’odeur aigrelette. La température oscille autour de 40°.

Le nialade déclare ne pouvoir effectuer le moindre mouvement; il accuse.en outre, des douleurs à la nuque, et dans les bras.

Aux membres supérieurs, l’impotence est complète, même les doigts ne peuvent être mobilisés; soulevés, ils retombent lourdement sur le plan du lit. Hypotonie des masses musculaires, légèrement douloureuse à la pression; réflexes bicipitaux, tricipitaux, stylo-radiaux abolis.

Les troubles objectifs de la sensibilité, se manifestent. par une hypoesthésie légère à tous les modes., Amyotrophie des éminences, thénar, hypothénar et des interosseux; peau mince et luisante au niveau des extrémités.

Les deux membres inférieurs sont immobilisés en demiflexion et rotation externe; aucun mouvement volontaire n’est possible.

Les réflexes achilléens et rotuliens sont très exagérés, le clonus des rotules et la trépidation épileptoïde des pieds sont inépuisables; des deux côtés, le réflexe cutané plantaire se fait en extension par les différentes manœuvres de Babinski, d’Op-

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penheim, de Gordon, de Shaeffer. Crémastériens et abdominaux absents. Quelques sensations paresthésiques. Troubles objectifs de la sensibilité importants: thermoanalgésie et hypoesthésie au tact et à la piqûre jusqu’à l’ombilic.

Atrophie considérable des muscles, avec commencement d’escarre sacrée. Troubles sphinctériens se caractérisant par une constipation opiniâtre (n’est pas allé à la selle depuis trois semaines)-et de l’incontinence d’urine.

Au point de vue génital, impuissance absolue.

Les pupilles réagissent bien à la lumière et à l’accomodation; pas de nystagmus, pas de diplopie, pas de ptosis. Les organes des sens sont normaux; aucun trouble de la parole; psychisme normal.

Appareil digestif: anorexie absolue, langue saburrale, constipation habituelle, abdomen météorisé; foie hypertrophié, dépassant de deux travers de doigt le rebord costal.

Appareils respiratoire et circulatoire normaux: pouls, 80. T. A. 14/8. Rachis normal, pas de déformations vertébrales, pas de douleurs à la pression des apophyses épineuses.

Ni sucre, ni albumine dans les urines. B.-W. négatif dans le sang, ainsi que la séro-réaction de Wright. La ponction Ilombaire n’a pas été effectuée. ;

Le médecin, en présence de ce syndrome neurologique aigu, à étiologie indéterminée, prescrit successivement les médications infectieuses communes: septicémine, pyoformine, gonacrine intraveineuse, puis l’autosérothérapie, et en dernier lieu, malgré la négativité du séro de Wright, en raison d’une eñdémicité maltaise évidente, un traitement vaccinothérapique antimélitococcique.

En dépit de ces nombreux essais thérapeutiques, le tableau neurologique demeure désespérément immuable pendant près de quatre mois, l’état général, au contraire, déclinant progressivement. La température se maintient élevée, oscillante, l’ensemble de la courbe thermique affectant une forme ondulante; l’escarre sacrée s’agrandit, creuse en profondeur, s’infecte; une violente céphalée apparaît, à laquelle succède un certain degré de torpeur psythique: indifférence à tout, mutisme presque complet, gatisme intermittent, quelques hallucinations visuelles, pas d’agitation.

Vers la mi-décembre, une légère amélioration se dessine; en AUseques jours, la température revient à la normale (elle ne s’en écartera d’ailleurs plus); le malade est plus éveillé, paraît suivre la conversation de l'entourage, répond assez correctement aux questions qu’on lui pose, semble s'intéresser à son état et manifeste à plusieurs reprises le désir de s’alimenter; le 2 janvier exactement, il mobilise sa tête, la décolle légèrement de l’oreiller, et effectue également quelques mouvements de flexion et d’extension des pieds et des orteils.

Ce n’est qu’à cette période de la maladie, que la nature mélitococcique de l’affection fut révélée: le D' Vidal, du centre antimélitococcique de Montpellier, se trouvant dans la région, fut invité par le médecin traitant, qui en dépit d’un premier séro négatif n’en persistait pas moins à croire à une neuromélitococcie, à se rendre auprès du malade pour un prélèvement sanguin; le séro de Wright fut cette fois positif : au 1/640", l’hémoculture étant demeurée négative.

