RER
céphalées n’ont pas réapparu; la surdité persiste; l’état général ‘est amélioré, l’appétit excellent; les membres inférieurs restent faibles et se fatiguent à la moindre marche.
L'amélioration ira en progressant: quatre mois après sa sortie, le malade peut reprendre ses occupations agricoles. :
Les nouvelles les plus récemment reçues précisent que l’état est entièrement normal: L.. travaille d’une façon intensive; son activité est parfaite; il a pu dernièrement.faire, avec facilité, sac au dos, l'ascension du Canigou (1785 m.); il déclare, de plus, avoir retrouvé une acuité auditive normale.
Ogservarion XIII
s Méningite-Mélitococcique (Cas inédit observé aux cliniques S' Eloi dans le sérvice du Médecin
Colonel Cazalas)
S.. Fernand, 21 ans, ouvrier agricole.
Antécédents héréditaires. —— Père inconnu; mère morte d’une affection indéterminée; deux sœurs ayant succombé à une bacillose pulmonaire; deux autres sœurs bien portantes.
Lui-même n’accuse aucune maladie antérieure, nie tout éthylisme et toute contamination vénérienne. ‘Il n’a jamais été en contact avec des chèvres et des brebis, mais mange assez fréquemment des fromages frais.
Histoire de la maladie. — S... est incorporé pour effectuer son service militaire le 20 avril 1932. Ayant des charges de famille, il est affecté à Lunel même, son lieu de résidence habituel. Visite d’incorporation absolument normale.
Le 15 mai, éprouvant un malaise général, une grande lassiiude, il se présente à la visite. Le médecin ne constate aucun signe somatique; la température est à 37,5. Il prescrit une purgation et l’exempte de service pendant 3 jours.
Quelques jours après, sa faiblesse est plus grande. Il n’a plus d’appétit, tousse, éprouve quelques frissons et transpire au moindre effort. Il se représente à la visite: le médecin cons-
tate quelques râles diffus de bronchite, une température à 39,9, et le dirige sur.les salles militaires de Montpellier.
Au premier examen, le lendemain de son hospitalisation, il déclare se sentir las, courbaturé. L'examen pulmonaire révèle des râles disséminés de bronchite des deux côtés; sans aucun autre signe objectif, à l'examen des autres appareils. Tempé- 1ature: 38,6. Pouls: 85. j
Urines normales.
La radioscopie pulmonaire ne révèle que quelques taches crétacées au niveau des hiles; les sommets sont clairs, s’éclairent parfaitement à la toux; les sinus costo-diaphragmatiques se décollent normalement. Pas de B. K. à l’expectoration.
Le 31, le malade est plus abattu, somnolent; les signes de bronchite ont régressé, mais la température persiste élevée (39° 8).
Le 4 juin, le malade est très prostré. Il répond cependant correctement, mais d’une voix faible, à l’interrogatoire. L’ abdomen est souple, la rate est percutable, non palpable. Constipation. Les sueurs sont devenues à tel point abondantes, qu'on est obligé de le changer de linge plusieurs fois par jour.
Malgré la notion de vaccination anti-typhoïdique antérieure. en présence de ce tableau clinique, l’hypothèse d’une fièvre typhoïde vient tout naturellement à l'esprit On demande au liboratoire de confirmer cette hypothèse par un séro Widal el une hémoculture en bile. Le séro de Wright est également demandé, non pas qu’une mélitococcie soit envisagée, mais simplement pour ne pas rompre avec une ccutume, qui veut que systématiquement l’infection mélitensique soit recherchée, toutes les fois que la thyphoïde semble être en cause. En attendant, médication anti-infectieuse commune.
Examen clinique. — Le lendemain 5 juin, jour de la prise de sang, même état.
Témoenie vespérale: 40°6. Le malade immobile, le faciès crispé, pousse de temps en temps des gémissements. Il accuse une céphalée violente en casque, accrue par le moindre mouvement, le bruit, ainsi que de vives douleurs le long des mem-
bres inférieurs, que la toux ou le moindre mouvement exacerbent.