Progressivement et assez rapidement, l’état général s’amende, les troubles moteurs rétrocédent: le malade peut maintenir sa tête droite, mobiliser ses membres inférieurs, ensuite son membre supérieur gauche et en dernier lieu, son droit; entre temps, l’escarre sacrée avait complètement cicatrisé; en outre, plus de troubles sphinctériens.

Le 10 avril, il se lève, tente ses premiers pas, fortement appuyé sur des béquilles, qu’il abandonne vite pour des cannes; un mois après, il pouvait marcher sans le moindre appui; la démarche se révèle hésitante, spasmodique, se fait à petits pas; l’allure générale est encore soudée, les réflexes tendineux des membres inférieurs sont toujours vifs, avec Babinski bilatéral, sans trépidation épileptoïide du pied, sans clonus d2 la rotule; les crémastériens sont faibles, les abdominaux douteux; : la sensibilité est normale.

En juin, le malade poursuivit sa guérison; quand nous le voyons à la fin de ce mois, l’état général est excellent, le teint est coloré; il a considérablement engraissé et a repris une vie à peu près normale, peut effectuer des marches assez longues et monter à bicyclette. On ne note plus qu’une légère spasticité à la marche, des réflexes vifs avec ébauche de Pabinski à droite; les membres supérieurs sont absolument rormaux.

En janvier 1932, il nous donne de ses nouvelles qui sont par-

faites, il a retrouvé son activité et sa vigueur d'autrefois et a pu reprendre son travail d’agriculteur.

Troubles psychiques Mélitococciques

(Cas inédit observé dans le service du P* Vire)

Germaine P.., épouse B..., âgée de 33 ans, entre, le 27 mai 1932, aux Cliniques Saint-Eloi, salle Espéronnier, pour une veritable crise de folie survenue au cours d’une mélitococcie.

Antécédents. — Femme robuste et sobre, n'avait jamais été malade antérieurement. Mariée, son mari, en bonne santé, ne présente aucun stigmate de syphilis; elle n’a jamais fait de fausses couches et vient d'accoucher, il y a sept mois courant : octobre 1931, d'une enfant, qui se porte très bien; pas d’autres grossesses. $ A

Son père et sa mère sont bien portants. Son frère, plus âgé, éthylique, a été interné à Font-d’Aurelle pour crises de délirium trémens.

Histoire de la maladie. — Germaine P... a fait une grossesse normale, sans le moindre signe d’intoxication gravidique: l'appétit a toujours été excellent, l’état général très bon. Elle prenait tous les jours, pendant les deux derniers mois, en

. plus d’une alimentation substantielle, un litre de lait de chèvre non bouilli, pour lutter contre l’anémie, paraît-il. L

Après un accouchement et des suites de souche normaux, son état général a périclité progressivement; une grande lassiiade la envahie peu à peu; l'appétit, capricieux au début, a fini par l’abandonner complètement, entraînant un amaïigrissement considérable: elle n’accusait aucun trouble: fonctionnel, aucune douleur, si ce n’est une grande lassitude constante, une’ apathie invincible qui l’empêchaient même de vaquer aux petites occupations de son ménage; d’ailleurs rien ne l’intéressait., elle avait quelques moments de découragement

ct des idées noires. Puis, progressivement, cette asthénie psychique s'accroit, des troubles du caractère dpparsissent elle devient irritable, anxieuse, émotive, parfois indifférente à tout, mélancolique; il lui arrive de passer des journées entières sans prononcer un mot; son affectivité est également atteinte; elle ne s'intéresse plus à son enfant, l’embrasse quand on le lui demande, mais sans conviction. Dès qu’elle est en présence de son mari, elle lui fait des scènes de jalousie, lui reprochant de la tromper.

Le 1% mai, elle déclare ne plus pouvoir se lever et rentre dans un état de mutisme, de négalivisme invincibles. Son entourage, finalement alarmé, fait appeler le médecin.

Le 3 mai, notre confrère voit une malade dans un état de tuphos très net; inerte, passive, le regard vague, elle exécute les ordres simples qu’on lui commande, mais ne répond à aucune question qu’on lui pose.

L'examen somatique révèle de la congestion bilatérale des bases, une rate percutable sur quatre travers de doigts, une langue saburrale, un abdomen légèrement météorisé; la malade, constipée, n’est pas allée à la selle depuis quatre jours, en outre son corps est recouvert d’abondantes sueurs d’odeur aigrelette. Les autres appareils sont indemnes. Température: 40°. Pouls à 120.

En présence de cet état typhique, notre confrère demande les séro-diagnosties de Vidal et de Wright à l'institut Bouisson- Bertrand. La réponse, le 6 mai, donne une agglutination au 1/600° pour le mélitensis; les germes typhiques ne sont pas agglutinés.

Les jours suivants, l’état général s’est quelque peu amélioré: le tuphos est moins accentué; la malade, moins détachée du monde extérieur, répond correctement aux questions qu'on lui pose. La nature mélitococcique de l'affection étant cerlaine, on institue une médication spécifique antimélitococcique, avec du vaccin Rañque et Senez; la température se maintient élevée.

À partir du 12 mai, quotidiennement, on fait deux injections par jour de quatre centimètres cubes de septicémine et dix centimètres cubes d’huile camphrée. |

Le 20 mai, la fièvre diminue: 38° 5 rectale: l’état général

= 170 — est meilleur. Les sueurs sont moins abondantes, la malade prend part à de petites conversations, elle s’alimente suffisamment. Maïs cette amélioration est de courte durée car, le 26 mai, après une nuit d’insomnie et d’agitation, elle rentre dans une véritable crise de folie: elle veut battre tout le {nonde: les yeux hagards, elle crie, invective l'entourage, se débat avec force; aussi a-t-on toutes les peines du monde à la maintenir dans son lit; se voyant immobilisée, elle cherche à mordre les personnes qui la tiennent. Cette agitation dure une heure, puis à malade entre dans un état stuporeux avec délire tranquille. Le médecin traitant, en présence de cet épisode aigu alarmant, demande l’hospitalisation aux Cliniques Saint-Eloi. L'examen à l'entrée, le 27 mai, nous met en présence d’une malade prostrée, abattue, très amaïigrie, au teint pâle, avec téguments moites, d’odeur fade; elle est passive, inerte, le regard fixe, le faciès figé. N'ayant pas parlé depuis 24 heures, elle bredouille spontanément en notre présence quelques paroles inintelligibles; elle ne répond pas aux questions qu’on lui pose; on peut tout de même, par un commandement impéraif et à haute voix, lui faire ouvrir la bouche, sortir à demi la . langue et faire diriger son regard latéralement; l'effort psychique produit, pour accomplir ces actes simples, semble s’épuiser rapidement, car il nous est impossible par la suite de lui faire lever les bras ou les jambes. La sœur nous dit qu’elle ne boit pas spontanément, mais par petites cuillerées, quand on lui présente le liquide aux lèvres.

En présence de ce tableau clinique l’examen porte d’abord sur le système nerveux; malheureusement, l’exploration neurologique est rendue difficile par l’état d’obnubilation de la malade; elle n’effectue pas les mouvements des membres qu’on lui commande; elles les laisse tomber lourdement lorsqu’on les soulève. Il existe une atrophie marquée des muscles de la jambe droite; les masses musculaires sont hypotones et indolores à la pression. Tous les réflexes existent: égaux des deux côtés, à part l’achilléen droit, qui est plus faible que le gauche. Les réflexes plantaires se font en flexion; aucun signe de la série pyramidale. La sensibilité objective est impossible à rechercher; la piqûre forte est sentie. Pas de signe de Lasègue. Il n’y a pas de Kernig ni de raideur de la nuque. Les

A PPA OS inuscles de la face et des yeux ne sont pas intéressés; les pupilles égales, régulières, réagissent normalement à la lumière et à l’accomodation. La vision et l’audition sont conservées; le clignement palpébral se produisant, intensément lorsqu'on passe la main rapidement devant les yeux, quand on frappe fortement des mains près des oreilles de la patiente.

L’auscultation pulmonaire révèle en arrière une respiration soufflante aux deux sommets, sur toute la hauteur; des râles ronflants des sibilants, avec quelques frottements légers aux bases. Vingt-quatre respirations à la minute; le cœur est normal. T. A. 10 1/2, 8. Pouls, 132. Température, 38° 4. Langue saburrale, ventre souple sans gargouillements; la rate est percutable, mais pas accessible à la palpation.