À partir de ce jour, s’installe très rapidement un syndromé méningé:
Le 6 juin, constatation d’une aréflexie rotulienne bilatérale avec douleurs légères à la pression des masses musculaires des membres inférieurs.
Le 7 juin, l'examen clinique révèle de la raideur de la nuque, un Kernig manifeste, un abdomen rétracté; les pupilles sont égales, régulières et réagissent normalement à la lumière ct l’accommodation; pas de strabisme, mais photophobie légère, hyperesthésie généralisée, dermographisme net. Muscles de la face normaux, rotuliens toujours absents, achilléens présents; le signe de Babinski ne peut être recherché, en raison de l’hyperesthésie plantaire. Sphincters normaux. Signalons que le malade repose dans le décubitus latéral droit, dans une position en chien de fusil. Il gémit fréquemment et accuse de violentes céphalées. Température: 40; pouls: 80.
Ce même jour les examens de laboratoire rous parviennent: la séro-réaction est négative pour l’Eberth et les paras, par contre le séro de Wright est fortement positif au 1/1000°.
L'hémocullure en bile est demeurée stérile, mais l’hémoculture en bouillon a permis d’isoler du mélitensis.
Une rachicentèse est effectuée ; le liquide est xanthochromique, 45 em. au Claude dans le décubitus latéral; à l’examen chimique et cytologique il donne: Albumine: 0 gr. 80; Chlorures: 6 gr. 40; Gloucose: 0 gr. 23; Lymphocytes: 10 gr.; Bordet-Wassermann: négatif.
Notre malade présentait donc, en pleine phase aiguë mélitococcique: une complication méningée indubitable, parfaiteinent caractérisée par les signes cliniques et liquidiens.
Une médication spécifique à la mélitine est aussitôt instituée: 1 ce. tous les deux jours, décomposé en 1/4 de ce. intradermique et 3/4 de ce. intra-musculaire.
Le jour de la première injection, le 8 juin, le malade est {oujours prostré. indifférent; température vespérale: 39,
Après la troisième injection, la température est à 37,6 Île matin, 38 le soir; le malade est indiscutablement mieux: il commence à s'intéresser à ce qui se passe autour de lui, et sourit même aimablement à plusieurs reprises à la sœur qui
Je soigne. j PE
Quatrième injection, 14 juin, la température ne dépassé pas 37,8 le soir; l'amélioration continue lentement et progressivement. ? | :
Une dernière-injection est faite le 17 juin. Le malade est alors méconnaissable. Il commence à s’alimenter, déclare ne plus être malade; il ne se plaint de rien. Tous les signes méningés ont disparu, seule l’aréflexie rotulienne persiste.
Mais le 22 juin l'impression est moins bonne. Le malade est moins loquace; malgré ce, il déclare ne pas se sentir plus fatigué, mais la température fait un clocher et monte brusquement à 39,2 le soir. Au milieu de la nuit, la veilleuse entend du bruit dans le couloir et elle n’est pas peu surprise de voir notre malade tout habillé, sa caissette à la main, se diriger péniblement vers les escaliers. Il lui déclare qu’il vient de recevoir des ordres et qu’il part pour la guerre. Ramené dans son lit, il passe la fin de la nuit assez agité; tout en dormant il prononce quelques phrases inintelligibles.
Le lendemain, le malade avait retrouvé son calme et sa bonne humeur.
Un traitement au novarsénobenzol est institué; injections de 0 gr. 15, 0 gr. 30, plusieurs à 0 gr. 45. La température descend à la normale en quelques jours et ne remontera plus. Les rotuliens ont réapparu. |
Le malade s’alimente maintenant presque normalement, reprend assez vite du poids et des forces, et, finalement, sort de l’hôpital en parfait état de santé, radieux, car il ne part pas pour la guerre, mais pour un mois de convalescence.
(Recueiïllies dans la littérature)
NEVRITES ET SCIATIQUE MELITOCOCCIQUES