Ponction lombaire: liquide clair, eau de roche. Tension de 20 au manomètre de Claude, dans le décubitus latéral. 1,6 Iymphos par mètre cube; 0 gr. 40 d’albumine; 7 gr. 10 de chlorures; B.-W. négatif.

Les urines renferment des traces nettes d’albumine et un léger excès d’urobiline; pas de sucre; azotémie, 0,40. Le séro-

diagnostic de Wright est fortement positif; l'essai est fait.

jusqu’au taux de 1/1280° où l’agglutination est encore très forte.

Le B.-W. du sang est négatif.

Les jours suivants, la température, légèrement rémittente, oscille entre 38°5 et 39°; la tachycardie se maintient aux environs de 120, cependant que l’état mental seinble s’améliorer. Le 3 juin, la malade, toujours abattue et légèrement somnolente, est sortis de son mutisme; elle répond d’une voix bredouillée, nasonnée, aux questions qu'on lui pose et exécute correctement les quelques mouvements qu’on lui demande; elle sait qu’elle est à lhôpital, elle n’est pas désorientée, se rappelle les membres de sa famille, sa fillette, mais accuse certaines lacunes dans son souvenir; malgré tout, elle est indifférente; son affectivité, son émotivité sont émoussées. Livrée à elle-même, elle retombe dans sa somnolence coutumière. Il paraît exister de la parésie des muscles péribuccaux. Cette lucidité relative persistera quelques jours, alors que la température descend en Iysis à la normale.

Le 11 juin, la malade est à nouveau prostrée; elle ne parle

pas spontanément et elle paraît psychiquement isolée du monde extérieur, absente; de temps en temps elle profère du bout des lèvres, les dents serrées, quelques phrases incompréhensibles. Somatiquement, rien de nouveau, à part quelques secousses nystagmiques dans le regard latéral.

Le 16 juin, l’état s’est aggravé: somnolence diurne et nocturne; la malade ne répond plus aux excitations extérieures: inerte, Yeux mi-clos, pâleur de cire. On n’a plus devant soi, aux battements du cœur pres, qu’un cadavre; la respiration st rapide, superficielle, silencieuse. Température: 36°4. Pouls: 110. Incontinence des urines et des matières.

Les deux jours suivants le tableau clinique est inchangé; lPélat comateux persiste, le cœur est encore énergique et bat régulièrement à 130; la respiration s’effectue suivant le rythme de Cheyne-Stoker. La température est remontée à 38°5. Pouls:

Le 20 au matin, nous apprenons que la malade est morte dans le courant de la nuit,

Troubles psychiques de la Mélitococcique

{Cas inédit observé, à l'asile départementale d’aliénés de Font d’Aurelle)

Val.., 25 ans, ouvrier agricole à Vallecalle, petit hameau aux environs de Bastia, en Corse.

Antécédents. — A toujours été considéré comme un homme sobre, sérieux, robuste. Rien d’intéressant dans ses antécédents personnels; pas de stigmates, de syphilis; aucun trouble mental antérieur. Son père et sa mère sont vivants, en parfaite santé; aucuné tare psychopathique familiale.

Val, vivait en constante promiscuité avec un troupeau de chèvres et de brebis. II buvait souvent le lait cru de ces animaux et mangeait fréquemment des fromages frais.

Histoire de la maladie. — Val., aux environs de Noël 1932, présente brusquement des troubles mentaux,

Un soir, au cours d’une réunion de famille, s'étant absenté quelques instants dans la campagne, il rentre précipitamment chez lui, haletant, apeuré, les yeux hagards. Il est en proie à une frayeur intense; il ne peut en préciser la cause. Cet état d’âme ne manque pas de surprendre l’entourage, d'autant plus que Val. était antérieurement plutôt téméraire. C’est avec peine qu'on lui fait entendre raison, qu’on le calme. Il se couche et dort normalement la nuit. Le lendemain, le médecin appelé en consultation, ne constate rien de particulier, Fe plus psychiquement que somatiquement.

Au fil des jours, Val. devient triste, morose, inquiet. Il manifeste de l’indifférence générale; les travaux des champs ne l’intéressent plus; les membres de sa famille semblent être pour lui de vulgaires étrangers. Il prétend entendre assez souvent des voix, lui dictant impérieusement de faire le mal. Il est en outre d’une méfiance extrême. Il se croit en permanence tracassé, attaqué dans son honneur, sa santé, son existence. Ces troubles hallucinatoires l’irritent au dernier point; aussi, le voit-on de temps en temps, sans cause apparente, entrer dans une véritable crise d’excitation: il crie, invective, gesticule et devient alors menaçant. Ces manifestations mentales s’accentuent progressivement, cependant que l’état général périclite: le inalade accuse de lanorexie, de l’asthénie, de violentes céphalées; il maigrit progressivement.

Trois mois après le début des phénomènes psychiques, les crises d’excitation sont devenues d’une telle intensité que le médecin traitant juge nécessaire de procéder à son internement et délivre le certificat suivant:

« Val..., présente un tableau mental aigu, se manifestant par un syndrome de confusion mentale hallucinatoire, avec nombreuses hallucinations auditives, inquiétude, méfiance, désorientation. L’homme explique qu’on le suggestionne, qu’on s'empare de son esprit, qu’on veut l’obliger à faire le mal. Il se défend, s’irrite, s’agite, il est nettement menaçant pour les personnes, brisant les objets, et cherchant à échapper aux parents qui l'entourent. L’estimant dangereux pour lui-même et autrui et l’ordre public, etc... »

Il est interné à à l’asile d’aliénés de Marseille, le 20 mars 1938.

Voici ce que dit le certificat d’entrée, après une observation de 24 heures:

> Calme, peu explicite, laisse entendre qu’au village il éprouvait des céphalées, désigne un compatriote qui le dispute, dit-il; réserves touchant les troubles ebrie délire signalé au certificat d’internement.

Le certificat de quinzaine, établi le 4 il déclare que Val... est calme, docile; il répond difficilement et de façon peu compréhensible; est toujours halluciné de l’ouïe; indifférence affective, incurie.

Pour des raisons Administratives, le 10 janvier, Val. est transféré à l’Asile départemental de l'Hérault à Montpellier. Le lendemain de son arrivée, au premier examen, il est tranquille, mais le regard est terne. Il se rappelle imparfaitement l'endroit d’où il vient; d’une voix monotone, il.nous dit: < Avant je souffrais de la tête, maintenant, je commence à aller mieux ». « Entendez-vous des voix qui parlent? » « Maintenant, non, mais autrefois, j’en entendais », et il ajoute: « J’ai été triste, mais maintenant, je suis content ». L’idéation et la compréhension sont lentes. Il s'exprime lentement; il faut insister pour avoir de lui quelques réponses.

Au cours de cet interrogatoire, ce qui attire l’attention, c’est surtout une atteinte profonde de l'état général. Cet homme est considérablement amaigri; son visage émacié est d’une pâleur terreuse; ses lèvres sont décolorées; les téguments moîtes et brûlants. Toutes ces constatations incitent le médecin à procéder à un examen somatique complet: la température est de 39; la gorge est rouge, les amygdales hypertrophiées; râles sibilants et ronflants dans les deux poumons. Assourdissement des bruits du cœur; tachycardie à 88; abdomen souple, non douloureux à la palpation; rate percutable sur quatre travers de doigt. Aucun signe neurologique. Pupilles dilatées, mais égales contractiles. Tension artérielle: 11-6.

Il ne fait aucun doute qu’un état infectieux s’est surajouté aux troubles mentaux. Aussi le certificat de 24 heures conclue à un « syndrome confusionnel, avec état général à surveiller ». Température, 38°8.

Deux jours après, le 14, l’état s’est aggravé. Le malade immobile, dans son lit, les yeux mi-clos, semble dormir pro-

MBA

fondément; on lui parle, il ne répond pas. Il est prostré, indifférent à tout ce qui se passe autour de lui. La température est à 40°. Le pouls peu tendu, d’un dicrotisme net, bat 96 fois par.minute. Les bruits du cœur sont toujours sourds; les signes de bronchite persistent. Pas de tache ‘rosée, hypertrophie splénique manifeste.

En présence d’un tableau clinique aussi classique, on ne pouvait s'empêcher de penser à la typhoïde. On demande alors au laboratoire de signer ce diagnostic par un séro de Vidal et une hémoculture. Mais contrairement aux prévisions, les examens biologiques sont négatifs pour lEberth et les paras, mais fortement positifs au 1/640° pour le mélitensis. Quelques jours après, une nouvelle séro-réaction étant positive au 1/1200°, l’hémoculture permettait d'isoler du micrococcus mélitensis. | |

On institue aussitôt une médication spécifique anti-mélitococcique, associée à 5 gr. de salicylate de soude per os.

Après quatre injections de vaccin iodé, de Ranque et Senez, effectuées à trois jours d'intervalle, aucune amélioration ne s'étant produite, on décide d'interrompre ce traitement et de lui substituer une thérapeutique par le novarsénobenzol. .Au fur et à mesure du traitement, la fièvre décroît et l’état général. s’améliore; le 30 mai, soit après 15 jours de cette. thérapeutique, le malade est absolument apyrétique; il nous reçoit demi-assis dans son lit, les yeux ouverts, mais le regard vague. Les premières questions posées à voix forte restent sans réponse; il se contente de nous regarder sans plais. Tout de même, en insistant, il finit par nous dire son nom, son âge même, d’une voix sourde, mais distincte; et c’est tout.

Par la suite, assez rapidement, on assiste à un recouvrement complet du psychisme et à une amélioration de l’état général. . Deux mois après, il présente à nouveau durant une semaine à peine, quelques petits troubles confusionnels avee négativisme, légère agitation, mais sans la moindre poussée thermique.

À partir de cette date, rien d’anormal n’est moté, Val. est. redevenu absolument normal psychiquement et physiquement; un an après son internement, il peut retourner dans sa famille, complètement guéri.

Ogsekvarton XII

Méningo-Encéphalite Mélitococcique

(Rapporté à la Société des Sciences Médicales de Montpellier du 23 juin 1933 par le Pr agrégé Janbon et Armand)

L... S., 32 ans, cultivateur, à Espira-du-Conflent (Pyrénées- Orientales), se présente à notre examen le 9 décembre 1932.

Antécédents. — Grippe à forme pleuro-pulmonaire en 1918. Dysenterie (?) et paludisme au cours du service militaire en Afrique; quelques accès fébriles se sont encore produits après son retour en France.

Pas de syphilis connue. Pas d’éthylisme.

Pas d’antécédents familiaux dignes de mention: Femme en bonne santé, n'ayant jamais fait de fausse couche. Un enfant robuste né en 1928.

Histoire de la maladie. — Dans son village, où la mélitococcie est à l’état endémique, L... afférme une propriété de céréales et de vignobles et s'occupe également d’un troupeau de 60 brebis et 5 chèvres (chez lesquelles quelques avortements se sont produits); le fumier du troupeau est utilisé pour l'exploitation agricole. Le 16 février 1932, L.…. charge une charrette de fumier et le transporte aux champs (il y a quatre ans, le propriétaire a contracté la fièvre de Malte en effectuant la même opération).

Huit jours après, le 24 février, L... est obligé d'interrompre son travail, éprouvant le matin, au réveil, de la courbature, une grande lassitude et quelques frissons; il s’alite. Les jours Suivants, l’abalttement se précise, le malaise persiste; le malade accuse de la céphalée, des douleurs épigastriques avec irradiations dans tout labdomen, de l’anorexie avec nausées et vomissements; axrthralgies (sacro-iliaques : el genoux) et douleurs diffuses dans les membres; pendant cinq jours, il ne peut pas remuer ses jambes dans son lit, tellement elles sont faibles et douloureuses. Les sueurs. son abon-

dantes, à prédominance nocturne; la constipation est opiniâtre (6 jours sans aller à la selle). Agitation légère, surtout insomnie. La température oscille entre 38 et 39°.

Le médecin appelé pense à une grippe à forme gastrointestinale.

Vers le 10 mars, l’état infectieux s'améliore, la température tombe, le malade se sent mieux, souffre moins, l'appétit renaît; quelques jours après, apyrexie; le mieux s’accentue, Je malade se croit en convalescence.

Cette amélioration n’est que passagère, car, au bout de quinze jours, la symptomatologie du début fait à nouveau son apparition; quelque peu effrayé par cette rechute, le malade va consulter un médecin à Vinça, lequel, pensant à la mélitococcie, fait pratiquer à la fin du mois de mars un sérodiagnostic de Wright qui se révèle fortement positif. Immédiatement, la vaccinothérapie antimélitococcique est instituée (vaccin I.O.D.).

Cette nouvelle onde thermique, qui atteint 40°, dure tout le mois d’avril environ; mêmes symptômes avec apparition d’une céphalée vive permanente, prédominant aux régions frontale et orbitaires.

D’autres ondes fébriles à maximum ne dépassant pas 39°, s’échelonneront très irrégulièrement pendant les mois de mai, juin et juillet. A la faveur des périodes d’apyrexie le malade s’alimente et se lève par intermittences, il peut même quelques fois se rendre aux champs l'après-midi et y effectuer quelques travaux légers. Un fait nouveau apparaît pendant ces trois mois: la céphalée a perdu son caractère permanent et apparaît par crises paroxystiques intermittentes; ces crises se reproduisent pendant une dizaine de jours, toujours à la même heure (entre 4 et 5 heures), disparaissant quelques jours pour reprendre ensuite au même rythme; elles se caractérisent par une céphalée violente avec tremblements, vertiges, nausées et vomissements, nécessitant un alitement immédiat. Leur durée ordinaire est d’une heure environ.

Pendant les mois d'août, septembre et octobre, le tableau clinique restera inchangé; le malade traverse alternativement des périodes de grande lassitude, ou de léger mieux-être, durant lesquelles il se lève et peut faire, tant bien que mal,

quelques travaux agricoles. Les crises ont changé d’horaire: elles apparaissent toujours par intermittences, vers les 11 heures, avant le repas, s’accompagnant de vertiges, de nausées et se terminant par une véritable crise sudorale de 15 minutes environ (le malade étant obligé de changer de linge). |

Au mois de novembre, L... se sent plus fatigué; complètement asthénique, anorexique, très pâle, il a maigri de vingt kilogrammes depuis le début de la maladie. Toutes les nuits, entre minuit et une heure, il éprouve une grande sensation de chaleur, sue abondamment, éprouve de ‘terribles céphalées, des vertiges et de violentes douleurs dans les quatre membres (sensations de déchirement). Il s’alite définitivement.

Au début de décembre se produit un incident qui alarme le malade: un matin, au réveil, il éprouve une lassitude extrême, ses jambes sont lourdes et douloureuses; dans la matinée, étant seul chez lui, une crise d’allure nouvelle se déclenche: ïl sent brusquement, dans son pied gauche, un engourdissement qui monte jusqu’à la racine du membre; -il essaie vainement de décoller la jambe au-dessus du plan du lit. Cet engourdissement monte ensuite le long du tronc, gagne son membre supérieur et la face; à ce moment, « sa langue se raidit » (sic), il essaie d’appeler au secours, il ne peut. Cet état angoissant dure dix minutes, puis tout rentre dans l’ordre.

Depuis cet épisode paroxystique, la céphalée est devenue presque permanente, très violente; un état vertigineux l'accompagne, occasionnant parfois des vomissements et des Hkourdonnements d'oreilles. De plus, une ou deux fois par jour, le malade éprouve des sensations de fourmillements dans les membres gauches, d’une durée variant de 10 à 30 ininutes. Ces troubles paresthésiques débutent par l'extrémité du membre supérieur gauche, remontent à la racine, s'étendent le long du tronc et du membre inférieur du même côté. C’est dans ces conditions que M. L... vient nous consulter.

Etat actuel. — Lorsque nous le voyons, il est en proie à une violente céphalée en casque avec battements artériels violents; les yeux sont mi-clos, le facies crispé et angoissé, il répond

if

faiblement, d’unë parole lente et sactadée à l'interrogatoire; le malade accuse un état vertiginéux permanent, des nausées et des bourdonnements d’oreilles, des sensations d’hémiparesthésie gauche, mais sans parésie, la main pouvant, en effet, serrer un objet sans le lâcher. Cette crise, à laquelle nous assistons, durera deux heures.

L'état du malade ne nous permet pas de pratiquer un examen objectif complet.

Nous faisons une prise de sang pour hémoculture et sérodiagnostic de Wright. nt

Hémoculture en bouillon = restera négative (10 janvier 1933). |

Séro-agglutination pour le micrococeus melitensis: | 1/10° 1/20° 1/40° 1/80° 1/160° 1/320° 1/640° 1/1280°

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